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La Salette : Commentaire de Mgr Justin Fèvre en 1907

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En 1846, le 19 septembre, la Sainte Vierge apparaissait, sur la montagne de la Salette, dans l’Isère, à deux enfants, Maximin Giraud et Mélanie Calvat.

À ces petits gardeurs de vaches, la mère de Dieu donnait mission d’annoncer au peuple français qu’en punition des blasphèmes et de la profanation du dimanche, des maladies tomberaient sur les végétaux, et, en particulier, sur les pommes de terre et les raisins. Pour tout catholique, ce fait est certain. Le mandement doctrinal de l’évêque de Grenoble, le pèlerinage de la Salette, des miracles incontestés, le couronnement officiel de Notre-Dame de la Salette, le 20 août 1879, au nom de Léon XIII, sont autant de raisons décisives de la foi et de la piété universelle à l’apparition des Alpes.

Outre le mandat commun aux deux enfants, la Sainte Vierge avait confié, à chacun d’eux séparément, un secret personnel. En le confiant, elle parlait si mystérieusement que chaque enfant entendait seul son secret particulier, ignoré de l’autre. À la fin, relevant la voix, elle dit aux deux voyants :

« Vous le ferez passer à tout mon peuple ».

Le secret confié à Maximin regardait le Vatican seul ; il a été écrit par Maximin et envoyé au Pape : il n’appartient pas encore à l’histoire. Le secret confié à Mélanie ne devait être divulgué qu’en 1858, douze ans après l’apparition ; il ne l’a été officiellement qu’en 1879, trente-trois ans plus tard, dans les formes canoniques, en français, d’une manière complète et irrévocable. C’est un document très grave par son origine et par son objet ; c’est l’Apocalypse de Marie, la grande prophétie des derniers temps, et, puisque le monde doit finir, rien de plus pressant que de s’informer s’il doit finir bientôt et comment. Autrement ce n’est pas à l’histoire qu’il appartient de prononcer là-dessus ; mais c’est à elle à rapporter ce qu’il est juste et digne d’en connaître.

Le fait de l’apparition est certain, prouvé par le témoignage concordant et constant des deux enfants qui ne pouvaient être ni trompés ni trompeurs. Le fait d’un secret particulier à chaque enfant n’est, d’après les mêmes témoignages, pas plus douteux. Que la Sainte Vierge puisse apparaître, comme ont apparu souvent Jésus-Christ, les anges et les saints, pour un catholique, ce n’est pas une question. La première question à examiner, c’est l’admissibilité des témoins. Ce sont deux enfants, sans instruction, parfaitement incapables de rien inventer, et même en supposant, contre toute vraisemblance, qu’ils aient pu inventer des choses aussi extraordinaires, qui dépassaient absolument la capacité de leur intelligence, il est certain qu’ils n’auraient jamais pu réussir à les accréditer.

Pour que l’Église puisse admettre de pareilles choses, contre la vérité, il faudrait qu’elle soit, dans son chef et dans ses membres, frappée d’aliénation mentale. Hypothèse qui répugne à toute logique et à toute convenance, que la foi ne peut supporter, que la conscience réprouve et que le plus élémentaire bon sens ne saurait admettre. Nous n’avons à nous occuper ici que de Mélanie. Après l’apparition, il fut donné des soins à son instruction ; elle entra dans une congrégation religieuse ; elle habita différents lieux en France et à l’étranger, et passa la plus grande partie de sa vie, dans une maison de son Ordre, à Castellamare, près de Naples.

Ce qu’elle dit, à la rigueur, n’a pas besoin de vérification ; elle dit qu’il faut se convertir, qu’il faut assurer son salut par ses bonnes œuvres : c’est l’objet propre du ministère de l’Église et ce devoir de résipiscence est si pressant, qu’il n’a pas besoin de preuves. Que Mélanie soit tout ce que peut être une femme, cela ne change rien à la nécessité de la pénitence. Mais la pénitence qu’elle prêche, sur l’ordre de Marie, est-elle discréditée, déconseillée par son défaut de vertu ? En 1872, son évêque et son confesseur, qui la connaissent et la dirigent depuis cinq ans, déclarent « que la pieuse bergère est très édifiante dans sa conduite, qu’elle n’amasse pas d’argent comme on le soutient, qu’elle n’est pas désobéissante à ses supérieurs, et que toutes les imputations désobligeantes à son égard sont de pures calomnies ».

