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Quelle est la vocation de l’Église ? Le pape François et les jésuites maltais

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Quelle est la vocation de l'Église ? Le pape François et les jésuites maltais
©VaticanNews

Le pape François est entré dans une salle de la nonciature de Malte, où 38 jésuites maltais étaient réunis, dont le père Roberto Del Riccio, provincial de la province euro-méditerranéenne, qui comprend Malte, l’Italie, l’Albanie et la Roumanie.

François a salué les personnes présentes, une par une, puis s’est assis pour entamer une conversation libre et spontanée, comme il a l’habitude de le faire en ces occasions. L’atmosphère était cordiale et fraternelle.

François commence :

« Le seul souvenir que j’ai des jésuites maltais est celui de mes compagnons lorsque nous étudiions la philosophie. Ils se destinaient au Chili. J’ai moi-même fait mon juniorat au Chili. Puis ils allaient étudier à Buenos Aires. J’ai parlé au téléphone avec le dernier de ce groupe il y a un an, avant sa mort. N’hésitez pas à poser quelques questions pour que nous puissions parler un peu ensemble. »

Saint-Père, la réalité de l’Église d’aujourd’hui est en train de changer. Elle devient de plus en plus petite dans une Europe séculaire et matérialiste. Dans le même temps, l’Église se développe en Asie et en Afrique. À quoi ressemblera l’Église du futur ? Sera-t-elle plus petite, mais plus humble et authentique ? Qu’en est-il du parcours synodal de l’Église ? Où va-t-elle ?

Le pape Benoît a été un prophète de cette Église du futur, une Église qui deviendra plus petite, perdra de nombreux privilèges, sera plus humble et authentique et trouvera de l’énergie pour l’essentiel. Ce sera une Église plus spirituelle, plus pauvre et moins politique : une Église des petits. En tant qu’évêque, Benoît XVI avait dit : préparons-nous à être une Église plus petite. C’est l’une de ses plus grandes intuitions.

Aujourd’hui, il y a le problème des vocations, oui. Il est vrai aussi qu’en Europe, il y a moins de jeunes. Avant, il y avait trois ou quatre enfants par famille. Maintenant, souvent un seul. Les mariages diminuent, tandis que les gens se concentrent sur leur profession. Je dirais aux mères de ces trentenaires qui vivent encore chez leurs parents d’arrêter de repasser leurs chemises !

Dans cette situation, il y a aussi le risque de vouloir chercher des vocations sans discernement adéquat. Je me souviens qu’en 1994 s’est tenu un synode sur la vie consacrée. J’y ai participé en tant que délégué de l’Argentine. À l’époque, le scandale des novices aux Philippines avait éclaté : les congrégations religieuses y allaient à la recherche de vocations à  » importer  » en Europe. C’est terrible. L’Europe a vieilli. Nous devons nous y habituer, mais nous devons le faire de manière créative, afin d’assumer pour les vocations les qualités que vous avez mentionnées en général pour l’Église dans votre question : humilité, service, authenticité.

Ensuite, vous avez également mentionné le chemin synodal. Et c’est un pas de plus. Nous apprenons à parler et à écrire  » en synode « . C’est Paul VI qui a repris le discours synodal, qui avait été perdu. Depuis lors, nous avons avancé dans la compréhension, dans la compréhension de ce qu’est le synode. Je me souviens que j’ai été relateur pour le synode des évêques en 2001. En fait, le rapporteur était le cardinal Egan, mais à cause du 11 septembre et des tours jumelles, il a dû retourner à New York, son diocèse. J’étais le remplaçant. Les opinions de chacun, même des groupes individuels, étaient recueillies et envoyées au secrétariat général. Je rassemblais le matériel et l’organisais. Le secrétaire du synode l’examinait et disait d’enlever telle ou telle chose, qui avait été approuvée par un vote des différents groupes. Il y avait des choses qu’il ne jugeait pas appropriées. Il y avait, en somme, une présélection des matériaux. Il est clair que l’on n’a pas compris ce qu’est un synode. Aujourd’hui, nous avons progressé et il n’y a pas de retour en arrière possible. À la fin du dernier synode, dans l’enquête sur les sujets à aborder lors du prochain, les deux premiers étaient le sacerdoce et la synodalité. Il m’a semblé clair qu’il y avait un désir de réfléchir à la théologie de la synodalité afin de faire un pas décisif vers une Église synodale.

