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Comment seconder les desseins de la Miséricorde Divine

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Pour que Dieu fasse le miracle de sa Miséricorde Divine, il faut qu’il trouve nos âmes disposées à recevoir sa grâce. Nous ne l’étions point après les châtiments de 1793, de 1848, de 1870-1871.

Au lieu de nous tourner vers Dieu et de nous jeter dans les bras de sa miséricorde, nous avons mis notre confiance dans les habiletés de la sagesse politique. Donoso Cortès nous avait bien dit après les journées de juin 1848 :

« Jamais, je n’ai eu foi ni confiance dans l’action politique des bons catholiques. Tous leurs efforts pour réformer la société par le moyen des institutions politiques, c’est-à-dire par le moyen des assemblées, des gouvernements seront perpétuellement inutiles.

Les sociétés ne sont pas ce qu’elles sont à cause des gouvernements et des assemblées ; les assemblées et les gouvernements sont ce qu’ils sont à cause des sociétés. Il serait nécessaire par conséquent de suivre un système contraire : il serait nécessaire de changer la société, et ensuite de se servir de cette société pour produire un changement analogue dans ses institutions. »

C’est ce que Le Play, Blanc de Saint-Bonnet et bien d’autres n’ont cessé de dire. « Il n’y a aucune possibilité d’une restauration de la chose publique sans une doctrine », écrivait Barrés en 1899. La doctrine fondamentale qu’il faut réintégrer, dans les âmes, est celle de la vraie notion de la vie. Le reste suivra. Les institutions sociales et même politiques sortiront de cette notion comme elles en sont sorties autrefois.

Mœurs et institutions se transforment comme d’elles-mêmes sous la pression des idées. Elles se sont transformées en bien sous l’action de la prédication évangélique, elles se sont transformées en mal à partir de la prédication de l’évangile des Humanistes. La vraie conception dé la vie peut-elle être rendue à la société ?

Oui, si Dieu nous en fait la grâce et il nous en fera la grâce si nous nous présentons devant Lui avec un cœur contrit et humilié. « Seigneur, disaient Tobie et ses compagnons de captivité, nous n’avons pas obéi à vos commandements, c’est pourquoi nous avons été livrés au pillage, à la captivité, à la mort. Nous sommes un sujet de raillerie et de mépris pour toutes les nations. — Maintenant, Seigneur, nous éprouvons la Justice de vos jugements, parce que nous ne nous sommes point conduits selon vos commandements et que nous n’avons pas marché devant vous avec un cœur droit. »

« Nous avons péché, nous nous sommes éloignés de vous eu commettant l’injustice ; en toutes ‘choses, nous avons mal fait. — Nous n’avons pas écouté votre parole, nous n’avons pas observé vos commandements, nous n’avons point agi comme vous nous commandiez de le faire, afin que nous fussions heureux.

Aussi, est-ce avec toute justice que tous ces maux sont venus sur nous et que vous nous avez traités comme vous l’avez fait, en nous livrant aux mains d’ennemis injustes, acharnés contre nous… Mais à présent, Seigneur, c’est de tout notre cœur que nous voulons vous suivre : nous vous craignons, nous voulons marcher en votre présence.

N’achevez pas notre perte, mais que nous ressentions les effets de votre bonté, mais que nous soyons traités selon l’immensité de votre miséricorde. »

Et toute cette magnifique prière d’Azarias, qui se trouve au chapitre III de la prophétie de Daniel. À ces prières, à ce repentir, Dieu exige que nous joignions le ferme propos et un ferme-propos manifestant par les œuvres sa sincérité et son efficacité.

Son premier effet doit être de raviver l’esprit chrétien en soi et chez le plus grand nombre possible des Français sur qui nous pouvons avoir quelque, action.

