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Si l’homme est libre, il a le droit à la vérité

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Au cœur de toutes les questions se trouve celle de la vérité. Les hommes ont-ils bien conscience de la révolution qu’ils veulent accomplir ? Laisseront-ils périr le droit d’où la logique et d’où l’histoire ont fait découler tous les droits ?

Laisseront-ils la force reconquérir la conscience, le droit de l’homme prendre la place du droit de Dieu ? Si l’homme est libre, il ne doit obéir qu’à Dieu, de qui toute justice et toute autorité découlent ; si l’homme est libre, il a droit à la vérité… La question de la vérité est au fond de toutes les autres. La pensée et la loi, le droit, la Société entière ne sont en peine que d’un fait, ne cherchent éternellement qu’une chose, la vérité.

Il faut une raison dernière : si elle n’est pas morale, elle sera politique, tout comme dans l’Antiquité. Ce qui ne se fera plus par la Foi se fera par la loi. Ôtez l’Infaillibilité, les tyrans la remplacent. Les libertés, les lois, les dynasties, toute la Civilisation ne peut avoir qu’un point d’appui en dehors de la force, à savoir la force morale, la force de la vérité.

La question de nos droits, de notre conscience, la question de la vérité est au fond de tous nos problèmes et constitue la base de notre inviolabilité… La confusion atteint son comble : il faut qu’une affirmation se pose en face de la Révolution ! Cette affirmation ne peut être donnée que par la vérité, et la vérité elle-même que par l’Infaillibilité.

Dès qu’on ôte à la Société le moyen de reconnaître la justice et la vérité, le Pouvoir, aussi bien que l’esprit de l’homme, n’a plus de règle que sa propre pensée : dès lors, sur la terre, plus de souveraineté de droit ; dès lors, plus d’obligation d’obéir, l’ordre social devient logiquement impossible. L’Infaillibilité est le pivot de toutes les questions chez les hommes : c’est le point d’appui dont parlait Archimède… Il faut qu’on sache où est la vérité, autrement on ignore où est le droit, où est la loi, où sont les mœurs, où est la Société, et les hommes cherchent les principes à travers des révolutions et des déchirements sans fin.

Quatre droits tenaient debout l’Europe : l’Infaillibilité, la royauté, l’hérédité, et la propriété. Quatre erreurs les ont successivement ébranlés : le gallicanisme, le libéralisme, le républicanisme, et le socialisme. Le gallicanisme, en attribuant les droits du Saint-Père aux membres du Concile et aux rois ; le libéralisme, en attribuant ceux du Roi aux assemblées et à la foule ; le républicanisme, en renversant, au nom de droits prétendus innés, les droits acquis, issus du mérite de l’homme ; et le socialisme, en distribuant le capital à ceux qui n’en ont point créé. Car celui-là vint renverser l’hérédité morale dans l’Aristocratie, qui n’est que le développement social de la famille, et celui-ci, convertir en droit public le droit essentiellement personnel de la propriété, qui est la royauté de l’individu. C’est d’en haut qu’est parti le mal. Une fois la cognée dans l’arbre, elle suit le fil du bois…

Le gallicanisme fut l’erreur des classes les plus élevées, le libéralisme fut celle des classes intermédiaires, et le socialisme, celle des classes inférieures ; chacun s’est emparé du droit qui confinait au sien. Frappé à la racine, le tronc s’incline, et la foule se précipite sur les branches. Comment rétablir la propriété sans rétablir l’hérédité ? l’hérédité, sans rétablir la Royauté ? la Royauté, sans rétablir l’Infaillibilité, qui est la royauté de Dieu ? Si le mal est venu d’en haut, c’est d’en haut qu’on doit le bannir !

Les droits se tiennent ; le champ du laboureur et le trône du roi, l’épargne du manœuvre et les fonds du banquier, le palais comme la chaumière n’ont que le même fondement : rien ne repose que sur le droit, rien n’est garanti que par Dieu. En défendant le Droit chrétien, c’est l’homme, c’est notre Civilisation que le Pape défend à cette heure. En brisant son pouvoir, l’Europe briserait son droit, elle s’abdiquerait elle-même. Le gallicanisme fut le protestantisme des trônes, le schisme fut la révolution des Rois. On entama le droit de Dieu, on vit tomber dès lors le droit qui se rapporte à l’homme.

