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L’Église n’a pas admis les écrits de prophètes plus anciens

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L’Église n’a pas admis les écrits de prophètes plus anciens
L’Église n’a pas admis les écrits de prophètes plus anciens

À cause de leur antiquité même, Saint Augustin nous dit que c’est pour cela que l’Église n’a pas admis les écrits de prophètes plus anciens.

Mais que je remonte à des temps beaucoup plus reculés, avant l’immense déluge, je trouve notre patriarche Noé, que je puis aussi justement appeler prophète, puisque l’arche même, son ouvrage, et le refuge où il se sauve avec les siens, est une prophétie de notre temps.

Que dire d’Enoch, le septième descendant du premier homme, Adam. L’Épître canonique de l’apôtre Jude, ne déclare-t-elle pas qu’il a prophétisé ? Que si les écrits de ces hommes n’ont fait autorité ni chez les Juifs ni chez nous, il ne s’en faut prendre qu’à leur trop grande antiquité qui dut les rendre suspects, tant on a craint que des erreurs ne fussent données pour des vérités.

Et cependant, certains livres sont représentés comme leurs écrits, par ces hommes qui croient à leur gré ce qu’ils désirent. Toutefois, la pureté du canon est demeurée inflexible, non que l’on réprouve l’autorité de ces justes qui ont su plaire à Dieu ; mais parce que l’on révoque en doute l’authenticité de ces écrits.

Est-il donc en effet si étrange que l’on tienne pour suspects des livres produits sous le renom d’une si haute antiquité, lorsque, dans l’histoire même des rois de Juda et d’Israël, cette histoire des faits, qui sont la matière de notre foi aux Écritures canoniques, plusieurs circonstances se produisent qui manquent dans ces Écritures, et se trouvent, dit-on, en d’autres livres écrits par des prophètes, dont les noms ne sont pas restés inconnus ?

Livres que ne comprend pas toutefois le canon reçu du peuple, de Dieu. La raison de ceci m’échappe, je l’avoue ; si ce n’est que ces hommes auxquels le Saint-Esprit a révélé tout ce qui devait avoir autorité de religion, ont peut-être écrit certaines choses comme hommes, avec l’exactitude historique, et d’autres choses, comme prophètes, sous l’inspiration divine ; d’où serait venue cette distinction entre les unes, qu’on croit devoir leur attribuer à eux-mèmes ; et les autres, qu’on attribue à Dieu, parlant par leur bouche ; les unes, appartenant ainsi au domaine de la science, les autres à l’autorité de la religion ; autorité gardienne du canon en dehors duquel les livres produits sous le nom des antiques prophètes sont dépourvus d’autorité, même dans l’ordre de science. parce que leur authenticité est douteuse ; aussi, ils n’obtiennent aucune créance, surtout s’ils renferment certains passages contraires à la foi des livres canoniques, ce qui suffit pour les convaincre de fausseté.

Gardons-nous donc de croire, sur la foi de quelques-uns, que la langue hébraïque seule ait été conservée par le patriarche appelé Heber qui donna son nom aux Hébreux et transmise de lui à Abraham, tandis que les caractères hébraïques dateraient de la loi, donnée par Moïse ; mais il est plus probable que cette langue s’est conservée avec ses caractères dans la suite des générations primitive.

Enfin, Moïse établit certains hommes pour présider à l’enseignement des lettres, préalablement à toute connaissance de la loi divine. L’Écriture appelle ces hommes : «  introducteurs ou initiateurs aux lettres  » parce qu’ils les introduisaient pour ainsi dire dans l’intelligence de leurs disciples, ou plutôt introduisaient leurs disciples jusqu’à elles.

Ainsi, que dans sa vanité aucune nation ne se vante de l’antiquité de sa science, comme antérieure à nos patriarches et à nos prophètes qui possédaient la science divine, quand l’Égypte elle-même, accoutumée à élever sur l’antiquité de ses doctrines de fausses et vaines prétentions, ne saurait revendiquer, pour la moindre de ses connaissances, la priorité sur la science de nos patriarches.

Personne, en effet, n’oserait s’émerveiller de la sagesse des Égyptiens avant la connaissance des lettres, c’est-à-dire avant la venue d’Isis qui leur communiqua cette découverte. Et qu’était-ce après tout que cette doctrine ou sagesse tant vantée, sinon l’astronomie et peut-être quelque autre science semblable ; gymnastique de l’esprit plutôt que lumière de l’âme ?