« Tel devrait être, dit Mgr Isoard, le premier objectif de tous les prédicateurs, de tous les guides des âmes, de tous les écrivains catholiques. Dieu accordera-t-il jamais à un peuple sa grâce, une grâce de rénovation et de salut, si le très grand nombre de citoyens qui composent ce peuple demeurent dans leurs péchés et mènent, de propos délibéré, une vie qui est en opposition manifeste avec l’esprit de Notre-Seigneur, avec les exemples laissés par les générations pénétrées du sens chrétien et vivant en la charité de Jésus-Christ ?

Non, Dieu n’accordera pas la grâce à de tels hommes. L’Écriture nous l’atteste en maint endroit. Rappelons seulement ici de quelle manière les Juifs furent préparés à la prédication de l’Évangile, à la connaissance du Sauveur. Saint Jean-Baptiste disait à chacun : Remplissez de votre mieux les devoirs de l’état où vous êtes placé. Vous avez une loi : observez-la. Il s’adressait à l’individu, il excitait à un travail personnel de réforme et de sanctification.

Nous accusons de tous les désordres et des maux qui en résultent, des entités abstraites, insaisissables, l’esprit moderne, le gouvernement, la Révolution, la désagrégation sociale, l’éparpillement des éléments constitutifs de la société. Nous attendons le remède de l’infusion de l’esprit chrétien dans les lois, de la substitution d’une forme de gouvernement à une autre forme de gouvernement, d’une plus sage pondération des forces et des influences.

Que ces heureuses transformations ne puissent s’opérer que par une grâce spéciale de Dieu, nous ne le disons pas assez ; que chacun d’entre nous puisse et doive obtenir, mériter pour tous cette grâce de Dieu, nous ne le disons point du tout. Nous retenons tant bien que mal nos habitudes de bien-être, nous restons à la même distance qu’autrefois de la gêne, de l’effort, des privations, de cette vie de retenue, et pour tout dire en un mot, mortifiée, que Dieu demande des siens et surtout de ses ministres.

Vivons tranquilles, nous accommodant aux circonstances pour en souffrir personnellement le moins qu’il se pourra, et attendons que le temps soit changé ! Mais le temps du monde moral, c’est à nous à le changer. Et que faut-il entendre par ce mot, nous ? Il faut entendre tous les chrétiens vivant dans la foi.

Pour que le calme succède à la tempête, la grâce de Dieu est nécessaire : et la grâce de Dieu, tout pécheur l’écarte de son peuple par son péché, comme tout juste l’attire sur les siens par ses actes de vertu… Des hommes, dont les sentiments sont religieux et dont la vie extérieure est d’accord avec les croyances, subissent l’action de l’état général des esprits.

Ils ont cela de commun avec les chrétiens inconséquents et étrangers à la pratique de la religion, qu’ils veulent conserver les habitudes prises et se refusent implicitement à l’effort et au sacrifice. Mais ils diffèrent d’eux en ce qu’ils se retournent avec foi vers la Providence de Dieu et attendent d’elle un coup subit, irrésistible, qui aura pour effet de remettre en un instant toutes choses en leur véritable place.

Cette intervention extraordinaire de la Providence, par quels moyens espèrent-ils l’obtenir ? Est-ce par la pratique de la pénitence ? Est-ce par un retour sincère et complet à la sainteté de leur vocation chrétienne et sacerdotale ?

Nous avons lieu de craindre que telles ne soient pas les dispositions d’âme du grand nombre. On veut faire violence à Dieu, c’est l’expression la plus ordinairement employée, mais par des exercices de religion, ou nouveaux comme appellation et comme forme, ou recevant un éclat inaccoutumé. Il n’est peut-être pas de mois, depuis trois ou quatre ans (et encore depuis), où les évêques ne reçoivent une invitation pressante, et dans le ton assez voisin du commandement de répandre dans leur diocèse cette dévotion, qui doit fléchir la justice divine et triompher définitivement de l’ennemi.

