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De quelques obscurités de l’Évangile au sujet de la Sainte Vierge

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Après avoir dit, très magnifiquement et très suffisamment, ce qu’est la Vierge Marie, l’Évangile ne s’occupe plus que de son divin objet, de Dieu fait homme, Jésus-Christ.

Il y a des personnes qui, ne saisissant guère le but principal, pour ne pas dire le but unique du récit évangélique, voudraient y voir une sorte de livre de dévotion envers la Sainte-Vierge. Elles se trompent du tout au tout. L’Évangile n’est pas l’histoire de la Sainte-Vierge : c’est l’abrégé des faits principaux de la vie de Notre-Seigneur, de ses miracles les plus saillants et de ses paroles les plus importantes au point de vue pratique de notre sanctification. Y chercher, comme font les protestants, un catéchisme complet, ou comme les personnes dont nous venons de parler, un récit plus ou moins détaillé des faits et gestes de la Sainte-Vierge, c’est se mettre à un point de vue absolument faux.

En dehors des belles pages que nous avons citées, l’Évangile parle trois ou quatre fois de la Vierge Marie, non plus pour elle-même, mais uniquement pour faire mieux ressortir la mission divine de Jésus. Comme fils de Marie, Jésus est humblement et tendrement soumis à sa Mère, pratiquant dans toute sa perfection le quatrième commandement de Dieu : comme Fils de Dieu, comme envoyé du Père pour enseigner au monde les voies du salut, Jésus ne connaît plus rien que son Père céleste, il n’a plus de parenté ici-bas. C’est un modèle admirable, présenté par le Saint-Esprit à tous les hommes apostoliques, pour leur faire comprendre que ceux qui ont l’honneur d’être appelés de Dieu à la consécration religieuse ou sacerdotale, doivent être des hommes tout surnaturels, détachés de tout, même de leurs affections de famille les plus chères, les plus légitimes en elles-mêmes.

La réponse de l’Enfant-Jésus retrouvé dam le Temple.

La première de ces paroles divines, sacerdotales du Fils de Dieu se lit dans l’évangile de saint Luc, au chapitre deuxième, où l’Évangéliste rapporte la réponse, non pas sévère, mais sainte de l’Enfant-Jésus retrouvé dans le Temple, à l’âge de douze ans, enseignant les Docteurs de la loi.

« Pourquoi me cherchiez-vous ? » dit-il gravement à Marie et à Joseph,

« Ne saviez-vous pas qu’il me faut être avant tout au service de mon Père ? »

Voilà la parole du Fils de Dieu, la parole de l’Envoyé du Père. C’est au monde entier qu’il parle ici, bien plus qu’à sa Mère et à saint Joseph, et ceux-ci le sentent parfaitement, car l’Évangile dit d’une part « qu’ils ne comprirent point la parole qu’ils venaient d’entendre » et, d’autre part, que « sa Mère conservait toutes ces paroles en son cœur. » Je le répète, « ces paroles » n’étaient point sévères, mais saintes, mais divines. Pour écarter toute idée étrangère à ce point de vue dominant, l’Évangéliste ajoute aussitôt que Jésus s’empressa d’obéir à sa Mère bien-aimée, la suivit, rentra avec elle et avec saint Joseph, à Nazareth, et il résume toute la jeunesse, toute l’adolescence du Verbe fait chair dans ces paroles adorables : « Et il leur était soumis. »

La réponse de Jésus à Marie aux noces de Cana.

Aux noces de Cana, rapportées dans le second chapitre de l’évangile de saint Jean, nous trouvons une autre parole du Sauveur à sa sainte Mère, où l’ignorance, unie au mauvais vouloir, a voulu trouver une objection à la piété de l’Église envers la Très-Sainte Vierge. Chacun connaît ce beau récit, raconté par saint Jean, témoin oculaire. Le vin étant venu à manquer, la Mère de miséricorde fut la première à s’en apercevoir. Elle se pencha à l’oreille de son divin Fils et lui dit :

« Ils n’ont plus de vin. »

Et Jésus, qui savait tout, lui répondit :

« O Femme, qu’y a-t-il entre vous et moi ? »