Quant à la philosophie, qui fait profession d’enseigner aux hommes à devenir heureux, ce n’est que vers l’époque de Mercure Trismégiste, que cette étude commence à fleurir en ces contrées ; longtemps, il est vrai, avant les sages ou philosophes de la Grèce : mais toutefois après Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, et même après Moïse. Car, c’est au temps de la naissance de Moïse que se rapporte celui où vivait Atlas, ce grand astrologue, frère de Prométhée et aïeul maternel du grand Mercure, dont Mercure Trismégiste est le petit-fils.

C’est donc la présomption la plus vaine, et une ridicule démangeaison de parole qui fait dire à plusieurs que depuis le temps où l’Égypte a observé le cours des astres, on compte plus de cent mille années.

Et dans quels livres ont-ils relevé ce calcul, eux qui, il n’y a guère plus de deux mille ans, ont appris d’Isis à connaître les lettres ?, car Varron, dont l’autorité historique n’est pas médiocre, nous l’assure, et cela n’est pas en contradiction avec la vérité des divines Écritures.

Comme en effet, depuis le premier homme, depuis Adam, il n’y a pas encore six mille ans révolus, ne doit-on pas plutôt raillerie que réfutation à ceux qui avancent des opinions si étranges et si contraires à cette vérité reconnue ?

Car à qui pourrons-nous mieux nous en rapporter sur le passé, qu’à celui qui a prédit, comme avenir, ce que nous voyons maintenant accompli ? Le désaccord des historiens entre eux, nous permet d’en croire préférablement ceux qui ne sont pas en opposition avec notre Histoire sacrée.

Quand les citoyens de la cité impie, répandus sur toute la terre, voient de très-savants écrivains, et aucun d’eux dont l’autorité puisse être dédaignée, partagés sur des faits de l’antiquité la plus éloignée du souvenir de notre âge, ils ne savent auquel de préférence ajouter foi. Mais nous, en ce qui touche l’histoire de notre religion, appuyés sur l’autorité divine, nous ne doutons pas que tout ce qui la contredit, ne soit très-faux, quoi que les témoignages profanes établissent, qui, vrais ou faux, n’ont aucune importance pour notre amendement ou notre félicité.

Mais laissant désormais les éclaircissements historiques, revenons aux philosophes ; eux qui semblent n’assigner à leurs études d’autre but que la découverte du genre de vie propre à donner le bonheur ; pourquoi, maîtres et disciples, et disciples entre eux, sont-ils en désaccord, sinon parce qu’ils ont procédé à cette recherche comme des hommes avec des sentiments et des raisonnements humains ?

Sans doute, ç’a été parmi eux émulation de vaine gloire, désir jaloux de paraître supérieur à d’autres en sagesse, en pénétration, non l’esclave de l’opinion d’autrui, mais l’auteur de ses propres doctrines et de son opinion ; j’accorderai toutefois qu’il y en eut plusieurs ou même un grand nombre d’entre eux que le seul amour de la vérité a détachés de leurs maîtres ou de leurs condisciples, leur mettant les armes à la main pour ce qu’ils croyaient, à tort ou à raison, être la vérité.

Mais en définitive, que prétend, où et par où peut se diriger la misère humaine pour atteindre le bonheur, si elle n’a pour guide l’autorité divine ? Quant à nos auteurs, qui forment à juste titre le canon immuable et déterminé des saintes lettres, tant s’en faut qu’il y ait entre eux le moindre dissentiment.

Aussi ne faut-il pas s’étonner qu’on ait cru leurs livres dictés par Dieu même, et leurs paroles, la parole de Dieu ; et que cette créance, loin d’être celle d’un petit nombre de rhéteurs, dans l’enceinte contentieuse de quelques écoles, se soit répandue dans les campagnes et dans les villes, parmi les savants et les ignorants ; qu’elle soit devenue la foi des peuples.

Ces auteurs ont dû être peu nombreux, de peur que leur nombre ne discréditât ce que la religion devait consacrer ; et d’autre part, ce nombre ne dut pas être si petit, que leur parfaite conformité ne fût un miracle. Car, dans cette multitude de philosophes qui ont laissé des monuments littéraires de leurs doctrines, il serait difficile d’en trouver qui fussent d’accord dans toutes leurs opinions ; cela demanderait ici de trop longs développements.

Quel est en effet le chef de secte qui obtienne de la cité démonolâtre une telle approbation, qu’elle condamne quiconque professe des sentiments différents ou contraires ? Ne voit-on pas à Athènes fleurir à la fois les épicuriens, qui assurent que les choses humaines demeurent indifférentes aux dieux, et les stoïciens qui prétendent, au rebours, que leur marche est conduite et soutenue par l’assistance et la protection des dieux ?

