Lecatho.fr - Média catholique indépendant 〓〓
ACTUALITE

Soudan du Sud : les violences et les intempéries forcent l’annulation des célébrations pascales

Soudan du Sud : les violences et les intempéries forcent l’annulation des célébrations pascales

Le Triduum pascal, sommet de la vie chrétienne, s’est déroulé dans une douloureuse solitude pour de nombreuses communautés du Soudan du Sud cette année. Dans l’État du Bahr el Ghazal occidental, la résurgence de violents affrontements a contraint l’armée à fermer les principaux axes routiers, isolant des populations entières et rendant impossible la tenue des célébrations liturgiques publiques. Ce blocage sécuritaire, doublé d’une météo implacable, marque un nouveau coup d’arrêt pour le plus jeune État du monde, déjà fragilisé par une instabilité chronique.

Au cœur de cette crise, le père Federico Gandolfi, missionnaire des Frères Mineurs présent dans le pays depuis onze ans, témoigne d’une situation alarmante. Installé à Ngodakala, à environ une heure de route de Wau, le religieux venait d’inaugurer avec ses confrères une mission auprès des Balanda, une ethnie de chasseurs et d’agriculteurs. Pour ces fidèles, dont l’habitat est constitué de huttes dispersées dans la brousse, la messe de Pâques représente souvent l’unique rendez-vous spirituel de l’année. « Nous sommes isolés », confie le missionnaire, précisant que la mission ne survit actuellement que grâce à la présence d’un puits et de quelques réserves alimentaires.

Cette entrave aux célébrations ne relève pas uniquement de la logistique militaire. Le pays traverse une période de turbulences climatiques extrêmes. Des tempêtes d’une rare intensité provoquent des inondations massives, détruisant les habitations précaires à Juba comme dans les villages reculés. Ces pluies, qui pourraient durer jusqu’en novembre, compliquent structurellement l’accès aux églises, certains fidèles devant normalement marcher quatre heures pour rejoindre leur paroisse.

Le contexte sécuritaire global ravive les craintes d’une nouvelle guerre civile, rappelant les heures sombres du conflit de 2013-2018. Outre les tensions dans le Bahr el Ghazal, l’État d’Équatoria a été le théâtre de massacres récents. Des hommes armés non identifiés y ont assassiné des dizaines de personnes, principalement des mineurs travaillant dans un nouveau gisement d’or. Parmi les victimes figuraient des paroissiens du père Gandolfi. Ce site minier, qui a attiré 10 000 personnes en un an, est aujourd’hui au centre de convoitises militaires et politiques, exacerbant la violence locale. Pas plus tard que la semaine dernière, huit civils ont perdu la vie lors d’embuscades sur la route principale menant à Wau.

À cette violence physique s’ajoute une détresse économique profonde. Le gel des fonds de développement par les instances internationales et le retrait de plusieurs organisations non gouvernementales pèsent lourdement sur le quotidien des plus pauvres. Le père Gandolfi souligne que les prix des denrées alimentaires ont bondi de 40 %, tandis que l’accès aux médicaments de base devient un luxe inaccessible. Cette précarité extrême nourrit inévitablement le mécontentement et la criminalité.

Malgré ce tableau sombre, l’Église témoigne d’une ferveur qui ne faiblit pas. Si l’évangélisation doit encore composer avec la persistance de rites traditionnels ancestraux, la foi des populations locales se caractérise par une simplicité et une certitude désarmantes. Pour ces communautés, Dieu n’est pas une abstraction philosophique mais une présence vivante dans l’adversité.

Le missionnaire franciscain voit dans cette résilience un signe d’espérance surnaturelle. Malgré l’absence de célébrations liturgiques communautaires cette année, il assure que le Christ Ressuscité demeure présent à travers la charité mutuelle et les sourires que les Sud-Soudanais continuent d’échanger malgré l’épreuve. C’est dans ce témoignage quotidien de foi que l’Église, bien que blessée et isolée, continue de porter la lumière de Pâques au cœur de la détresse.

Conversation des fidèles

0 commentaire(s)

Aucun commentaire pour le moment.

Retour en haut