Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme et des prêtres catholiques contraints à l'exil ont témoigné devant la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH), réunie au Panama. Ils dénoncent la poursuite des restrictions imposées aux communautés religieuses sous le gouvernement de Daniel Ortega et de son épouse Rosario Murillo. Selon leurs témoignages, les mesures visent aussi bien les catholiques que les communautés évangéliques, avec des fermetures d'organisations, des confiscations de biens, des arrestations et une surveillance des célébrations religieuses.
Rappelons les faits ! Depuis les manifestations antigouvernementales de 2018, sévèrement réprimées, les relations entre les autorités nicaraguayennes et une partie importante de l'Église catholique se sont profondément dégradées. Plusieurs prêtres et évêques ont été arrêtés ou contraints de quitter le pays, tandis que des associations religieuses, des établissements d'enseignement et des organisations caritatives ont perdu leur reconnaissance légale. Lors de l'audition du 26 octobre, le Collectif des droits humains Nicaragua Nunca Mas a indiqué qu'au moins 1 341 organisations religieuses avaient été concernées par ces mesures, selon son recensement. Ce nombre constitue un bilan présenté par l'organisation et non un total de fermetures vérifié indépendamment pour la seule année 2026.
Marylaura Acuna, représentante du Centre pour la justice et le droit international (CEJIL), a détaillé les accusations portées contre le gouvernement. Selon elle, les autorités révoquent la personnalité juridique d'organisations religieuses, confisquent leurs propriétés et imposent de nouvelles restrictions à leurs activités. Elle dénonce également des arrestations arbitraires, des disparitions forcées présumées et des difficultés rencontrées par certaines familles pour obtenir des informations sur leurs proches détenus. La juriste estime que ces mesures s'inscrivent dans une politique plus large destinée à empêcher les institutions indépendantes, y compris les Églises, de critiquer le pouvoir.
Mais c'est surtout le témoignage d'un prêtre dominicain qui attire l'attention ! Le père Rafael Aragon, religieux espagnol naturalisé nicaraguayen et réfugié au Costa Rica depuis 2023, affirme que les récentes autorisations de processions catholiques ne signifient absolument pas un retour à la liberté religieuse. Selon lui, le gouvernement autorise certaines manifestations publiques afin de donner à la communauté internationale une image plus favorable de la situation. Il explique que les prêtres doivent demander plusieurs autorisations administratives et politiques avant d'organiser une procession. Les itinéraires, les horaires et les conditions de participation peuvent ensuite être strictement encadrés.
Le religieux affirme également que la présence d'agents de police et de groupes proches du gouvernement pendant les cérémonies permet de surveiller les fidèles et de contrôler les déplacements. Les autorités chercheraient ainsi à conserver la maîtrise des rassemblements religieux tout en laissant croire à une normalisation des relations avec l'Église. Marylaura Acuña évoque pour sa part une politique d'imprévisibilité : certaines célébrations sont autorisées, d'autres interdites, sans que les communautés puissent toujours anticiper les décisions. Cette incertitude entretiendrait, selon les organisations entendues, un climat de peur et d'autocensure parmi les responsables religieux.
L'audition a également abordé plusieurs situations individuelles, notamment celle de Mgr Abelardo Mata, évêque émérite d'Esteli, âgé de 80 ans. Des représentants de la société civile ont rappelé les inquiétudes provoquées par son arrestation à la fin du mois de juin et par l'absence d'informations vérifiables sur sa situation pendant plusieurs semaines. La Cour interaméricaine des droits de l'homme avait ordonné, le 27 août, des mesures provisoires destinées à protéger sa vie, son intégrité et sa liberté. Gonzalo Carrion, membre exilé du collectif Nicaragua Nunca Más, a également dénoncé l'exil forcé de prêtres catholiques et de responsables évangéliques, estimant qu'aucun secteur indépendant de la société n'était désormais à l'abri de la répression.
Ces déclarations ont été présentées officiellement devant la CIDH pendant sa 197e session. Le gouvernement nicaraguayen n'était pas représenté lors de l'audition, et les accusations devront continuer d'être examinées à partir des documents et témoignages disponibles. Mais cette nouvelle intervention rappelle les préoccupations persistantes des organisations de défense des droits humains concernant la liberté religieuse au Nicaragua, alors même que certaines processions ont récemment pu reprendre. Pour les prêtres exilés, le véritable enjeu n'est pas seulement de pouvoir célébrer publiquement quelques fêtes religieuses, mais de permettre aux communautés de vivre et de pratiquer librement leur foi, sans surveillance ni menaces.
Source : RTP





Conversation des fidèles
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