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Crise des vocations en Belgique : la Compagnie de Jésus fait ses adieux au diocèse de Liège

Crise des vocations en Belgique : la Compagnie de Jésus fait ses adieux au diocèse de Liège

Une page monumentale de l’histoire religieuse belge vient de se tourner. Après 456 années de présence ininterrompue, la Compagnie de Jésus quitte définitivement la ville de Liège. Le 13 juin dernier, l’église Saint-Christophe a rassemblé près de six cents fidèles pour une messe d’action de grâce marquant la clôture de cette communauté historique. Face à la diminution drastique des vocations et au vieillissement de ses membres, l’ordre religieux se voit contraint de réorganiser sa présence au sein de la province d’Europe occidentale francophone.

La décision de cette fermeture illustre une réalité démographique implacable. La communauté liégeoise ne comptait plus que cinq religieux. Âgé de 84 ans, le père André Moreau, supérieur local, a expliqué que le départ à la retraite du dernier jésuite encore actif au sein du collège a constitué l’élément déclencheur de ce retrait. Cette fermeture s’inscrit dans un mouvement pastoral plus large, succédant à la clôture de la communauté de Charleroi il y a cinq ans.

L’histoire des fils de saint Ignace dans la cité ardente avait débuté en pleine Contre-Réforme. À la suite des passages remarqués de la première génération de jésuites, tels Pierre Canisius en 1546, Pedro de Ribadeneyra en 1556 et le supérieur général de l’ordre Diego Laínez en 1562, le prince-évêque Robert de Berghes avait réclamé l’établissement d’un collège. Son successeur, Gérard de Groesbeek, concrétisera le projet en 1569 en mobilisant les ressources nécessaires auprès des chanoines de la cathédrale pour implanter une résidence, avec un objectif clair : soutenir la prédication et l’éducation catholique face à l’influence croissante du protestantisme dans la région.

Durant près de cinq siècles, l’empreinte spirituelle, intellectuelle et sociale de la Compagnie a profondément façonné le territoire. Outre la fondation de plusieurs établissements scolaires de renom, dont Saint-Servais, Saint-Louis et l’Institut Gramme, les religieux ont étendu leur apostolat aux paroisses, aux maisons de repos, ainsi qu’aux milieux carcéraux comme la prison de Lantin ou le centre fermé de Vottem. Ils ont également soutenu le Mouvement Eucharistique des Jeunes, le Renouveau Charismatique et l’Espace Loyola. Preuve de leur profond ancrage social, l’histoire retient même que le célèbre club de football de la ville, le Standard de Liège, doit sa fondation à des élèves du collège Saint-Servais.

Lors de la célébration d’adieu présidée par Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège et lui-même ancien élève des jésuites, l’homélie a été prononcée par le père Thierry Dobbelstein. Ce supérieur provincial, qui a vécu dix-sept ans dans le diocèse, a médité sur l’Évangile du jour, fortuitement consacré à la moisson abondante et au manque d’ouvriers. Interpellant l’assemblée avec gravité, il a posé une question fondamentale : ce retrait par manque d’effectifs ne révèle-t-il pas un manque de prière de la part des fidèles ? Réfutant tout fatalisme, le provincial a rappelé que la supplique exige un engagement personnel, soulignant que les vocations ne tombent pas du ciel, mais doivent germer à la base, au sein des communautés chrétiennes qui s’interpellent mutuellement.

L’héritage éducatif et spirituel de la Compagnie repose désormais entre les mains des fidèles laïcs. Jean-Michel Renaud, directeur général du centre scolaire Saint-Benoît Saint-Servais, a rappelé que la tradition ignatienne est par essence une tradition de transformation. Le flambeau de ce projet, visant à former des hommes et des femmes pour les autres, sera maintenu en lien avec le réseau des vingt-quatre centres jésuites de la Belgique francophone. Sur le plan matériel, l’ancienne résidence des pères sera transformée en salles de classe pour pallier le manque d’espace du collège, tandis que la chapelle conservera sa vocation sacrée.

En guise de conclusion à cette célébration empreinte d’émotion, Mgr Delville a tenu à raviver l’espérance de son troupeau. Rappelant avec justesse que la Compagnie de Jésus avait déjà connu à Liège les affres de la suppression de 1773 avant d’y être restaurée en 1814, l’évêque a formulé le vœu de voir l’histoire se répéter, assurant aux religieux qu’il ne s’agissait pas d’un adieu définitif, mais d’un simple au revoir.

Conversation des fidèles

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