C’est une image forte, presque un symbole venu du Nord : la Johanniskirche, monument emblématique de Stockholm, passe officiellement des mains de l’église luthérienne suédoise à celles du diocèse catholique. Et si l’opération semble à première vue purement pratique, elle révèle bien plus : un glissement discret du paysage religieux suédois… et une Église catholique qui, bien que minoritaire, prend doucement racine.
La transaction, finalisée après plusieurs années de réflexion, s’est faite dans un climat de bienveillance entre les deux confessions. Le cardinal Anders Arborelius, évêque catholique de Stockholm, et son vicaire général, le père Pascal René Lung, saluent ouvertement la confiance de l’église suédoise (protestante), laquelle n’a pas hésité à vendre ce lieu symbolique, perché sur l’un des points culminants de la capitale, aux catholiques.
Il faut dire que la Johanniskirche, vaste église néogothique pouvant accueillir jusqu’à 900 personnes, n’était déjà plus au cœur de l’activité paroissiale protestante depuis des années. Face à une baisse régulière de sa fréquentation (près d’1% de recul par an), l’église suédoise avait déplacé ses activités vers d’autres églises de centre-ville. À l’inverse, la communauté catholique connaît, elle, une croissance modeste mais constante, de l’ordre de 3% par an — et manque cruellement de place.
Depuis 1978, l’église Saint-Jean accueillait déjà régulièrement des offices catholiques, en particulier ceux de la mission polonaise. Plus récemment, la guerre en Ukraine a conduit à l’ajout de deux messes dominicales en ukrainien, et un projet est en cours pour célébrer une messe en ge’ez, la langue liturgique éthiopienne et érythréenne.
Chaque samedi, des messes en anglais y sont aussi célébrées. Avec la prise en main officielle par le diocèse, des messes en suédois s’ajouteront pour répondre à la diversité linguistique d’une Église catholique suédoise largement composée d’immigrés, de convertis et de jeunes familles.
La vente, conclue pour un montant symbolique — l’église elle-même cédée gratuitement, et la salle paroissiale adjacente achetée pour environ 500 000 euros —, a été rendue possible après d’importants travaux financés par les luthériens eux-mêmes. Le clocher, devenu instable, a été restauré à hauteur de 5,5 millions d’euros, et un vaste espace communautaire a été ajouté.
Le père Lung l’affirme :
« Ici, le café paroissial après la messe, c’est notre huitième sacrement ».
Cette convivialité, chère aux catholiques du Nord, prend tout son sens dans ce nouveau lieu, conçu désormais comme un point de rassemblement.
Des aménagements liturgiques sont également prévus : déplacement du baptistère, installation d’un ambon, réorganisation de l’espace pour accueillir des confessionnaux… Autant de gestes discrets mais essentiels pour affirmer la nouvelle identité du lieu, dans le respect de sa beauté et de son histoire.
L’annonce n’a pas suscité de remous majeurs du côté protestant. Seules quelques critiques, venues du monde politique ou de certains cercles sociaux, ont exprimé des réserves, souvent plus symboliques que doctrinales. À l’inverse, les responsables paroissiaux luthériens ont salué l’accord comme un exemple de confiance et de tolérance dans un monde polarisé. Il faut reconnaître que cette conversion paisible d’un lieu protestant au catholicisme aurait été difficilement envisageable il y a quelques décennies.
En Suède, l’Église catholique demeure une minorité : à peine plus de 120 000 fidèles sur près de 10 millions d’habitants. Pourtant, c’est une minorité dynamique, composée en grande partie d’étrangers, de convertis et de jeunes actifs. Dans ce contexte, chaque église est une victoire, chaque paroisse un bastion.
Le soutien du Bonifatiuswerk, l’œuvre missionnaire allemande fondée en 1849 pour soutenir les catholiques isolés en terre de mission, a joué un rôle décisif dans le financement de cette acquisition. Le diocèse épargne aussi depuis deux ans pour la rénovation du toit.
S’il ne s’agit pas d’une cathédrale à proprement parler, la Johanniskirche est appelée à devenir un point central de la vie catholique à Stockholm. Déjà des mariages y sont programmés pour 2026. Et le 19 octobre prochain, un grand office œcuménique marquera sa nouvelle consécration officielle.
À travers ce geste, ce n’est pas une conquête, mais un signe d’espérance que donne l’Église : celui d’une présence fidèle, enracinée dans la tradition et tournée vers l’unité. Dans un monde souvent fragmenté, ce passage pacifique d’un clocher d’une Église à l’autre peut être vu comme un petit miracle — ou du moins, comme un fruit mûri dans la patience, la fraternité et la foi.
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