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L’Église naissante, le Seigneur Jésus-Christ

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Si la foi chrétienne était une métaphysique, et la religion du Christ un système comme celui de Platon et d’Aristote, il faudrait, après avoir exposé l’enseignement du Maître, passer presque aussitôt à celui des deux grands disciples, saint Paul et saint Jean, et ne consacrer qu’une brève mention à la catéchèse de saint Pierre et des autres apôtres.

Mais, pour retracer l’histoire d’une religion, il faut suivre une autre méthode, et s’efforcer d’atteindre la foi intime qui se manifeste autant par le culte et la prière que par la théologie. Cette recherche est ici d’autant plus nécessaire que, sans elle, le récit de la vie du Christ serait incomplet : à travers tous les malentendus et toutes les déceptions qui ont brisé l’élan des foules, la foi des disciples s’est peu à peu élevée et fortifiée, cependant, même après la résurrection, elle ne saisit que très imparfaitement le Christ, et s’embarrasse encore de ses rêves d’autrefois, l’éloignement de Jésus la purifie, et la venue du Saint-Esprit l’éclaire : c’est maintenant, après la Pentecôte, qu’en s’affirmant plus nettement elle-même, elle manifestera mieux la révélation d’où elle procède et le terme où elle tend.

Nous chercherons à en recueillir le témoignage, soit dans les récits des Actes, soit dans les discours ou épitres des apôtres, laissant seulement de côté l’enseignement de saint Paul et de saint Jean.

Dans tout cet ensemble de documents, on peut distinguer un double aspect de la foi chrétienne : l’un, extérieur, apologétique, qui se manifeste au premier plan des discours de saint Pierre, de saint Etienne, ou de saint Paul, l’autre, plus intime, que l’on distingue ici ou là, dans ces discours mêmes, à quelques expressions plus révélatrices, que l’on saisit surtout dans la prière, le culte, les habitudes de vie et de langage, et qui se révèle enfin explicitement dans les épîtres adressées aux communautés chrétiennes.

Cette distinction n’est pas pour surprendre : elle s’imposait déjà dans l’enseignement du Christ rapporté par les synoptiques, elle ne sera pas moins évidente dans beaucoup d’autres documents chrétiens ; elle est d’ailleurs très naturelle : tout orateur soucieux de convertir ne conduit que par degrés les âmes à la vérité, il ne les jette pas d’emblée dans l’inconnu, et ne leur révèle que les mystères qui leur sont accessibles.

La prédication apologétique, rapportée dans les Actes, présente Jésus comme un homme juste et saint « oint par Dieu d’Esprit-Saint et de puissance, il a passé en faisant le bien et en guérissant tous les possédés du diable, parce que Dieu était avec lui » ; Dieu lui a rendu témoignage, en opérant par lui des prodiges, des miracles et des signes ; il l’a ressuscité d’entre les morts et l’a fait Seigneur et Christ.

Cette affirmation de la messianité de Jésus est le terme de toute cette apologétique, la démonstration en est empruntée aux prophéties, aux miracles et surtout à la résurrection du Christ, mais ce qu’il faut bien remarquer, c’est que la foi messianique ainsi prêchée dépasse de beaucoup le messianisme judaïque.

Non seulement le Christ est plus grand que David, mais il est le juge des vivants et des morts, il est le prince de la vie, il est la pierre angulaire, il est le médiateur indispensable et le sauveur universel, il est le Seigneur de tous. Cette dernière expression est d’une grande énergie, et M. Dalman l’a rapprochée justement de la formule de l’Apocalypse « le roi des rois et le seigneur des seigneurs » et du passage de l’épître aux Philippiens, où il est dit qu’au nom de Jésus tout genou fléchit sur terre, au ciel et dans les enfers.

Cette universelle seigneurie est certainement un attribut divin, et c’en est un aussi que d’envoyer l’Esprit-Saint, ou d’avoir un nom si sublime qu’il soit le seul nom sauveur et que sa seule invocation guérisse les malades. Cependant, si l’on considère, dans ces discours, les rapports du Christ avec Dieu, on y aperçoit surtout une relation de dépendance : s’il a fait des miracles, c’est que Dieu était avec lui, et c’est Dieu qui les a opérés par lui ; c’est Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts, c’est Dieu qui l’a fait juge des vivants et des morts, qui l’a fait Seigneur et Christ, qui l’a exalté à sa droite, qui l’a glorifié…

Tous ces traits forment un ensemble très consistant, et s’imposent à l’attention de l’historien et à la foi du chrétien : pour quiconque reçoit l’autorité des apôtres et de l’Écriture, il est également impossible de récuser ces témoignages comme des erreurs d’une théologie archaïque ou comme des compromis d’une apologétique complaisante.

Il est donc certain que le Christ dépend en tout de Dieu, et qu’il tient de lui tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Beaucoup de critiques partent de là pour interpréter toute cette christologie dans un sens adoptianiste : pour saint Pierre et pour saint Paul, sinon pour l’auteur des Actes, Jésus n’aurait été constitué Christ et Seigneur que par sa résurrection. Cette exégèse méconnaît ce qu’il y a de plus certain dans la foi de saint Paul comme dans celle de saint Pierre.