Enfin, je voudrais dire que nous ne devons pas oublier ce joyau qu’est l’Evangelii Nuntiandi de Paul VI. Quelle est la vocation de l’Église ? Ce n’est pas le nombre. C’est d’évangéliser. La joie de l’Église est d’évangéliser. Le vrai problème n’est pas de savoir si nous sommes peu nombreux, en somme, mais si l’Église évangélise. Dans les réunions qui ont précédé le conclave, nous avons parlé de la figure que devait représenter le nouveau pape. C’est précisément là, dans les congrégations générales, qu’a été utilisée l’image de l’Église en marche. Dans l’Apocalypse, il est dit : « Je me tiens à la porte et je frappe« . Mais aujourd’hui, le Seigneur frappe de l’intérieur pour qu’on le laisse sortir. C’est le besoin d’aujourd’hui, la vocation de l’Église aujourd’hui.

Saint Père, permettez-moi de vous remercier pour votre vie et votre exemple et aussi, en particulier, pour votre exhortation apostolique Gaudete et Exsultate. Je vous salue également du Vénérable Collège Anglais où je travaille. Là-bas, ils prient pour vous et vous remercient. Ma question est la suivante : comment suggérez-vous aux directeurs spirituels et aux séminaristes de se préparer à être prêtres au troisième millénaire ?

Qu’est-ce qui vous a frappé dans Gaudete et Exsultate ?

D’abord l’ensemble. Comment vivre les béatitudes. Puis les signes de la sainteté. J’ai été vraiment frappé par la référence à l’humour…..

Ah ! la note de bas de page 101, celle sur Thomas More ! Oui, cette exhortation apostolique a été archivée. J’aimerais que tous les novices la lisent. Vous me demandez ce qu’il faut faire. Je demanderais une chose aux séminaristes : soyez des gens normaux, sans vous imaginer que vous êtes soit des « grands apôtres« , soit des « petits dévots« . Soyez des gars normaux, capables de prendre des décisions concernant votre vie sur la route. Et pour cela, vous avez aussi besoin de supérieurs normaux.

L’hypocrisie de certains supérieurs me stupéfie. L’hypocrisie comme outil de gouvernement est terrible. Avec l’hypocrisie, vous ne vous occupez pas de votre agitation, de votre problème, de votre péché caché. Vous devez aider à supprimer toute hypocrisie qui ruine le chemin d’un jeune.

Je me souviens d’un étudiant jésuite qui s’est marié plus tard. Il était en première année de philosophie. Il avait rencontré une fille et était tombé amoureux d’elle. Il voulait la voir tous les jours. La nuit, il se faufilait dehors et rencontrait la fille, pour être avec elle. Il commençait à perdre du poids, car il dormait très peu. Mais ce garçon est heureusement tombé entre les mains d’un vieux père spirituel qui n’avait peur de rien et n’était pas hypocrite. Il sentait comment les choses étaient. Et il lui a dit : « Tu as ce problème. » Il lui a dit ! Et, s’en occupant, il l’a accompagné pour quitter la Société. Puis ce jeune homme s’est marié.

Je me souviens moi-même, il y a de nombreuses années, d’avoir écouté un jeune jésuite d’une province européenne qui faisait son magistère après la philosophie. Il a demandé au provincial d’être transféré dans une autre ville pour être près de sa mère qui était en train de mourir d’un cancer. Il s’est ensuite rendu à la chapelle pour que le supérieur exauce son vœu. Il y est resté jusqu’à très tard. À son retour, il trouva sur la porte une lettre du provincial, datée du lendemain, lui demandant de rester là où il était, et lui disant qu’il avait pris cette décision après réflexion et prière. Mais ce n’était pas vrai ! Il avait donné la lettre postdatée au ministre pour qu’il la remette le lendemain, mais à cause de l’heure tardive, le ministre l’avait remise la veille. Cet homme était dévasté. C’est de l’hypocrisie. Qu’il n’y ait jamais d’hypocrisie dans la Société ! Mieux vaut gronder que d’avoir des attitudes de courtisan !