Aussi, je m’étonne qu’Anaxagore soit condamné pour avoir dit que le soleil n’était qu’une pierre enflammée, et non un Dieu ; tandis que, dans la même ville, rien ne trouble la gloire et la sécurité d’Épicure qui rejette non seulement la divinité du soleil et des astres, mais affirme encore qu’il n’y a dans le monde ni Jupiter, ni Dieu à qui parviennent les prières et les supplications des hommes.

N’est-ce pas à Athènes qu’Aristippe place le souverain bien dans la volupté du corps, et Antisthènes, dans la vertu de l’âme ; tous deux philosophes célèbres, tous deux disciples de Socrate, et toutefois assignant à la destinée humaine, des fins si différentes et si opposées entre elles. Et de ces deux philosophes, l’un disait encore que le sage doit fuir le gouvernement de la République ; l’autre, qu’il y doit prétendre : et chacun ralliait des disciples à sa secte.

Car c’était au grand jour, sous le vaste et célèbre portique, dans les académies, dans les jardins, dans les lieux publics et privés, une mêlée générale de toutes les opinions ; les uns soutenant qu’il n’existe qu’un monde ; les autres, que les mondes sont innombrables ; les uns, que ce monde a commencé ; les autres, qu’il est sans commencement ; les uns, qu’il doit finir ; les autres, qu’il doit durer toujours ; les uns, qu’une providence le conduit ; les autres, qu’il est a la merci du hasard et des accidents.

Et puis ceux-ci prétendent que l’âme est immortelle ; ceux-là, qu’elle est mortelle ; et des partisans de son immortalité, les uns affirment son retour dans des corps de brutes, les autres le nient ; des partisans de sa mortalité, les uns assurent qu’elle meurt avec le corps ; les autres, qu’elle lui survit plus ou moins longtemps, et finit toujours par mourir : ceux-ci établissent le bien final dans le corps ; ceux-là dans l’âme ; d’autres, en tous deux ; d’autres ajoutent au corps et à l’âme, les biens extérieurs : enfin quelques-uns pensent qu’il faut toujours s’en rapporter au témoignage des sens ; les autres, pas toujours : les autres, jamais.

Ces innombrables dissidences entre philosophes, quel peuple, quel sénat, quelle autorité ou magistrature de la cité impie, s’est jamais mise en peine de les juger ; d’approuver et d’admettre, de condamner et de répudier ; et n’a pas plutôt ouvert indifféremment son sein à ce pêle-mêle d’opinions contradictoires engagées non sur quelque intérêt pécuniaire et temporel, mais sur les questions qui décident du malheur ou de la félicité de la vie ?

Et si parfois quelque vérité se laissait voir, le faux avait la même liberté de se produire ; et ce n’est pas sans raison qu’une telle cité a reçu le nom mystique de Babylone; car Babylone, avons-nous dit, signifie « confusion. »

Et peu importe au prince de cette cité, au Diable, qu’ils débattent tant d’erreurs contraires ; formes variées de l’impiété qui les livre tous à son empire. Mais cette nation, ce peuple, cette république, ces Israélites, dépositaires de la parole de Dieu, n’ont jamais confondu, avec une telle licence, les faux et les véritables prophètes ; une exacte conformité, sans aucune dissidence, signalait à leurs yeux les véritables écrivains sacrés.

Ceux-là étaient leurs philosophes, leurs sages, leurs théologiens, leurs prophètes, leurs docteurs dans la vertu et la piété. Quiconque a vécu selon leurs maximes, n’a pas vécu selon l’homme, mais selon Dieu qui a parlé par leur bouche. S’ils défendent l’infraction de la loi, c’est Dieu qui la défend. S’ils disent : « Honore ton père et ta mère, » s’est Dieu qui l’ordonne. S’ils ajoutent : « Tu ne seras pas adultère ; tu ne commettras point d’homicide ; lu ne voleras point, » ce ne sont pas des paroles sorties des lèvres humaines, mais des oracles de Dieu.

Ce peu de vérités qu’entre tant d’erreurs quelques philosophes ont pu entrevoir et qu’ils ont travaillé à établir sur de pénibles raisonnements : Dieu créateur du monde et qui le gouverne lui-même par sa souveraine providence ; la beauté de la vertu, l’amour de la patrie, la confiance dans l’amitié, les bonnes œuvres, tout ce qui se rapporte aux bonnes mœurs, quoiqu’ils aient ignoré et la fin et le moyen ; tout cela est prêché au peuple dans la Cité divine par la parole des prophètes, parole de Dieu même, que des hommes prononcent, et sans aucun effort d’argumentation contentieuses; de sorte que la connaissance de ces vérités n’est point sans la crainte de mépriser, en y dérogeant, non pas l’esprit de l’homme, mais la parole de Dieu.