À ces témoignages de Mgr Petagna et du prêtre Zola, ce dernier ajoute cette réflexion :

« Les œuvres de Dieu se certifient par elles-mêmes ; la parole de Dieu a sa propre force, c’est là son plus solide témoignage. Tous les prophètes sont les témoins de ce fait, et c’est pour cela qu’ils sont morts sous les coups du glaive. Celui donc qui chercherait par des preuves humaines à se convaincre d’une parole divine, s’exposerait fort à se tromper, puisque souvent Dieu emploie des méchants pour annoncer aux hommes de sublimes secrets. Balaam était un faux prophète et Dieu s’est servi de lui pour faire entendre une belle prophétie sur la venue du Messie. Caïphe était un méchant, mais parce qu’il était grand-prêtre, Dieu voulut qu’il prophétisât la nécessité de la mort de Jésus-Christ pour le salut des hommes.

À notre époque de funeste incroyance et d’abominable iniquité, la bonne mère de miséricorde descendit sur la Salette, et, en pleurant, menaça la terre d’affreux châtiments, prédit les catastrophes des derniers temps. Pour publier, en temps opportun, ces divines communications, elle se servit de deux petits enfants, de deux ignorants et simples bergers. Voudrait-on fonder la vérité de ces célestes manifestations sur les qualités morales des deux témoins et sur leur conduite présente. Un homme de bon sens se serait contenté de mettre en pratique ces exhortations à la pénitence, un homme d’intelligence, s’il voulait s’assurer de leur vérification, le ferait d’après les règles établies et soumettrait toujours toute la question au Pontife Romain. »

Le même Zola, devenu évêque de Lecce, écrivait à Mgr Baillés, évêque de Luçon, pour lui exprimer la parfaite estime de Petagna et de Zola pour l’humble Mélanie. En 1881, écrivant à. l’avocat Nicolas de Marseille, à l’abbé Roubaud de Saint-Tropez, au prêtre Kunzlé, à Feldkirch, Autriche, il réitère et développe plus explicitement les mêmes témoignages, d’autant plus décisifs qu’il a donné lui-même l’imprimatur à la publication du secret de Mélanie.

« Cette pieuse fille, dit-il, cette âme vertueuse et privilégiée, que l’esprit des méchants a cherché à avilir, en la faisant l’objectif de ses détestables et grossières calomnies et de son orgueilleux dédain, je puis attester devant Dieu qu’elle n’est, en aucune manière, ni fourbe, ni folle, ni illusionnée, ni orgueilleuse, ni intéressée.

J’ai eu, au contraire, l’occasion d’admirer ses vertus ainsi que les qualités de son esprit, pendant toute cette période de temps que je l’ai eue sous ma direction spirituelle. À cette époque, ne pouvant plus m’occuper de sa direction, j’ai voulu continuer avec elle des relations écrites. Je puis affirmer que, jusqu’à ce moment, sa vie édifiante, ses écrits, ses vertus ont gravé profondément dans mon cœur les sentiments de respect et d’admiration que je dois garder. »

L’évêque de Lecce ajoute que Léon XIII l’a reçue longuement à son audience, qu’il l’a chargée de dresser les statuts des apôtres des derniers temps, et que restée à Rome pendant cinq mois, elle a été encore mieux connue et plus estimée. Mgr Zola cite parmi les confidents du secret, outre l’évêque de Castellamare et lui, l’archevêque de Sorrente, les cardinaux Guidi, Consolini, Riario-Sforza, archevêque de Naples. Léon XIII a reçu également ce document tout entier, document terrible, mais peut-on bien demander à la Sainte Vierge, pourquoi elle ne l’a pas enseveli dans un éternel silence ? Le même évêque de Lecce, qui est décidément très fort, dit que les plaintes de notre miséricordieuse mère et les accusations adressées aux pasteurs et aux ministres des autels, ne sont pas sans raison ; et ce n’est pas la première fois que le Ciel adresse au clergé de semblables reproches, destinés à devenir publics.

