Voilà une nouvelle prise de position particulièrement ferme de l'Église catholique en Pologne ! Réunis du 22 au 24 octobre à Zakopane pour leur 406e assemblée plénière, les évêques polonais ont dénoncé deux projets de loi adoptés quelques jours auparavant par la Diète, la chambre basse du Parlement. Ces textes visent à assouplir considérablement la législation nationale sur l'avortement, notamment en supprimant certaines sanctions pénales et en réintroduisant la possibilité d'avorter en cas de graves anomalies du fœtus. Pour Mgr Tadeusz Wojda, archevêque de Gdańsk et président de la Conférence épiscopale polonaise, il s'agit d'une politique « qui ne construit pas, mais qui détruit ».
Rappelons les faits ! Le 20 octobre, les députés polonais ont adopté un premier projet par 217 voix contre 213. Celui-ci prévoit de supprimer l'infraction pénale consistant à aider ou encourager une femme à pratiquer un avortement en dehors du cadre légal. Le texte introduit également des protections pour les professionnels de santé intervenant dans certaines situations médicales. Le même jour, un second projet a été adopté par 233 voix contre 203. Il prévoit de réautoriser l'avortement lorsque les examens prénataux révèlent une forte probabilité d'anomalie grave et irréversible du fœtus ou d'une maladie incurable menaçant sa vie. Les interventions seraient prises en charge par le système public et devraient pouvoir être réalisées dans les 72 heures suivant le consentement de la femme.
Ces votes constituent un changement important par rapport à la législation polonaise actuelle ! Depuis la décision du Tribunal constitutionnel du 22 octobre 2020, l'avortement n'est légalement autorisé que lorsque la grossesse menace la vie ou la santé de la mère, ou lorsqu'elle résulte d'une infraction pénale. L'ancienne possibilité d'interrompre une grossesse en raison de graves anomalies fœtales avait été déclarée contraire à la Constitution. Les nouveaux textes adoptés par les députés cherchent donc à revenir sur une partie des restrictions mises en place depuis cette décision, particulièrement contestée à l'époque par les mouvements favorables à l'avortement.
Mais les évêques polonais refusent cette évolution ! Dans leur communiqué du 24 octobre, ils rappellent que chaque enfant, y compris celui qui n'est pas encore né, possède une dignité et des droits qui doivent être respectés. Ils mettent également en garde contre les conséquences culturelles de ces propositions législatives. Selon eux, même si les textes ne sont finalement pas adoptés définitivement, le seul fait de les présenter et de les débattre contribue à faire accepter l'avortement comme une solution moralement neutre. L'épiscopat demande donc aux responsables politiques de protéger la vie humaine tout en mettant en place une assistance réelle, efficace et durable pour les femmes enceintes confrontées à des situations difficiles et pour leurs familles.
Toutefois, ces projets de loi sont encore loin d'être définitivement adoptés ! Transmis au Sénat le 21 octobre, ils devront poursuivre leur parcours parlementaire avant une éventuelle promulgation. Or, le président polonais Karol Nawrocki avait déjà annoncé, avant son élection, qu'il ne signerait pas une loi rétablissant les dispositions sur l'avortement qui existaient avant la décision constitutionnelle de 2020. Un veto présidentiel apparaît donc possible, même si aucune décision officielle n'a encore été prise sur ces deux textes. Le débat politique devrait ainsi se poursuivre au cours des prochaines semaines.
Cette assemblée des évêques a également été marquée par une autre décision importante concernant la vie de l'Église en Pologne. La Conférence épiscopale a approuvé une version révisée des statuts de sa commission indépendante chargée d'étudier les abus sexuels sur mineurs commis dans l'Église catholique depuis 1945. Le professeur Piotr Franaszek, historien de l'université Jagellonne de Cracovie, a été choisi pour en assurer la présidence. Sa nomination avait été préalablement discutée avec les responsables des congrégations religieuses masculines et féminines. La commission devra notamment étudier les faits historiques et les responsabilités institutionnelles, mais son travail ne pourra véritablement commencer qu'une fois son statut juridique reconnu par le ministère polonais de l'Intérieur.
Les évêques polonais ont donc abordé deux questions distinctes au cours de cette assemblée : la protection de la vie humaine avant la naissance et la nécessité de faire la lumière sur les abus commis au sein de l'Église. Sur l'avortement, leur position demeure conforme à l'enseignement catholique qui affirme le respect dû à toute vie humaine dès sa conception. Sur la commission indépendante, les prochaines étapes dépendront notamment de l'approbation des autorités civiles. Reste désormais à suivre le sort des deux projets de loi au Parlement et l'éventuel veto du président Nawrocki.
Sources : Conférence épiscopale polonaise





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