Déjà pendant sa vie terrestre, Jésus était le Christ, mais sa résurrection a été la preuve décisive et la manifestation suprême de sa dignité messianique, et en même temps de sa filiation divine, la parole prophétique « tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui » a été appliquée par saint Paul à la résurrection, on en avait déjà entendu un écho à la transfiguration et au baptême : ces grandes dates ne marquent pas l’origine de la filiation divine, mais sa manifestation progressive.

Quant au sens précis qu’il faut donner ici à cette filiation divine, le texte ne suffit pas à le déterminer, on remarquera d’ailleurs que ce titre de Fils de Dieu ne se rencontre certainement que dans deux passages des Actes , et que, dans l’un et l’autre, l’historien reproduit la prédication de saint Paul, Il vaut mieux donc en réserver la discussion à l’étude qui sera faite un peu plus bas de la théologie de l’Apôtre.

Ce rôle transcendant de Seigneur et de Sauveur universel s’appuie sur des relations uniques avec Dieu : c’est de Dieu que Jésus a tout reçu, et il est uni à lui comme nul homme ne l’a été, il est son enfant, son Fils. Ce catéchisme élémentaire, proposé aux non-croyants, apparaît dans la vie des fidèles plus lumineux et plus riche. Dès avant la Pentecôte, au jour de l’élection de saint Mathias, les disciples s’adressent au « Seigneur qui connaît tous les cœurs », et le prient de se choisir lui-même un apôtre.

On commence à sentir ici cette présence de Jésus dans son Église, promise par lui à ses apôtres, au jour des adieux ; on la constate encore dans les révélations du Christ à Ananie, à saint Pierre, à saint Paul, ces apparitions ne sont point, comme celles qui précédèrent l’Ascension, des preuves données aux apôtres de la résurrection du Seigneur. Ce sont des interventions du Christ, imprimant, aux moments décisifs, sa direction à son Église, triomphant des frayeurs d’Ananie, des scrupules de Pierre, des dernières hésitations de Paul, il apparaît là, ce qu’il est, en effet, d’après la forte expression de Pierre.

Et de leur côté ses fidèles se tournent vers lui comme vers le chef toujours présent parmi eux, et capable de les soutenir : le long discours de saint Etienne aux sanhédrins n’exprime qu’une christologie très sommaire : Jésus est le juste dont les prophètes avaient prédit la venue, et pourtant à peine a-t-il fini de parler que, ravi en esprit, il s’écrie :

« Voici que je vois les cieux s’ouvrir, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu »

On l’entraîne, on le lapide, et sur le point de mourir, il prie :

« Seigneur Jésus, reçois mon esprit » ; et, tombant à genoux, il s’écrie à haute voix :

« Seigneur, ne leur impute pas ce péché, » et en achevant ces mots, il expire.

Ces prières sont un écho fidèle des dernières paroles de Jésus en croix, saint Etienne implore le Christ dans les termes mêmes où Jésus priait Dieu, d’autres martyrs, plus tard, répéteront sa prière. Si d’instinct, à l’heure suprême du martyr, le chrétien invoque Jésus, c’est que cette invocation était devenue pour lui une profonde habitude religieuse.

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Nous la retrouvons dans cette courte formule « Viens, Seigneur », par laquelle les premiers chrétiens imploraient la venue du Christ, cette prière leur était si familière qu’on la rencontre chez saint Paul, chez saint Jean et dans la Doctrine des apôtres, soit en grec, soit même en araméen. À côté de ces prières, on trouve ici ou là des fragments d’hymnes en l’honneur du Christ, c’en est un sans doute qu’il faut reconnaître dans ces versets de l’épitre à Timothée :

« Il fut manifesté dans la chair, il fut sanctifié dans l’esprit, il fut vu par les anges, il fut prêché aux nations, il fut cru dans le monde, il fut enlevé dans la gloire. »

C’est encore l’écho d’un hymne chrétien qu’on entend dans l’épître aux Éphésiens :

« Réveille-toi, toi qui dors, et lève-toi d’entre les morts, et le Christ t’éclairera. »

Dans les cantiques de l’Apocalypse, on peut distinguer aussi avec vraisemblance quelques fragments d’hymnes liturgiques, en tout cas, on doit reconnaître dans ces chants du ciel l’écho des prières chrétiennes, les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards chantent au Christ :

Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu as été immolé, et tu as racheté à Dieu dans ton sang des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, de toute nation, et tu as fait d’eux pour notre Dieu un royaume et des prêtres, et ils régneront sur la terre.

Et les anges reprennent :

Il est digne, l’agneau immolé, de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire, la louange. Et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, dans la mer, et tout ce qui s’y trouve, je les entendis qui disaient : À celui qui est assis sur le trône et à l’agneau la louange, l’honneur, la gloire, le pouvoir aux siècles des siècles. Et les quatre animaux disaient : Amen, et les vieillards se prosternèrent et adorèrent.

Source : Les origines du dogme de la trinité – Jésuite Jules Lebreton – 1919

Publié par Napo

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