Chez les jésuites, on ne peut pas accompagner un frère sans confiance et sans clarté. Si une personne ne fait pas confiance aux supérieurs ou à ceux qui la guident, ce n’est pas bon du tout. Les supérieurs doivent susciter la confiance. Et ensuite, ils doivent faire confiance à la « grâce d’état » pour que ce soit l’Esprit Saint qui leur donne les bons conseils. Et qu’ils étudient avec la sagesse que l’Église a accumulée au fil du temps. Mais il ne faut avoir peur de rien. Il ne faut jamais uniformiser les jeunes. Chaque personne est unique : pour chacun d’eux, ils ont fait le moule et l’ont ensuite brisé. Et que les supérieurs s’habituent aussi à avoir des enfants terribles. Il faut être patient, les corriger, mais souvent ils sont vraiment bons. Nous ne sommes pas tous les mêmes : nous avons des cartes d’identité distinctes.

Hier, en écoutant les discours qui ont été prononcés, on a parlé de Malte comme d’un pays accueillant pour les réfugiés. J’étais perplexe. Nous avons également un accord avec la Libye pour renvoyer les migrants. Vous avez peut-être entendu parler de la tragédie qui a eu lieu en Méditerranée samedi dernier, lorsque 90 migrants libyens ont perdu la vie. Seuls quatre ont survécu. Vous rencontrerez certains des réfugiés. Cependant, vous ne verrez pas les camps où la situation est beaucoup plus difficile. Il est vrai aussi que c’est un problème pour toute l’Europe, ce qui n’aide pas notre pays. C’est également vrai pour l’accueil des Ukrainiens.

C’est vrai : la migration est un problème pour l’Europe. Les pays ne sont pas disposés à conclure des accords. Je comprends que ce n’est pas facile pour l’Italie, Chypre, Malte, la Grèce et l’Espagne. Ce sont eux qui doivent les accueillir car ce sont les premiers ports, mais ensuite l’Europe doit prendre en charge. En Europe, nous devons progresser dans le domaine des droits de l’homme afin d’éliminer la culture du gaspillage et de la mise au rebut. Nous devons également éviter de donner une légitimité à la complicité des autorités compétentes, toujours, même dans les réunions et les rencontres.

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Dans l’avion, on m’a donné un tableau d’un garçon, Daniel, qui peint son angoisse alors qu’il se noie et veut sauver son partenaire qui coule. Je vous recommande un livre, Hermanito, c’est-à-dire « Petit frère », qui est sorti il y a un an. C’est l’histoire d’un grand frère qui quitte la Guinée à la recherche de son petit frère. Il nous fait comprendre ce qu’est la traversée du désert, le trafic de migrants, l’emprisonnement, la torture, le voyage en mer….. Et à vous, merci de ne pas parler à demi-mots. Ce dont nous parlons est une des honte de l’humanité qui entre dans les politiques des états.

Si un incendie se déclare dans la pièce voisine, que faisons-nous ? Est-ce que nous restons là et continuons notre réunion ? C’est une image : la même chose se produit dans le monde avec le changement climatique. Le monde brûle et nous restons silencieux. Comment faire le lien entre l’évangélisation et le changement climatique ?

Oui, travaillons sur ce sujet. Ne pas s’occuper du climat est un péché contre le don de Dieu qu’est la création. Pour moi, c’est une forme de paganisme : c’est utiliser ce que le Seigneur nous a donné pour sa gloire et sa louange comme si c’était une idole. Ne pas prendre soin de la création, pour moi, c’est l’idolâtrer, la réduire à une idole, la détacher du don de la création. En ce sens, prendre soin de notre maison commune, c’est déjà « évangéliser« . Et c’est urgent. Si les choses continuent comme elles le font maintenant, nos enfants ne pourront plus vivre sur notre planète.

Il se fait tard et vous devez partir. Je vais vous poser une petite question : vos consolations et désolations, ou déceptions, à propos du processus de synodalité.

Il y a des consolations et des déceptions. Je vais vous donner un seul exemple : lors des premières sessions du synode sur l’Amazonie, on s’est beaucoup concentré sur la question des prêtres mariés. Puis l’Esprit nous a fait comprendre que beaucoup d’autres choses manquaient : les catéchistes, les diacres permanents, le séminaire pour les aborigènes, les prêtres venant d’autres diocèses ou déplacés à l’intérieur du même diocèse. Tout cela a été vécu au milieu de consolations et de déceptions. Telle est la dynamique spirituelle du synode.

À la fin de la réunion, qui a duré environ 40 minutes, François a demandé que nous priions ensemble un Ave Maria. Il a ensuite donné sa bénédiction aux personnes présentes, les a saluées et leur a demandé de prier pour lui, en faisant cadeau à chacun d’un chapelet.

À lire en anglais sur laciviltacattolica

Publié par Napo

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