C’est là un dicton oriental, aujourd’hui encore très fort en usage dans une partie de l’Asie. Ce dicton a deux sens, tout à fait opposés, et qui tous deux ont ici leur application. Le premier, seul adopté par lÉglise orientale dans l’interprétation de ce texte de saint Jean, peut se traduire ainsi,

« O Femme ! qu’y a-t-il donc entre vous et moi, pour que nous ayons toujours ainsi les mêmes pensées, les mêmes sentiments ? Moi aussi, je vois leur embarras, et je désire y pourvoir, mais mon heure n’est pas encore venue, l’heure fixée par mon Père pour la manifestation de ma divinité au moyen des miracles. »

Le second sens, suivi plus communément par les Docteurs de l’Occident, rentre dans l’idée générale de la sainteté divine, opposée à l’amour filial naturel :

« O Femme ! qu’y a-t-il entre vous et moi, entre ma mission surnaturelle, à laquelle appartient la puissance d’opérer des miracles, et l’amour filial au nom duquel vous m’en demandez un ? »

Dans l’un et l’autre sens, la réponse du Sauveur à sa bonne et sainte Mère n’a aucunement le caractère de rebut que les ennemis de la Sainte-Vierge affectent de lui donner : dans le premier cas, cela va sans dire, puisqu’il n’y a là qu’un témoignage d’intime sympathie, dans le second, le Fils de Dieu, avant de céder au désir compatissant de sa Mère, constate simplement qu’il ne le fait que par miséricorde et que, toute Mère qu’elle est, Marie n’avait point ici de droit à invoquer. « Dans les choses qui sont de son Père », Jésus ne relève que de lui-même, et l’heure primitivement fixée par le Père pour la manifestation de la divinité de son Fils n’était pas encore venue.

Selon toute apparence, cette heure divine était celle de la résurrection du Fils de Dieu, signe par excellence de sa divinité. Mais, à la prière toute-puissante de la Très-Sainte Vierge, l’heure des miracles de Jésus se trouve avancée, et le Fils, dont la volonté ne fait qu’un avec la volonté du Père, avance lui aussi le moment de ses manifestations divines, pour entrer dans le miséricordieux désir de sa Mère. Il opère donc, sans plus tarder, comme dit expressément l’Évangile, « le premier de ses miracles, en Cana de Galilée, et dès lors ses disciples crurent en lui. » Et ainsi, c’est au cœur miséricordieux de Marie, c’est à sa bonté, c’est à son irrésistible prière, que nous devons, non seulement le grand miracle de Cana, mais encore, comme conséquence, tous ceux que Jésus a opérés depuis, et que le grand miracle de la résurrection n’a fait que couronner.

Ne nous étonnons pas si le Sauveur, en répondant à la Sainte-Vierge, lui dit :

« O Femme ! » et non point « O ma Mère ! »

Les moindres paroles de l’Évangile couvrent souvent de grands mystères.

Comme nous l’avons dit, la Bienheureuse Vierge était « la Femme » par excellence, prédestinée dès l’origine à ètre le pendant de Celui qui aimait à s’appeler lui-même « le Fils de l’homme, » et la Sainte-Vierge, Mère de Dieu, était donnée au monde par la miséricorde divine comme complément du mystère adorable de l’Incarnation à côté de l’Homme par excellence, de l’Homme qui est le Fils éternel de Dieu, Dieu avec nous. Cette parole :

« O Femme ! »

Dont se sert ici Notre-Seigneur, est donc un titre d’honneur, et non point, comme l’ont osé dire des esprits mal faits, une sorte d’injure. Elle a été répétée à dessein au moment le plus solennel de la vie mortelle du Sauveur, lorsque, sur le point de consommer son sacrifice, il confia sa sainte Mère à l’amour du disciple qu’il aimait le plus tendrement, l’Apôtre saint Jean.

