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Le petit vocabulaire de la Sainte Messe catholique

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Tout au long de son histoire, la communauté chrétienne, pour parler de la messe, cette liturgie qui lui est propre, s’est forgé des mots particuliers.

Leur sens n’est pas toujours évident : il arrive même à des chrétiens de les utiliser en oubliant leur origine et leur usage précis. Essayons d’en clarifier quelques-uns.

ANAPHORE. Du grec anaphora, élévation.

C’est le nom ancien de la prière eucharistique. Ainsi l’anaphore d’Hippolyte de Rome, IIIe siècle, à l’origine de notre Prière eucharistique n° 2. Ce nom reste en usage dans les Églises orientales.

ANAMNÈSE. Du grec anamnesis, souvenir.

« Faites cela en mémoire de moi », avait dit Jésus. Dans la prière eucharistique, aussitôt après le récit de son institution par Jésus (voir, plus loin, consécration), l’assemblée interrompt les paroles du prêtre pour acclamer la présence du Christ, en s’adressant à lui (par exemple : « Gloire à toi qui étais mort, gloire à toi qui es vivant…  »).

Cette acclamation, longtemps tombée en désuétude, a été remise en valeur après Vatican II. Elle comporte bien des variantes, mais elle reprend toujours l’ensemble du mystère du Christ : sa vie, sa mort, sa résurrection et l’attente de son retour. Le prêtre continue alors la prière en proclamant lui aussi, ces grands moments de la vie de Jésus (ainsi  : « Faisant ici mémoire de la mort et de la résurrection de ton Fils… »). Dans la tradition chrétienne, c’est beaucoup plus que l’évocation d’un souvenir : le Christ se rend réellement présent (voir, plus loin, dans les enjeux de cette réforme, le mémorial).

AUTEL.

Longtemps une simple table pour le «  repas du Seigneur  », l’autel fut ainsi nommé à l’époque de la disparition des cultes païens, par analogie avec le temple de Jérusalem et des autres religions, pour mieux souligner le caractère sacrificiel de l’eucharistie (voir, plus loin, sacrifice).

En Orient, on continue à parler d’agia trapezza, « sainte table », nom que les latins donnèrent plutôt à la «  table de communion  », devenue, nous l’avons vu, cette sorte de barrière délimitant le chœur, devant laquelle les fidèles venaient recevoir la communion.

BÉNÉDICTION.

Pour beaucoup aujourd’hui, c’est devenu une prière et un geste (imposition des mains ou signe de croix) faits sur des personnes ou même des objets. Dans la tradition biblique, c’est la reconnaissance de la bienveillance de Dieu : il nous comble de ses bienfaits, ses « bénédictions », et, en retour, nous le bénissons (bene dicere, en latin, dire du bien).

Le juif fidèle bénit Dieu à chaque instant et en toute occasion, spécialement pour le pain et pour la nourriture : « Béni sois-tu, Seigneur, toi qui nous donnes… » C’est la prière de Jésus, notamment à la Cène, lors de l’institution de l’eucharistie. Et c’est la prière des chrétiens :

« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ… » (Ep 1,3).

CANON. Du grec kanôn, la norme. C’est la règle commune.

On parle de «  canon des Écritures » pour désigner l’ensemble des textes reconnus par les Églises comme inspirés. On parle aussi de « droit canon » pour désigner la législation de l’Église. Dans la liturgie, c’est la norme de l’action : ainsi le « Canon romain  », fixé entre le IVe et le VIIe siècle, est la prière eucharistique liée à l’Église de Rome dont elle mentionne les saints fondateurs (après les apôtres, «  Lin, Clet, Clément…  »). Elle est aujourd’hui, dans l’Occident latin, notre Prière eucharistique n° 1.

CONSÉCRATION.

Longtemps ce mot désigna seulement le moment central de la prière eucharistique, où le prêtre redit les paroles de Jésus sur le pain et le vin, qui deviennent Corps et Sang du Christ. En fait, c’est l’ensemble de la prière eucharistique qui a cette portée sacrificielle et consécratoire, le Christ s’offrant au Père par la voix de l’Église qui fait corps avec lui. La tradition latine insiste sur l’importance des paroles de Jésus reprises, en son nom, par le prêtre  : elles ne sont pas un simple récit de la Cène, elles opèrent ce qu’elles disent, la présence réelle du Christ vivant la «  consécration  » de toute sa vie, jusque dans sa mort. En lien avec cette œuvre du Fils, la tradition orientale souligne, dans cette consécration, l’intervention de l’Esprit (voir, plus loin, épiclèse), «  l’Esprit qui achève toute sanctification » (notre Prière eucharistique n° 4).

ÉGLISE.

Quand on parle d’église, on pense habituellement au bâtiment où vont prier les chrétiens et dans lequel ils se rassemblent pour la messe. Ce sens n’est ni le premier ni le plus important. Il est ignoré du Nouveau Testament  : aussi bien dans l’évangile de Matthieu (où le mot se trouve deux fois) que dans les lettres de Paul et les Actes des apôtres, l’Église, c’est la communauté, l’assemblée des chrétiens (en grec ekklesia vient du verbe kaleo, appeler). Souvent au pluriel (les Églises, celle qui est à Rome, celle qui est à Éphèse…), le mot, lorsqu’il est au singulier, signifie la communion de toutes ces Églises, l’Église universelle présente en chacune d’elles.