L’un des Ptolémées, rois d’Égypte, désire aussi connaître et posséder ces saintes Écritures, car, après l’empire d’Alexandre de Macédoine, qui fut surnommé le Grand, cet empire, prodige de grandeur et d’instabilité, l’Asie entière, que dis-je ? presque tout l’univers, conquis, soit par la force et les armes, soit par la terreur de son nom, et entr’autres contrées de l’Orient, la Judée elle-même envahie et soumise ; lui mort, cet empire immense échut à ses capitaines, qui ne le partagent pas entre eux pour régner en paix chacun sur son héritage, mais qui le déchirent en lambeaux, pour promener partout la dévastation et la guerre ; c’est alors que l’Égypte commence à avoir des Ptolémées pour rois.

Le premier de tous, le fils de Lagus, emmène de Judée en Égypte un grand nombre de captifs, un autre Ptolémée, son successeur, appelé Philadelphe, leur permet, à tous qui étaient venus esclaves, de s’en retourner libres ; il envoya même de royales offrandes au temple de Dieu, et demanda à Éléazar, alors grand-prêtre, de lui donner les Écritures que la renommée lui avait sans doute annoncées comme divines, et qu’il désirait placer dans cette célèbre bibliothèque formée par ses soins.

Le grand-prêtre les lui ayant données en hébreu, Ptolémée demanda des interprètes, et SEPTANTE deux (soixante-douze) hommes, six de chacune des douze tribus, versés dans l’une et l’autre langue, le grec et l’hébreu, lui furent envoyés. La coutume a prévalu d’appeler cette version, la version des Septante.

On rapporte qu’il y eut dans le choix de leurs expressions un accord si merveilleux, si étonnant et vraiment divin, que chacun d’eux ayant séparément accompli cette œuvre, (car il plut au roi Ptolémée d’éprouver ainsi leur fidélité), ils ne présentèrent entre eux aucune différence pour le sens, la valeur ou l’ordre mémo des mots ; mais, comme s’il n’y eût eu qu’un seul interprète, l’interprétation de tous était une ; parce qu’en effet l’Esprit en tous était un.

Et ils avaient reçu de Dieu ce don admirable, afin que l’autorité de ces Écritures, obtint non comme œuvre humaine, mais, comme œuvre divine, la vénération des Gentils qui devaient croire un jour ; et ce jour nous le voyons arrivé.

Car bien qu’il y ait eu d’autres interprètes qui ont fait passer d’hébreu en grec les oracles sacrés, comme Aquila, Symmachus, Théodotion, et l’auteur anonyme d’une œuvre semblable, appelée pour cette raison la Cinquième version, l’Église, toutefois a reçu celle des Septante comme si elle était seule, et les Grecs chrétiens en font usage, ignorant la plupart qu’il en existe d’autres.

C’est la version des Septante traduites en latin que les Églises latines ont adoptée. Cependant, un prêtre s’est rencontré de notre temps, le savant Jérôme, qui, habile dans les trois langues, a traduit les Écritures, non du grec, mais de l’hébreu en latin. Savant travail ; quoique les Juifs le reconnaissent fidèle, et prétendent que sur beaucoup de points les Septante se sont trompés, néanmoins, les Églises de Jésus-Christ ne trouvent aucune autorité préférable à celle de tant d’hommes choisis pour une si grande œuvre par le pontife Éléazar.

Car lors même que l’Esprit un, et indubitablement divin, n’eût point apparu en eux, et que ces doctes Septante eussent ensemble humainement concerté les termes de leur interprétation, en sorte que rien n’aurait été maintenu sans un consentement unanime, encore serait-il vrai qu’aucun interprète isolé ne devrait leur être préféré.

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Mais Dieu ayant à leur égard montré son assistance manifeste, désormais tout interprète fidèle des saintes Écritures, en quelque langue qu’il les traduise, doit être d’accord avec les Septante, ou, s’il paraît s’éloigner d’eux, c’est qu’alors, il faut le croire, un mystère se cache sous la version prophétique des Septante. Car l’Esprit qui était dans les prophètes lorsqu’ils dictaient ce texte sacré, était aussi dans les Septante lorsqu’ils l’interprétaient.

Source : Saint Augustin – La cité de Dieu – – Par L. Moreau – 1845

Publié par Napo

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