« O Femme !, dit-il à MARIE, du haut de la croix, voici votre fils, »

et à saint Jean :

« Voici ta Mère. »

Dans un autre passage de l’Évangile, au chapitre huitième de saint Luc, il est dit :

« La Mère de Jésus et ses frères vinrent un jour pour le voir, sans pouvoir pénétrer jusqu’à lui, à cause de la foule qui l’entourait. On l’en prévint : « Votre Mère, lui dit-on, et vos frères sont là qui vous attendent dehors : ils demandent à vous voir. »

Et Jésus leur répondit :

« Ma Mère et mes frères, ce sont ceux qui écoulent la parole de Dieu et la mettent en pratique. »

Ici, de nouveau, c’est le Prédicateur du salut, c’est est le Fils de Dieu qui parle, et qui parle seul, il ne s’agit ni de sa Mère, ni de sa parenté, ni d’aucune affection de ce monde : il s’agit de sa divine mission, qui est le salut des âmes. Sa réponse est une espèce de Sursum corda qu’il adresse au peuple qui l’entoure. Remarquez ici, cher lecteur, une belle analogie : de même qu’au jour de l’Annonciation, la Sainte-Vierge, en recevant avec une humble soumission et une foi très simple la parole de Dieu que lui apportait du ciel l’Archange Gabriel, est devenue la Mère de Dieu, de même, par notre soumission à cette même parole, que nous apportent les Envoyés de Dieu, qui sont les prêtres catholiques, nous entrons dans une sorte de participation à cette fécondité surnaturelle qui fait la gloire de la Très Sainte Vierge, nous concevons Jésus-Christ au fond de notre âme, d’une manière toute spirituelle, et ce divin Seigneur devient, comme disent saint Augustin et saint Jérôme, « notre Maître intérieur, » qui, par ses inspirations, nous éclaire, nous dirige et nous garde en son amour.

En recevant et en gardant avec fidélité la parole de Dieu, le Verbe de Dieu, nous devenons également « les frères de Jésus, » ses frères adoptifs, les fils adoptifs de son Père céleste et de sa très-sainte Mère. Voilà ce qu’il importait avant tout de faire comprendre aux âmes qui écoutaient Jésus, au moment où la Sainte-Vierge et quelques-uns de ses parents se présentèrent à lui, voilà pourquoi, mettant au-dessus de tout sa mission divine, il ne voulut point interrompre sa prédication, même pour recevoir sa Mère.

Des « frères et sœurs » de Jésus et de la virginité perpétuelle de Marie.

En ce même endroit de saint Luc et dans deux ou trois autres, les Évangélistes parlent des « frères de Jésus, » et de ses « sœurs. » De là, les ministres hérétiques et, après eux, tous les contempteurs de la Sainte-Vierge se sont empressés de tirer la conséquence : donc Marie n’est point demeurée vierge, comme renseigne l’Église catholique, elle a eu d’autres enfants.

Lisez plutôt l’Évangile, qui donne leurs noms en toutes lettres :

« Celui-ci (JÉSUS ) n’est-il pas le fils d’un charpentier ? se disaient les Juifs. Sa Mère ne s’appelle-t-elle point Marie et ses frères, Jacques et Joseph, et Simon, et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles point toutes au milieu de nous » (St-Matthieu XIII).

« N’est-ce point là Jésus, le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, et de Joseph, et de Jude, et de Simon ? et ses sœurs ne sont-elles point ici parmi nous ? » (St-Marc, VI).

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Certes, ajoutent nos gens, voilà qui est bien formel : Marie a eu plusieurs enfants, puisque Jésus a eu des frères et des sœurs.

Pas le moins du monde. En Orient, de toute antiquité, et encore aujourd’hui, tous les proches parents ne s’appellent pas autrement que « frères » et « sœurs ». Il en est de même en Russie. Pour distinguer les frères et les sœurs proprement dits des autres parents qui portent également ce nom, on dit « frères de père, sœur de père » ou « frère, sœur de mère ».

Et cette objection évangélique, si péremptoire, tombe ainsi d’elle-même devant la connaissance la plus vulgaire des faits. En outre, on sait parfaitement quels étaient les noms des parents des trois Apôtres, saint Jacques (le Mineur), saint Simon et saint Jude, dont il est ici question ; ils étaient simplement les cousins de Notre-Seigneur. Les raisonnements des ennemis modernes de la Sainte Vierge sont de la même force que ceux des anciens ennemis de son divin Fils, les Pharisiens de Nazareth.

Source : L’enfer – Mgr de Ségur – 1893

Publié par Napo

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