Mais le trouble où les événements surprennent la plupart des hommes explique leur imprévoyance. Ils croyaient ne poursuivre qu’un fait ; ils s’aperçoivent qu’ils ont poursuivi le Principe, et que la destruction arrive jusqu’à eux. C’est l’Église, c’est le cœur de la Civilisation qui est atteint, c’est l’homme que l’on va renverser… Que les classes qui fondèrent la Société, cet édifice auguste de l’obéissance, songent à la relever aujourd’hui sur sa PIERRE angulaire, sur la pierre posée par Jésus-Christ !

L’homme n’obéit qu’à deux lois, qui se suppléent toujours, celle de la conscience ou celle de la force ; et même avant le Christianisme, il ne connut que la seconde, celle dans laquelle il retombe dès que l’autre s’évanouit. Il faudra s’asseoir, en définitive, sur la morale ou sur la force ; mais si l’on choisit la première, il faut bien la prendre à sa Source ! La logique ne connaît pas les transactions ; chassée d’un terme, elle va se replacer dans l’autre…

Voyez, cherchez, il n’existe que ces deux lois ; et quand il s’agit de fonder un édifice comme celui de notre Civilisation, il faut traverser les terres mouvantes, il faut arriver sur le Roc. Et qu’est-ce, d’ailleurs, que l’Église, sinon le droit de Dieu introduit chez les hommes ? et la Révolution, sinon le droit de l’homme affranchi du contrôle de Dieu ? Et qu’est-ce qu’un tel droit, sinon le retour à la barbarie ? L’obéissance, comme la loi, ne peut descendre que de Dieu : il importe dès lors que le lien, que le droit divin soit visible.

Dès que le souverain le brise, il perd autant qu’il est en lui le droit de commander, la conscience le devoir d’obéir ; du même coup s’évanouissent aux yeux des hommes le Pouvoir et l’obéissance. Ne sont-ce pas nos lois, et les peuples sont-ils des mystiques parce qu’ils suivent la conscience qu’on leur fait ? Le principe a fléchi, et les Empires se sont affaissés : conturbatae sunt gentes, et inclinatae sunt regna… On a coupé l’obéissance à sa racine, et la moindre secousse a fait tomber les Rois.

Quelques hommes, à Naples, ont renversé ces jours derniers une nation de neuf millions d’âmes. Il y a treize ans, des insurgés à peine plus nombreux renversèrent en quelques heures le plus puissant État ; le lendemain trente-six millions de Français se mettaient à leurs pieds. Immédiatement le même fait éclate à Vienne et retentit jusqu’à Berlin… Qu’est-ce que l’Europe ? qu’est-ce que cette société faite de main d’hommes, et que l’homme revient démolir ?

L’ORDRE moral n’est pas seul ébranlé, l’ordre matériel présente des symptômes graves. Les États de l’Europe émettent aujourd’hui des emprunts qui absorbent les ressources recueillies par l’épargne de leurs populations. De semblables ressources suffiront-elles toujours ? Par suite de nos mœurs, l’épargne ira en diminuant, et par l’effet de nos doctrines, les dépenses publiques vont aller en croissant : combien de temps marcherat-on dans cette voie ? D’une part, affaissement de l’ordre moral, sur lequel s’appuyait l’ordre politique ; de l’autre, épuisement des ressources employées à le soutenir, la Société marche donc vers l’époque où elle ne fera plus ses frais… La question qui s’ouvre est bien simple : La Société a-t-elle toujours autant coûté ? et lorsqu’elle coûtait moins, quelle force parvenait à la maintenir ? C’est encore cette force que je veux indiquer.

L’Europe n’est confrontée non pas à une invasion, mais à sa propre dissolution ; le Christianisme ne fait pas face à une hérésie, mais à une négation absolue, c’est-à-dire à un état plus effrayant pour le monde que celui dans lequel il l’a trouvé… C’est le droit qui va disparaître, tout ce que le travail sacré de l’histoire a construit si péniblement. L’Europe n’est ni luthérienne, ni calviniste, ni musulmane, l’Europe est sans principes. Voilà pourquoi elle ne fait rien pour la vérité, pourquoi elle se laisse arracher cette pierre sacrée, cette pierre miraculeuse qui soutient tout, les droits, les lois, les mœurs, dans cette voûte immense de l’édifice européen.

