Deux pays frontaliers, deux dynamiques ecclésiales diamétralement opposées. Face à l’essor spectaculaire des conversions au catholicisme dans l’Hexagone, la Conférence épiscopale allemande (DBK) a dépêché cette semaine une délégation en France. L’objectif de cette mission d’observation est d’appréhender les ressorts du réveil spirituel français pour tenter de relancer une pastorale en grande souffrance outre-Rhin. L’institution allemande traverse en effet une période de profonde remise en question, marquée par le détachement grandissant des fidèles dans le sillage du controversé Chemin synodal.
Les statistiques de l’Église catholique en Allemagne, dont les données actualisées seront publiées d’ici quelques jours, brossent le portrait d’une communauté en net repli démographique. En l’espace de deux décennies, le nombre de catholiques allemands a chuté de manière vertigineuse, passant de 25,9 millions à environ 19,2 millions. Ce recul s’accompagne d’un effondrement continu des baptêmes, des admissions et des retours à la foi. Signe d’une rupture de la transmission de la foi, le taux de pratique régulière s’établit désormais à seulement 6,8 % des baptisés participant à la messe dominicale.
À l’inverse, les registres du Service national pour le catéchuménat de la Conférence des évêques de France témoignent d’une vitalité inédite. L’an passé, près de 17 800 jeunes et adultes ont reçu les sacrements de l’initiation chrétienne sur le territoire français, dont 2 652 pour le seul archidiocèse de Paris lors de la Vigile pascale. Cette courbe ascendante ne montre aucun signe d’essoufflement, puisque les projections ecclésiales pour l’année 2026 estiment que le seuil historique des 21 000 baptêmes d’adultes devrait être franchi.
Conscients de l’urgence de retrouver un élan missionnaire en accord avec les appels du pape Léon XIV à la fidélité évangélique, les prélats allemands cherchent des réponses pragmatiques au-delà de leurs frontières. Mgr Peter Kohlgraf, évêque de Mayence et président de la Commission de la pastorale de la DBK, qui conduit cette délégation, estime que la dynamique française constitue une source de réflexion capitale. Le prélat a précisé que la démarche de son épiscopat visait à comprendre intimement quels chemins conduisent aujourd’hui les personnes vers la foi, afin de pouvoir les accompagner de manière durable. Il a fermement exprimé le vœu que les enseignements tirés de cette immersion portent des fruits concrets dans la pratique paroissiale et diocésaine en Allemagne.
Pour mener à bien cette étude de terrain, le programme de la délégation allemande s’articule autour de multiples rencontres avec les acteurs de la pastorale française. Des séances de travail sont organisées avec Mgr Olivier Leborgne, évêque d’Arras, Mgr Olivier de Germay, archevêque de Lyon, ainsi qu’avec Catherine Lemoine, déléguée nationale pour le catéchuménat des jeunes et des adultes. Au-delà des échanges purement institutionnels et de l’analyse sociologique des données entourant ces conversions, les représentants allemands prendront le temps d’écouter la réalité vécue. Des temps d’échanges privilégiés sont ainsi prévus avec de nouveaux baptisés et de jeunes adultes actuellement en chemin vers l’autel, témoignages vivants d’une Église capable de répondre à la soif spirituelle de ses contemporains.





Conversation des fidèles
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