Lors d’une rencontre historique au Palais apostolique, le catholicos Aram Ier, chef spirituel du catholicossat arménien de Cilicie, a soumis au pape Léon XIV une proposition inattendue : la convocation d’un troisième concile du Vatican. Ce face-à-face, qui s’est tenu ce lundi, s’inscrit dans le cadre d’une visite officielle à Rome visant à consolider les liens ecclésiaux. Selon un communiqué publié à l’issue de l’entretien sur les canaux de communication de l’Église arménienne, le dignitaire a mis en lumière l’urgente nécessité d’aborder certaines questions vitales pour la vie de l’Église universelle par le biais d’une telle assemblée.
Outre la perspective inédite d’un nouveau concile, le catholicos a présenté au Souverain Pontife deux autres requêtes majeures : l’unification de la date de célébration de la fête de Pâques pour l’ensemble du monde chrétien, et l’instauration d’une journée de mémoire commune dédiée à tous les martyrs. Si les communications officielles du Saint-Siège n’ont pas fait mention directe de la proposition conciliaire, elles ont en revanche détaillé les autres sujets brûlants abordés. Les échanges ont notamment porté sur la douloureuse situation au Liban, où réside le siège d’Aram Ier, et sur les conflits internationaux qui continuent d’éprouver durement le peuple arménien. Face à ces drames, le pape Léon XIV a manifesté sa pleine compréhension et son soutien, tout en apportant les éclaircissements nécessaires de la part de Rome. Signe éclatant de cette proximité, le pontife a convié son hôte à partager l’estrade lors de l’audience générale du mercredi, réitérant ainsi un geste de grande fraternité œcuménique, à l’image de l’audience conjointe tenue en 2023 par le pape François et le patriarche copte Tawadros.
L’hypothèse d’un éventuel « Vatican III » reste toutefois perçue avec une extrême prudence du côté catholique. Si le pape Léon XIV ne s’est pas encore prononcé directement sur cette requête, il a récemment qualifié le concile Vatican II de véritable étoile polaire pour l’Église. En 2023, son prédécesseur estimait pour sa part que l’heure n’était pas venue, l’assimilation du précédent concile étant toujours en cours. Cette réserve est largement partagée par des théologiens contemporains, à l’instar du fondamentaliste autrichien Gregor Maria Hoff, ou des dogmaticiens et historiens allemands Andreas Wollbold, Michael Seewald et le cardinal Walter Brandmüller. Ces experts soulignent qu’une telle entreprise exigerait d’abord une profonde maturation de la culture de délibération au sein de l’Église.
Soucieux de poser des actes concrets en faveur de la communion ecclésiale sans attendre de grandes assises, le pape Léon XIV a profité de cette visite pour annoncer l’inscription officielle de saint Nersès Chnorhali au Martyrologe romain, autorisant désormais sa vénération liturgique au sein de l’Église catholique. Cet illustre prédécesseur d’Aram Ier, ayant guidé les fidèles arméniens au douzième siècle (1166–1173), demeure célébré comme le plus grand théologien et poète arménien de son temps.
Lors de ses adieux publics, le successeur de Pierre a rendu un vibrant hommage à l’inlassable engagement œcuménique du dignitaire oriental. S’adressant au catholicos, le pontife s’est dit profondément reconnaissant pour ses efforts visant à entretenir les relations avec l’Église catholique et pour son attachement à l’Église de Rome. Le Saint-Père a fermement exprimé l’espoir que ce dialogue, malgré de récentes difficultés, se poursuive avec une force nouvelle, rappelant avec gravité que sans unité dans la foi, il ne saurait y avoir de restauration de la communion entre les Églises.
Cette aspiration à l’unité s’inscrit dans la longue marche de la réconciliation entre Rome et l’Église apostolique arménienne, l’une des branches de l’orthodoxie orientale rassemblant aujourd’hui environ neuf millions de fidèles. Considérée comme la plus ancienne Église d’État au monde, elle s’était séparée de l’Église impériale romaine à la suite du concile de Chalcédoine en 451, dont elle avait rejeté les conclusions. Toutefois, ce contentieux historique a été largement surmonté. Grâce à la formulation christologique de Vienne en 1971, puis aux déclarations bilatérales portées notamment par Aram Ier — en fonction depuis 1995 — et saint Jean-Paul II en 1997, le différend théologique sur la double nature du Christ ne constitue plus, aujourd’hui, un motif de séparation ecclésiale.





Conversation des fidèles
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