Célibat ecclésiastique, la tradition de l'Église
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Célibat ecclésiastique, la tradition de l’Église

La loi du célibat prend sa source dans ces paroles de l’Église : Celui qui est marié s’occupe des choses de ce monde, de ce qu’il doit faire pour plaire à son épouse, et il se trouve partagé, (1 cor 7:32 & épitre à Tite 1:7)

Les constitutions apostoliques défendent expressément à l’évêque, au prêtre et au diacre de se marier après l’ordination. Le 25e canon des Apôtres ne permet le mariage, qu’aux chantres et aux lecteurs. Il ne parait pas que les Apôtres aient été mariés, excepté St Pierre, qui quitta sa femme pour suivre J.-C.

Les femmes qui accompagnaient les Apôtres dans leurs prédications n’étaient pas leurs épouses. Aussi St Paul (1. cor., XI, 8,) les appelle des sœurs ; ces femmes n’allaient avec les Apôtres que pour faciliter la prédication de l’Évangile dans les lieux dont l’abord n’était libre qu’à elles ; c’est ce que dit nettement St Clément d’Alexandrie.

Si St Paul, (1. Timothée, III, 2, 4,) ordonne à l’évêque de maintenir ses enfants dans l’obéissance et l’honnêteté, cela s’entend des enfants qu’il avait eus avant son ordination ; car, lors de la prédication de l’Évangile, il fallait bien prendre pour évêques et pour prêtres des hommes mariés, mais il importait que la famille de ceux-ci donnât un exemple édifiant.

On objecte que le 5e canon des Apôtres excommunie l’évêque ou le prêtre qui rejette sa femme. La tradition explique ce texte en ce sens que la femme ne doit pas être délaissée malgré elle, et abandonnée sans soin et sans secours. Le mariage ne peut être rompu à proprement parler. La séparation doit être faite d’un consentement commun, et l’époux doit toujours pourvoir aux besoins de son épouse.

Le concile d’Elvire, en 305, ordonne à tous les évêques, prêtres et diacres, de ne point vivre avec leurs femmes, sous peine de déposition. En 386, le pape Sirice dans une lettre aux évêques d’Afrique, menace des peines éternelles les violateurs du célibat ecclésiastique.

En 390, dans le second concile de Carthage, on dit que la loi du célibat est conforme à ce que les Apôtres ont enseigné et à ce que toute l’antiquité a pratiqué. S. Ambroise, S. Augustin, S. Léon, pape, S. Grégoire le Grand, Innocent I ont rendu hommage au célibat ecclésiastique.

Le premier exemple d’un prêtre marié dans l’église gallicane ne fut donné qu’au 8e siècle par un prêtre de Châlons, nommé Angelric, et il fut déposé. L’Église grecque a eu, dans les premiers siècles, la même discipline que l’Église Latine. Elle ne formait, avec celle-ci, qu’une même société soumise aux mêmes lois générales.

Le concile de Néocésarée, en 315, ordonne de déposer tout prêtre qui se marierait. Justinien, dans son code, suppose la loi du célibat généralement établie, il la confirme et inflige des peines temporels aux infracteurs.

Le concile de Nicée, dans son 3e canon, s’exprime ainsi :

« Le grand concile a défendu absolument à tout évêque, prêtre, diacre, d’avoir une femme introduite, si ce n’est la mère, la sœur, la tante et d’autres personnes hors de soupçons. »

Saint Basile, après avoir cité la défense du concile de Nicée, recommande aussi le célibat à l’un de ses amis (Epist. 198).

Le concile dit in Trullo défend aussi le mariage après l’ordination ; mais les mêmes raisons qui empêchent le mariage après l’ordination, doivent empêcher le prêtre de vivre avec sa femme.

Saint Épiphane, et surtout Saint Jérôme, dans les traités contre Vigilance et Jovinien, défendent, avec une grande force, le célibat ecclésiastique.

En 410, Synésius, homme marié, fut élu évêque de Ptolémaïde ; il hésita à accepter parce qu’il ne voulait pas se séparer de sa femme.

Dans le 3e siècle, Urbicus, évêque de Clermont, et l’an 333, Antonin, évêque d’Éphèse, furent condamnés dans des conciles pour avoir repris leurs femmes après leur ordination. Ainsi, la même discipline dans le célibat ecclésiastique, dans les deux Églises Grecque et Latine.

Saint Grégoire VII n’a donc rien innové sous ce rapport ; il n’a fait que renouveler l’ancienne discipline, qui, du reste, n’était que partiellement abandonnée. Aussi, lorsqu’il renouvela, dans un concile tenu à Rome, en 1074, les anciennes mesures relativement à la continence sacerdotale, il publia un document qui rappelle avec beaucoup de détails toute la suite de la tradition, et les décrets des conciles et des papes sur l’obligation de la continence pour les prêtres.