Nous en trouvons dans les Psaumes, dans Jérémie, dans Ezéchiel, dans Isaïe, dans Michée, etc. ; dans les œuvres des Pères et des docteurs de l’Église, dans les sermons des évêques et des auteurs sacrés, dans plusieurs révélations qui ont été faites, en ces temps derniers, à des saints et à des saintes, dans les lettres de Ste Catherine de Sienne, dans les écrits de Ste Hildegarde, de Ste Brigitte, de Marguerite-Marie Alacoque, de sœur Nativité, de l’extatique de Niederbronn, de sœur Marie Lataste, de la servante de Dieu Élisabeth Canori, Mora, etc.

Je passe sous silence les révélations de Ste Thérèse, de Ste Catherine de Gènes, de Marie d’Agréda, de Catherine Emmerich, de la vénérable Marie-Anne Taïgi et de plusieurs autres. On a publié, en un petit volume, les six lettres de Mgr Zola sur Mélanie Calvat : autorité du juge, précision des faits, rectitude des doctrines, tout y est également inattaquable sous le double rapport du fond et de la forme

Le secret de Mélanie comprend quatre choses :

1° les reproches ;

2° les malheurs ;

3° la crise et le triomphe ;

4° la fin du monde.

Les reproches s’adressent aux prêtres et aux personnes consacrées à Dieu, ils leur imputent deux torts : la négligence à invoquer la miséricorde divine ; le manquement aux vertus et aux devoirs de leur état.

La quarantaine de malheurs en annonce une accumulation formidable : la défection des chefs des peuples, les divisions entre eux, les maux qu’engendrent ces divisions, l’obligation pour Pie IX de ne plus quitter Rome, une consigne de méfiance du Pape envers Napoléon III, le crime de l’Italie contre Rome et son châtiment, l’affadissement des maisons religieuses, le pullulement des mauvais livres, les faux miracles, la persécution contre les princes de l’Église et contre le Vicaire de Jésus-Christ, l’abolition violente de la foi, des attentats contre le Saint-Père, l’inauguration d’un régime de matérialisme et d’athéisme, un complot abominable en 1865, la guerre en Italie, en France, en Espagne et en Angleterre.

La grande crise et le triomphe annoncent l’ouverture de guerres civiles, de grands troubles dans la nature, l’incendie de Paris et de Marseille, des tremblements de terre, l’extermination des ennemis de Jésus-Christ, la réconciliation de Dieu avec les hommes, le triomphe de Jésus-Christ.

La fin des temps après vingt-cinq ans de paix, la venue de l’antéchrist fils d’un évêque et d’une religieuse, la nature souillée par le crime demandant vengeance, les saisons altérées dans leur cours, le système du monde soumis à de terribles perturbations, l’air rempli de démons, les apôtres des derniers temps, Énoch et Elie revenus pour prêcher avec la force de Dieu, leur mort, Rome redevenue païenne, ensevelie dans les flammes, la bête se disant sauveur du monde, St Michel qui étouffe la bête, le monde purifié par l’eau et le feu, à la fin Dieu servi et glorifié, mais seulement après cette rénovation du monde.

Au fond, le secret de Mélanie, c’est l’histoire apocalyptique du monde jusqu’à la fin de l’ère présente, dans la forme, c’est l’énumération de choses déjà contenues dans la révélation chrétienne, mais appliquées au troisième millénaire de l’Église, dans le style, c’est le langage d’une fille du peuple parlant selon le degré d’instruction qu’elle a reçue dans son couvent.

La Sainte Vierge a confié ce secret verbalement à Mélanie, âgée de 14 ans, mais encore absolument illettrée. Mélanie l’a confié à son tour, soit verbalement, soit par écrit, à plusieurs personnes, et n’a donné à son récit sa forme définitive, que trente-trois ans plus tard. Le fait d’une communication divine a une enfant ne comporte pas d’oubli : le mode de transmission comporte toutes les particularités inhérentes à un travail dont le récepteur et le transmetteur ne sont qu’une pauvre fille des champs.

On a pu élever contre les prophètes de l’Ancien Testament maintes objections, bien qu’ils fussent suscités et inspirés de Dieu. On n’a pas manqué d’en faire contre le secret de Mélanie, qui offre des garanties moindres et qui n’est qu’un avertissement sans frais. Croira qui voudra, mais voilà le message de la Sainte vierge communiqué à Mélanie Calvat.