C’est cette Église qui est sainte, puisque tous ses membres sont habités par l’Esprit Saint, et non pas d’abord le bâtiment où elle se rassemble, qui n’est que « la maison de l’Église ».

ÉPICLÈSE.

Même étymologie que le mot église : vient du même verbe grec kaleo, appeler. C’est la prière par laquelle l’Église appelle l’Esprit, demandant au Père de nous l’envoyer. Dans la prière eucharistique, il y a habituellement deux épiclèses. La première est dite sur le pain et le vin pour qu’ils soient consacrés, sanctifiés, « qu’ils deviennent pour nous le Corps et le Sang de Jésus Christ ».

En prononçant cette prière, le prêtre impose les mains sur le pain et le vin, geste qu’on retrouve dans tous les sacrements, qui tous sont le don du Saint-Esprit. Une seconde épiclèse, après le récit de l’institution de l’eucharistie, est prononcée sur l’assemblée elle-même pour qu’en communiant au Corps du Christ, elle devienne ce qu’elle reçoit, ce qu’elle est, cette présence corporelle du Christ, ses mains, son regard, son visage, pour la vie du monde.

Quelles que soient les qualités ou les défaillances de ses membres, l’Église ne peut devenir par ellemême ce Corps du Christ. Cela ne peut que lui être donné par l’Esprit, en qui naît tout ce qui nous vient de Dieu (comme à l’Annonciation ou à la Pentecôte). L’épiclèse « appelle », elle aussi, cette effusion de l’Esprit.

EUCHARISTIE.

Vient du grec eucharistein, remercier. Il est construit autour de charis, le don, la grâce. C’est donc la prière d’action de grâces, la grande prière de merci : Dieu nous comble de ses grâces, et nous, nous lui rendons grâces. C’est l’équivalent de la bénédiction (voir plus haut). Dans le récit du repas du Seigneur, on trouve les deux verbes : eulogein, bénir, prononcer la bénédiction (Matthieu et Marc), et eucharistein, prononcer l’action de grâces (Paul et Luc).

On retrouve é qui valemment les deux expressions dans nos prières eu cha ris tiques. « Il prononça la bénédiction pour te rendre grâce  » (Première prière eucharistique pour la Réconciliation).

MÉMORIAL.

Évoque la mémoire, le souvenir. Mais, dans le vocabulaire biblique, c’est beaucoup plus encore, car se souvenir des bienfaits du Seigneur, ce n’est pas les renvoyer dans le passé  : c’est prendre conscience qu’il est présent pour nous aujourd’hui.

Ainsi, c’est aujourd’hui que Dieu nous fait sortir d’Égypte, aujourd’hui aussi qu’il nous fait sortir du tombeau avec le Christ. Dans la première alliance, le Nom de Dieu est donné comme un « mémorial » (Ex 3,15) parce que c’est sa présence même, sur laquelle on ne peut mettre la main. Et quand Jésus dit, le Jeudi saint au soir, « Faites ceci comme mon mémorial » (Lc 22,19), il promet de se rendre présent et nous envoie l’annoncer. Ainsi l’eucharistie, mémorial du Seigneur, n’est pas commémoraison, comme peut l’être le 11 Novembre, mais accueil de sa présence.

MESSE.

Expression devenue populaire et habituelle pour désigner l’eucharistie, appelée aussi dans le Nouveau Testament «  repas du Seigneur » ou « fraction du pain ». Le mot messe vient du latin missa, du verbe mitto, envoyer, parce qu’il désignait à l’origine ce qui se passait après la liturgie de la Parole et le « renvoi » des catéchumènes, celles et ceux qui se préparaient au baptême et qui, ne communiant pas encore, n’étaient pas invités à la table eucharistique. Le mot évoque aussi l’envoi de tous à la fin de la « messe » : « Ite missa est », disait-on autrefois.

SACRIFICE.

Le langage courant appelle sacrifice une action pénible accomplie par dévouement. Dans la plupart des religions, c’est un don offert à la divinité, souvent par immolation d’un animal ou incinération d’un bien, pour se concilier la divinité ou apaiser son courroux.

Dans la tradition juive, qui souligne que tout appartient au Dieu créateur et que l’homme n’a rien à lui offrir qui ne lui appartienne déjà, le sacrifice est reconnaissance, dans le double sens de prise de conscience et d’action de grâces (voir, plus haut, eucharistie).

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Le sacrifice biblique, comme nous allons le voir, est essentiellement « sacrifice de louange », expression de la communion entre Dieu et l’homme. Il peut avoir aussi un sens pénitentiel : il restaure alors cette communion.

Si on parle de « sacrifice de la messe », c’est parce que le Christ à la Cène a récapitulé toute sa vie, y compris sa mort et sa résurrection, comme un don de lui-même au Père pour que nous en vivions.

Source : La messe de Paul VI – 2012 – Père Jean-Noël Bezançon

Publié par Napo

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