Le premier concile de Latran, en 1123 et le second en 1139, en déclarant nul le mariage des prêtres, n’ont pas innové non plus ; ils n’ont fait que juger, d’après la définition des anciens canons, comme le dit le premier de ces conciles.

On objecte la difficulté de garder la continence. Cette objection n’atteint pas seulement le célibat ecclésiastique, mais la chasteté en elle-même dans le jeune homme, la jeune personne, les veufs, etc. Elle n’a pu être élevée que par le libertinage, trop faible pour se vaincre. La religion donne, et au prêtre surtout, les moyens les plus puissants d’observer la chasteté. Il n’y a que ceux qui ne veulent pas employer ces moyens, qui en méconnaissent l’efficacité.

On objecte encore le nombre des prêtres manquant à leur devoir.

Si on excepte l’époque du IIe siècle, époque où la violation du célibat ne fut pas générale, mais assez fréquente, on trouvera que le nombre des prêtres infidèles à leur devoir, sous ce rapport, est à peine perceptible, comparé au nombre des prêtres vertueux.

Les fautes des prêtres contre la continence font sensation : elles sont toutes remarquées et jugées avec la dernière sévérité : aucune n’échappe à l’œil de la société qui tient à la sainteté du prêtre. Du reste, les coupables sont toujours repoussés avec énergie par le clergé, qui les exclut en quelque sorte de son corps. L’objection n’aurait de force que si elle tombait sur une grande partie du clergé. Ne tombant que sur quelques individus, elle est une preuve plutôt qu’une difficulté. La conduite du clergé français, pendant la révolution, est la preuve la plus forte de la possibilité de garder les vœux imposés par l’Église.

On objecte qu’au concile de Nicée, Paphnuce, un saint évêque de la Hte Thébaïde, s’opposa à ce que le concile exigeât des prêtres mariés, avant leur ordination, la séparation d’avec leurs femmes.

Cette histoire ne peut être vraie, car elle serait en contradiction avec toute la tradition ecclésiastique et avec les canons mêmes du concile de Nicée. Les actes de ce concile n’en font pas la plus légère mention : le nom de Paphnuce n’est pas sur la liste des évêques qui ont signé les décrets. Aucun des auteurs du temps ne dit un mot de cette affaire. Ce fut plus de cent ans après que l’historien Socrate la raconta ; mais cet écrivain a été convaincu d’un grand nombre de bévues historiques, et il a rapporté plusieurs autres choses notoirement fausses du concile de Nicée ; ainsi, il ne mérite aucune confiance.

On dit encore : l’Église grecque autorise le mariage des prêtres, l’Église latine l’a toléré chez les Orientaux.

L’Église grecque a admis le célibat ecclésiastique dans sa rigueur jusqu’au 7e siècle ; mais alors, dans le concile dit in Trullo, elle permit aux prêtres déjà mariés avant l’ordination de demeurer avec leur femme. L’Église latine s’opposa alors fortement à cet abus. Grégoire VII le condamna formellement : par la suite, par amour pour la réunion, l’Église latine le toléra. Au reste, l’Église grecque exige le célibat des évêques et des moines, et interdit le mariage au prêtre après l’ordination.

Dans le fait, chez les Grecs, ce sont les évêques et les moines qui remplissent presque toutes les fonctions sacerdotales, et le clergé du second ordre est tombé dans un discrédit complet, il n’a aucune considération. L’excellence du célibat ecclésiastique ressort ainsi de ce fait (Jager 104).

Les protestants ont été les premiers à briser ouvertement la règle du célibat ecclésiastique ; mais ils ont été forcés d’en reconnaître la convenance et l’antiquité. Luther hésita longtemps avant de se marier, il craignait de devenir la fable de l’univers. La réforme, dit Erasme, n’a abouti qu’à marier des prêtres. Toute cette tragédie a fini comme une comédie, par un mariage. Les réformateurs qui se sont mariés les premiers ont été l’objet de beaucoup d’indignation et de récrimination (Jager 108).

Si, aujourd’hui, le mariage des ministres protestants ne fait plus la même impression, c’est qu’ils sont sécularisés, ils ne sont plus prêtres ; là où il n’y a plus de sacrifice, il n’y a plus de prêtre ; il ne peut y avoir que des ministres.

En France, quoique la loi ne condamne pas le mariage des prêtres, cependant l’opinion que le mariage est incompatible avec le sacerdoce est telle, que les tribunaux n’ont pas voulu reconnaître comme valide le mariage de certains prêtres. Napoléon avait voulu interdire le mariage des prêtres. (U. Cath. XIX, 280.)