Le principal grief du clergé français, contre le secret de Mélanie, ce sont les reproches sanglants à l’adresse de ce même clergé. La corruption du meilleur est ce qu’il y a de pire. L’éminente dignité des prêtres n’est pas en cause, la réprobation de ce qui le dépare n’est inspirée que par le souci de le maintenir dans sa grandeur ou de l’y rappeler. Dans l’ancien et dans le nouveau Testament, les plus terribles anathèmes de Dieu et de Jésus-Christ sont contre les prêtres prévaricateurs et contre les Pharisiens.

Dans leur généralité, il faut toujours les entendre avec les limites qu’y doit introduire la droite raison et que réclame la stricte équité. La seule question, c’est de savoir si les reproches du secret sont justes, et il faut bien qu’ils le soient puisque la Sainte Vierge nous les adresse par la langue éloquente d’une jeune fille. Le seul point indéterminable, c’est de savoir dans quelle mesure le clergé doit les subir. On ne peut pas le dire, parce que la corruption, toujours secrète, l’est encore plus dans les prêtres qui n’y peuvent tomber que sciemment, et excellent à se dissimuler sous les voiles de l’hypocrisie, ou à se justifier par des principes réflexes.

Le pire pécheur, c’est généralement un prêtre, Ste Thérèse prétendait même que l’enfer était pavé de crânes de prêtres indignes. Au tant les bons prêtres sont exaltés sur la terre et au ciel, autant les mauvais doivent être frappés de réprobation. Les reproches que leur adresse ici la Sainte Vierge, ce sont l’amour de l’argent, la poursuite des honneurs et la recherche des plaisirs, surtout le vice impur. La seule question urgente, c’est de savoir si réellement les prêtres français sont entachés de ces vices, entendus dans ce sens que, plus excusables chez des laïques, ils sont, chez les prêtres, plus abominables.

Or, sur ce point délicat, et réserve faite en faveur des bons prêtres, plus nombreux qu’on ne pense même aujourd’hui, il est hors de doute qu’il y a, dans le clergé, à tous les degrés de la hiérarchie, une espèce de gangrène épidémique. Un trop grand nombre de prêtres sont bassement, scandaleusement esclaves de l’avarice et, par leur cupidité, poussent les masses à l’indifférence. Un trop grand nombre de prêtres, étrangers à tous les travaux de l’esprit, passent leur vie dans une paresse funeste qui les abaisse par l’inertie et qui les pousse à de petits raffinements de volupté, qui ne sont pour les laïques que des choses plaisantes, mais pour des prêtres, des choses odieuses.

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Un trop grand nombre de prêtres veut, par avarice, par convoitise et par orgueil, se pousser aux honneurs, par des raffinements d’adulation qui déshonorent en même temps les prêtres et les évêques. Le juste sentiment de la dignité sacerdotale est perdu chez un trop grand nombre. La notion exacte du christianisme n’est sans doute pas oblitérée dans les âmes sacerdotales, mais l’exacte pratique du sacerdoce est trop souvent abandonnée, et, ce qui est pire, un trop grand nombre savent concilier, avec une exacte discipline, toutes les licences d’une vie molle, étrangère à tout effort, hostile à tout sacrifice.

Les évêques se sont encore moins bien conservés que les prêtres, soit parce que pour parvenir à l’épiscopat, ils ont dû, pendant vingt ou trente ans, passer par les étamines de la franc-maçonnerie, soit parce que, sans souci du droit canon, un évêque peut impunément se livrer aux trois concupiscences et commettre contre son clergé toutes les iniquités de l’arbitraire, sans avoir à redouter les représailles d’un juste redressement.

Bellot des Minièresmort dans l’acte du crime, dans le lit d’une religieuse qu’il avait déshabillée de toute vertu ; Juteau parjure ; Geay, libertin ; Le Nordez, franc-maçon, quelques autres qu’on dit concubinaires et simoniaques, ce sont là des faits de notre temps qui paraissent justifier, et au-delà, les reproches du secret de la Salette.

Source : L’apparition de la Très Sainte Vierge à la Salette – Mélanie Calvat – 1930

Publié par Napo

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