Assister à un match de football à l’intérieur d’une église consacrée n’a rien d’une scène habituelle, ni d’acceptable au regard de la vocation exclusive d’un lieu saint. C’est pourtant le triste spectacle qu’offre actuellement la paroisse San Anton, située en plein cœur de Madrid. À l’occasion de la Coupe du monde de football qui se dispute aux États-Unis et au Mexique, le sanctuaire s’est équipé de plusieurs écrans de télévision afin de permettre la diffusion en direct des rencontres de l’équipe nationale espagnole.
À l’origine de cette initiative qui suscite un profond scandale chez de nombreux catholiques se trouve le père Angel, prêtre d’origine asturienne et président de l’organisation non gouvernementale Mensajeros de la Paz (Messagers de la Paix). Prenant place sur les bancs en bois, traditionnellement et strictement réservés à la prière ainsi qu’à la célébration du sacrifice eucharistique, des visiteurs s’installent désormais pour suivre une compétition sportive. Lors de la récente confrontation opposant l’Espagne au Cap-Vert, une dizaine de personnes se sont ainsi rassemblées dans la nef pour visionner le match.
Loin de mesurer la gravité de cette évidente profanation de l’espace sacré, le prêtre assume pleinement cette démarche. S’affranchissant des règles élémentaires de l’Église qui destinent le sanctuaire au seul culte divin, il semble agir comme si l’édifice religieux était sa propriété personnelle. Pour se défendre, il justifie cet acte par une prétendue urgence sociale et pastorale afin d’offrir un lieu d’accueil et de fraîcheur aux personnes isolées ou démunies pour regarder la compétition à l’abri de la chaleur étouffante qui frappe la capitale.
Pourtant, le bon sens ecclésial et le respect absolu dû à la Maison de Dieu imposent d’autres réponses. Pour venir en aide aux plus pauvres et leur offrir un moment de fraternité autour d’un événement sportif, rien n’empêchait ce prêtre et sa puissante fondation d’investir de leurs propres deniers pour louer et installer une grande tente climatisée à l’extérieur. La charité authentique, si vitale soit-elle, n’exige en aucun cas de désacraliser nos églises pour les transformer en lieux de divertissement profane.
Le curé des lieux se réjouit pourtant du succès de l’opération, affirmant avec une légèreté déconcertante que ces retransmissions se poursuivront jusqu’à ce que la sélection espagnole remporte le titre mondial, glissant au passage que l’église semblerait porter chance à l’équipe. Une grave confusion qui heurte légitimement la conscience des fidèles.





Conversation des fidèles
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