Le parlement d’Angleterre, en permettant le mariage des prêtres, avait dit : « qu’il convenait mieux aux prêtres et aux ministres de l’Église de vivre chastes et sans mariage, et qu’il serait à souhaiter qu’ils voulussent d’eux-mêmes s’abstenir de cet engagement« 

La femme d’un évêque en Angleterre n’a aucun titre de dignité et aucune considération. (Jager 110).

Avantages sociaux du célibat

Le prêtre marié n’aurait plus la même dignité ; il paraîtrait au-dessous de son ministère et perdrait toute sa considération. Le célibat donne au prêtre catholique un ascendant qu’il ne perd pas même dans un pays protestant, comme cela s’est vu lors de l’émigration des prêtres français en Angleterre. (Jager 114).

Le prêtre perdrait aussi son indépendance. Il ne serait plus à son troupeau, mais à sa famille. Sa générosité sera restreinte, sa bourse resserrée, le courage l’abandonnera au moment du péril. Plus attaché au sol, il tombera sous l’influence du pouvoir, d’autant plus que le mariage aura introduit dans l’Église une foule de sujets moins éprouvés et plus accessibles à la séduction. (Voyez les aveux de King et de Mosheim (1), (Jager 115.)

Le prêtre doit être instruit : labia sacerdotis custodient scientiam, et legem requirent ex ore ejus. La science a toujours eu une direction cachée vers le célibat. Cicéron a dit que les plaisirs du corps sont incompatibles avec une grande pensée. Saint Jean Chrysostome, Saint Jérôme ont dit la même chose.

C’est le célibat ecclésiastique qui a sauvé la science en Europe, au moyen-âge. C’est au célibat ecclésiastique que l’on doit encore l’établissement de la loi chrétienne, la conversion du monde, la civilisation des peuples.

Le célibat seul permet au prêtre d’exposer sa vie dans les contagions et dans les divers dangers. (Traits de l’archevêque de Dublin et des ministres de Winchester. (Jager 118 et suiv.).

Le mariage ôterait au prêtre son indépendance ; la crainte de blesser un protecteur de ses enfants le rendrait muet. Il résisterait encore moins à la tyrannie et à la séduction du pouvoir. Le clergé catholique est le seul indépendant du monde. (Parallèle du clergé anglais sous Henri VIII, Edouard VI, Elisabeth, et du clergé français pendant la révolution).

Le vœu de chasteté imposé au prêtre rend les vocations plus réfléchies et plus sûres. Cette multitude d’œuvres charitables, de fondations de bienfaisance dues au clergé catholique, n’aurait pas existé avec un clergé marié.

Les défauts qu’on remarquerait dans la famille du prêtre, rejailliraient sur lui, comme cela arrive en Angleterre. – Avantage du célibat par M. Michelet :

 » II y a, dit-il, dans le plus saint mariage, il y a dans la femme et dans la famille quelque chose d’énervant qui brise le fer et fléchit l’acier. Le plus ferme cœur y perd quelque chose de soi. »

C’en était fait du Christianisme, si l’Église amollie et prosaïsée dans le mariage, se matérialisait dans les soins de la famille. Dans les pays catholiques, c’est le clergé séculier et régulier qui nourrit les pauvres, qui fonde et entretient, du moins en grande partie, les institutions de charité.

En Angleterre, avant la réforme, la charité envers les pauvres était exercée par le clergé, et jamais, dit Cobbett, la misère ne s’y présenta avec un cortège aussi effrayant qu’aujourd’hui. Dès que la réforme fut achevée, on vit surgir une multitude innombrable d’indigents qui, n’étant plus soutenus par la charité, se livrèrent à tous les excès ; il fallut recourir contre eux à la loi martiale, et enfin établir la taxe des pauvres, c’est-à-dire la mendicité établie et consacrée par la loi.

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Le clergé anglican a acquis d’immenses richesses, et qui ne servent en rien ou presque en rien à l’humanité souffrante. Il n’est pas rare de voir des évêques laisser plus de 100,000 guinées, quelques-uns ont laissé jusqu’à 400,000 louis sterling. — (Citation de la revue britannique, 136).

Le clergé anglican a une dotation de 9 459 065 louis sterling, c’est-à-dire plus que le clergé de toutes les dénominations chrétiennes, le clergé d’Irlande 1,500,000.

Jager = JAGER (Abbé)‎ -‎HISTOIRE DE L’EGLISE CATHOLIQUE EN FRANCE‎

Source : Histoire Apologétique de l’Église – Mgr J. S. Raymond – 1899

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