On a perdu plus d’un principe pour en arriver là ! C’est pourquoi nous devons remonter vers celui d’où les autres dérivent, et sur lequel doit se fixer notre pensée. Comme si l’époque avait le temps de méditer, j’ai consacré le plus grand nombre de ces pages à établir ce point initial. Les conséquences viennent toujours ; elles forment ici la dernière partie. À quoi servirait d’exposer de nouveau toutes les conséquences — qu’on n’a perdues qu’en perdant le Principe — si l’on ne fixe pas ce Principe même, d’où elles doivent découler ? Il n’existe au fond qu’un principe, dont tous les autres ne sont que des applications ; mais ces diverses applications ne sauraient jamais être opposées ; en les séparant, on les brise comme la branche que l’on enlève au tronc.

L’unité d’un Principe pour l’homme se lit dans l’unité de sa raison. L’âme n’a qu’une loi, n’en cherchez pas une seconde pour l’asservir. Ne cherchons que l’application de cette noble loi à nos sociétés civiles, et d’abord, pour que cette âme immortelle n’obéisse en définitive qu’à Dieu, et ensuite, pour que le bien opéré dans la vie morale soit autant d’opéré pour la loi, autant d’accompli pour la Politique. C’est la hauteur des vues qui a manqué aux hommes. Ils n’aperçoivent plus que leurs intérêts mêmes se rattachent à la morale et à la politique, la morale et la politique à la Théologie, que dès lors il nous faut la Foi.

Dans nos philosophies étroites, nous avons pris quelques idées pour des doctrines, et nos abstractions pour des lois. Hors de la tradition des hommes, l’intelligence individuelle ne saurait aller loin : c’est notre esprit, non la doctrine, qui a été pulvérisé par l’analyse ! Sans cette tradition, qui nous élève et nous complète par le sens commun, il n’y aurait ni éducation, ni Société, si l’homme pouvait grandir par le moi, et se former à chaque époque par des idées individuelles.

L’Église, avons-nous dit, est attaquée ; c’est la notion de l’Église qu’il faut rétablir dans sa force. Ici, la raison donnera la démonstration rationnelle de l’Infaillibilité, l’Infaillibilité celle de la Société moderne… La Foi dans ma raison répand tant de lumières, la raison dans ma foi a mis tant de clarté, que peut-être il en sortira ici une étincelle.

Trois parties dans ce livre ; la première me semble s’adresser au rationalisme, la seconde au protestantisme, et la troisième au schisme ; enfin la Conclusion concerne le libéralisme.

Ce sont les quatre erreurs qui, lambeau par lambeau, nous enlevant le Christianisme, ont fait place à la Révolution. La Révolution est la dernière barbarie, celle qui détruit les germes que la première enveloppait. Le signe du retour de la barbarie n’est pas seulement dans l’anarchie, qui pénètre parmi les âmes, mais dans la rareté, mais dans l’impopularité des idées élevées… Il semble que nous avons connu une époque où les idées étaient estimées chez les hommes en raison de leur élévation ! Il est temps !

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Que les nations décident si elles veulent revenir vers l’Église, qui les a affranchies, ou marcher vers le despotisme, qui les engloutira. Enivrées par l’orgueil, elles ne voient que des rêves de bonheur et d’émancipation, alors qu’on les dépouille et qu’on les conduit à la mort. Cercle fatal !

la France périt par l’oubli des principes, et, constamment enchaînée à ce qui se montre à la surface, elle fuit le chemin qui remonte aux principes ! C’est ainsi qu’on devient la proie des événements… Celui-là seul est libre qui vit dans les causes morales, dans la cause des mœurs, dans la cause des lois. Là se tient le secret d’une époque, le nœud de l’avenir. Mais parmi tant d’esprits qui se déclarent indépendants, où est l’homme assez fort pour entendre la vérité ?

Que dis-je, où est celui qui veut réellement un principe ? Dans ces limbes funestes où nous jette la confusion, les âmes fuient comme des ombres que recouvre le manteau du mensonge. Vérité ! vérité ! qu’as-tu fait pour causer tant d’effroi, pour soulever des haines chez les hommes ? Même parmi ceux qui t’appellent, s’il faut te confesser tout entière, le plus intrépide s’arrête, et le plus fier songe à sa popularité…

Source : L’Infaillibilité – Antoine Blanc de Saint-Bonnet – 1861

Publié par Napo

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