Dieu attendait, nous dit-on, en un langage assez singulier, Dieu attendait que la prière lui fût adressée en cette manière et sous cette appellation nouvelle. Souvent même le salut doit venir d’un acte auquel les fidèles ne prendront aucune part directe. Nous attendons un coup de sa grâce, sans introduire la moindre réforme, sans apporter la moindre correction dans la vie de simple honnêteté morale, de vertu incertaine et chancelante qu’il nous a plu d’adopter.

En considérant de près ces illusions de bien des âmes, on sent monter aux lèvres la parole de Notre-Seigneur : Haec opportuit facere et illa non omittere — Il faut faire ceci et ne pas omettre cela. Oui, ce sont de belles et bonnes choses que les honneurs rendus aux serviteurs de Dieu, que les consécrations solennelles de la Patrie au Sacré-Cœur ou à la Très Sainte Vierge, que les pèlerinages à tous les sanctuaires ; mais ces actes de religion doivent, ou accompagner les efforts vers une conversion généreuse des âmes, ou manifester des progrès de conversion déjà obtenus.

Prenons bien garde de nous persuader qu’ils peuvent en tenir place. »

Avant Mgr Isoard, Joseph de Maistre avait dit à qui lui demandait :

« Quand verrons-nous la fin du mal ? »

« Nous verrons la fin du mal, quand les hommes pleureront le mal », pleureront d’avoir perdu de vue leurs destinées éternelles ; ou de ne point se donner le courage de faire ce que ces destinées exigent.

Un étranger, un Anglais, protestant, lord Montagne, dans une lettre adressée à M. Le Play après le châtiment de 1870-1871, a tenu à peu près le même langage.

« Lorsque je vins à Paris, en décembre dernier, dit-il, quelqu’un me demanda si j’y étais venu pour assister à des fêtes ou pour aller au théâtre. Je répondis :

Je suis venu pour savoir si les Prussiens reviendront.

Alors mon interlocuteur me débita une longue tirade sur l’armement, les soldats et la résolution de chaque Français d’avoir une revanche.

Quand il s’arrêta enfin, je lui dis :

– Je pense qu’il vous serait possible de l’avoir, cette revanche.

– Comment donc?

– En devenant meilleurs chrétiens que vos vainqueurs..

En disant meilleurs chrétiens, je n’entends pas seulement parler de ceux qui assistent au service divin ou accomplissent certains actes. Je rappelle que pour être chrétien, il faut observer la loi de Dieu, pratiquer la justice et la charité. Vous attribuez les malheurs de la France aux défaillances des hommes de guerre, à la division des partis, aux préjugés de la nation et aux sophismes des lettrés.

Je le concède. Mais alors le problème consiste à découvrir le remède à ces maux. Or, il ne peut se trouver que dans la loi de Dieu, qui, réprimant les erreurs et les passions, rappelle les hommes à leur devoir et rétablit parmi eux l’harmonie.

Au milieu du XVIIe siècle, les Français apprécièrent plus sainement qu’ils ne le font aujourd’hui la vraie cause de la prospérité et de la décadence des nations. L’anecdote suivante m’en fournit la preuve.

À la prise de Dunkerque, quand les Français entraient dans la forteresse, tandis que les nôtres se retiraient, un officier anglais dit :

« Nous reviendrons bientôt.

Vous reviendrez, répondit un officier français, si nos péchés surpassent un jour les vôtres. »

Dans l’Instruction pastorale qu’il publia à l’occasion du Jubilé de 1886, Mgr Isoard dit encore :

« Lorsque les maux dont souffre l’Église, à Rome, en France, et en d’autres contrées encore, nous causent une juste douleur, ne perdons pas notre temps à accuser nos adversaires. C’est nous-mêmes qu’il faut accuser ; ils ne sont point forts, c’est nous qui sommes faibles et faibles par notre faute.

