Dans un entretien accordé le 9 juin 2026 au média AdVaticanum, Mgr Guido Pozzo, ancien secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei (2009-2019) et actuel surintendant de l’économie du Chœur de la Chapelle Sixtine, a lancé un appel à dépasser les « cages idéologiques » qui opposent les deux formes du rite romain. Plaidant pour une complémentarité pacifiée de l’héritage liturgique, l’archevêque italien a notamment suggéré que chaque diocèse célèbre au moins une messe dominicale en latin dans sa cathédrale selon le Novus Ordo.
Fort d’une longue expérience au sein de la Curie romaine, notamment à l’ancienne Congrégation pour la Doctrine de la Foi et lors des colloques doctrinaux menés avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) de 2009 à 2011, Mgr Pozzo a replacé la musique sacrée au cœur de la mission évangélisatrice de l’Église. Il a rappelé que la Chapelle musicale pontificale, héritière de la vénérable Schola Cantorum, a pour mission d’élever les âmes lors des célébrations présidées par le Pape, une tâche à laquelle le pape Léon XIV se montre « particulièrement sensible ». Le prélat a salué au passage l’initiative Cantiamo con il Papa (Cantons avec le Pape), lancée en mai 2025 par l’Institut pontifical de musique sacrée, qui diffuse sur les réseaux sociaux des tutoriels pour enseigner aux fidèles les chants grégoriens ordinaires de la messe (Gloria, Pater Noster, Agnus Dei). Pour Mgr Pozzo, le grégorien est le « chant propre de la liturgie romaine », auquel le Concile Vatican II (Sacrosanctum Concilium, n. 116) a réservé la place principale parce qu’il est « essentiellement et simplement prière », tourné exclusivement vers l’adoration de Dieu.
Au-delà du chant, l’archevêque titulaire de Bagnoregio milite pour une réintroduction sereine de la langue latine dans la pastorale ordinaire. Sans en faire une obligation juridique pour les paroisses, il estime capital que chaque cathédrale propose au moins une messe en latin selon le missel rénové de Paul VI lors des dimanches et solennités. Citant le père Luigi Taparelli (1835), il rappelle qu’une Église qui embrasse tous les peuples requiert une langue universelle pour préserver son unité. Loin de désigner une formule obsolète, le latin offre selon lui une précision théologique remarquable et une solennité propice au sacré, favorisant la redécouverte de la « dimension verticale » du culte.
Abordant la question sensible de la coexistence des deux missels, Mgr Pozzo refuse de considérer le Novus Ordo (le rite réformé par saint Paul VI) et le Vetus Ordo (le rite ancien de 1962) comme des blocs opposés ou inconciliables. Si le nouveau missel constitue la forme commune et habituelle de l’Église, le rite ancien possède une valeur doctrinale et spirituelle propre. Le prélat insiste sur le fait que la réforme de Vatican II doit être comprise comme une rénovation dans la continuité substantielle, et non comme une rupture. Pour illustrer la gravité des dérives liturgiques contemporaines, il a cité le cardinal Joseph Ratzinger (futur Benoît XVI), selon qui « la crise ecclésiale dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui dépend en grande partie de l’effondrement de la liturgie ». Mgr Pozzo regrette certains déséquilibres de la praxis postconciliaire, où l’aspect convivial de l’Eucharistie a parfois éclipsé sa nature sacrificielle, et où la participation active a été réduite à une agitation extérieure au détriment du silence sacré et de l’intériorité.
Cette vision d’apaisement s’aligne pleinement sur les orientations du pape Léon XIV. Mgr Pozzo a ainsi rappelé la récente lettre du Souverain pontife aux évêques français, les exhortant à œuvrer pour la réconciliation et l’unité en évitant de marginaliser les fidèles attachés au rite ancien, pourvu qu’ils acceptent les enseignements de Vatican II et ne rejettent pas la légitimité du Novus Ordo. En définitive, l’archevêque fait sienne la pensée exprimée par le Pape à la journaliste Elise Ann Allen : l’enjeu crucial ne réside pas dans la langue ou le choix du missel, mais dans l’aptitude de la liturgie à susciter dans l’âme « la stupeur devant le Dieu vivant ».





Conversation des fidèles
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