Ne nous tenons pas à la piste des dévotions nouvelles, des Unions qui nous sont données par leurs promoteurs comme devant opérer d’elles-mêmes, et à jour fixe, le salut de l’Église et de la société. Ce qui doit être fait chez une nation pervertie pour qu’elle se tourne vers Dieu, pour qu’elle vive de nouveau de sa parole et de sa grâce, saint Pierre d’Alcantara nous l’apprend :

« Un gentilhomme se lamentait auprès du Saint de l’état des choses en Espagne, et le consultait sur ce qu’il avait à faire contre le désordre de la société. Saint Pierre, après un jour de réflexion, répondit simplement :

Mettez de l’ordre dans votre propre maison, dans vos propres affaires ; traitez comme il convient à un chrétien ceux qui dépendent de vous, et vous aurez fait ainsi votre devoir. Si tous les chrétiens faisaient ainsi, il en résulterait un bien immense pour la société. »

Jean III, roi de Portugal, parlant un jour à ses courtisans, a dit quels sont ceux qui doivent s’appliquer les premiers à cette réforme personnelle :

« Si les gens de condition étaient une fois gens de bien, le peuple qui se forme toujours sur eux, ne manquerait pas de réformer ses mœurs. La réformation de tous les ordres de l’État consiste principalement dans une bonne éducation de la noblesse. »

C’est en effet par l’éducation et principalement l’éducation de ceux qui sont appelés à diriger les autres que toute réforme doit commencer. Ce serait s’illusionner que de croire que les classes dirigeantes changeront jamais leurs mœurs, s’engageront dans une vie vraiment chrétienne si leur esprit n’est profondément pénétré de la doctrine du Christ.

L’esprit commande au cœur et le cœur dirige la vie. Dans son Encyclique du 15 avril 1905, N. S. P; le Pape Pie X a appelé l’attention de tout l’épiscopat, de tout le clergé catholique, sur la nécessité de renforcer l’enseignement de la doctrine chrétienne :

« Quiconque, dit-il, est zélé pour la gloire divine cherche les les causes de cette crise que subit la religion. Chacun apporte la sienne et chacun aussi à son gré emploie son moyen pour défendre et restaurer la gloire de Dieu sur cette terre. Pour nous, vénérables frères, sans nier les autres causes, Nous Nous rallions de préférence au sentiment de ceux qui voient dans, l’ignorance des choses divines la cause de l’affaiblissement actuel et de la débilité des âmes et des maux si graves qui s’ensuivent.

Tous se plaignent que parmi le peuple chrétien tant d’hommes ignorent profondément les vérités nécessaires au salut et ces plaintes, hélas ! sont malheureusement fondées. Quand Nous disons le peuple chrétien, Nous n’entendons pas seulement la plèbe ou les hommes de la classe inférieure qui trop souvent trouvent une excuse dans ce fait que, étant au service de maîtres durs, ils peuvent à peine penser à eux-mêmes et à leurs intérêts ; mais Nous parlons aussi et surtout de ceux qui, ne manquant point d’intelligence et de culture, brillent dans l’érudition profane, et néanmoins en ce qui concerne la religion vivent de la façon la plus téméraire et la plus imprudente.

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Il est difficile de dire en quelles ténèbres épaisses ils sont parfois plongés, et ce qui est plus triste, ils y demeurent tranquillement enveloppés. De Dieu souverain auteur et gouverneur de toutes choses, de la sagesse de la foi chrétienne, ils y pensent à peine. Par suite, ils ne connaissent rien ni de l’incarnation du Verbe de Dieu, ni de la parfaite restauration du genre humain par Lui ; ils ne savent rien de la grâce, le principal secours pour atteindre les biens éternels, rien de l’auguste sacrifice ni des sacrements, par lesquels Nous obtenons et conservons la grâce. Quant au péché, ils n’en connaissent ni la malice ni l’opprobre. Immense est le nombre. »

Source : Conjuration Antichrétienne – Mgr Delassus –

Publié par Napo

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