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Les hommages rendus à la papauté sous les Carlovingiens

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L’Église Catholique, ainsi que ses vicaires, ont toujours eu des ennemis, des individus qui ont consacré leur vie à tenter de la discréditer.

Le protestant M. Guizot, écrivait ceci contre l’Eglise catholique :

« Personne, dans l’église lombarde, ne pouvait songer à s’égaler à lui (au pape) ; elle tomba rapidement sous son autorité. Il en acquit aussi une nouvelle dans l’église gallo-franque. Ce fut avec son aide, et en s’appuyant de son nom et de ses avis, que les premiers Carolingiens travaillèrent à la réformer. Même avant leur élévation à la royauté, saint Boniface écrit au pape Zacharie que Carloman, frère de Pépin le Bref, lui a demandé de se rendre en Gaule, protestant qu’il voulait amender et réformer quelque chose dans l’état de la religion et de l’Église, qui, depuis soixante-dix ou quatre-vingts ans au moins, est livrée au désordre et foulée aux pieds. »

C’est sous la présidence et l’influence de saint Boniface, à titre de légat du pape, que se tiennent les conciles, naguère si rares et qui deviennent fréquents. Les actes du concile de 742, dit Germanicum, commencent en ces termes :

« Moi, Carloman, duc et prince des Francs, avec le conseil des serviteurs de Dieu et de nos grands, j’ai convoqué les évêques de mon royaume et Boniface, qui est envoyé de saint Pierre, pour qu’ils me donnent un conseil. »

Le même fait se reproduit au concile tenu l’année suivante à Lestines ou à Leptines, dans le diocèse de Cambrai, et à l’assemblée de Soissons (752), où Pépin fut sacré roi. Non content de servir ainsi d’intermédiaire entre les souverains temporels et les papes, saint Boniface entreprend aussi de rattacher étroitement au siège de Rome les métropolitains ou archevêques, dont il rétablit le pouvoir; il engage ceux de Rouen, de Sens et de Reims, au moment de leur nomination, à demander au pape le pallium, signe de leur dignité nouvelle, et à attendre ainsi de lui une sorte d’investiture.

Un seul d’entre eux suit son conseil, et le pape témoigne à Boniface son chagrin de ce que les deux autres n’en ont pas fait autant… Quand nous n’aurions pour preuve du mouvement ascendant de la papauté dans l’église gallo-franque à cette époque que le ton sur lequel on y parlait d’elle, celle-là serait suffisante : le langage non seulement du clergé mais des écrivains en général, des souverains temporels eux-mêmes, devient extrêmement pompeux; les épithètes magnifiques et respectueuses se multiplient; le pape n’est plus simplement l’évêque de Rome, le frère des évêques; on lui donne des noms, on se sert pour lui d’expressions qu’on n’emploie pour aucun autre.

Quelques phrases d’Alcuin, qui, en sa qualité de favori de Charlemagne, ne peut être soupçonné d’avoir voulu sacrifier le pouvoir de son maître à un pouvoir étranger, en diront plus que toutes les généralités. En 796, il s’adresse en ces termes au pape Léon III (795-816) :

« Très-saint père, pontife élu de Dieu, vicaire des apôtres, héritier des Pères, prince de l’Église, gardien de la seule colombe sans tache. » (Lett. xx).

Et ailleurs, en 794, à Adrien Ier (762-795) :

« Très excellent père, comme je te reconnais pour vicaire du bienheureux Pierre, prince des apôtres, je te regarde comme héritier de sa miraculeuse puissance. » (Lett. xv.)

Et ailleurs, en écrivant à Charlemagne, en 799 :

« Il y a eu jusqu’ici dans le monde trois personnes d’un rang suprême : la sublimité du vicaire apostolique qui occupe le siège du bienheureux Pierre, prince des apôtres; la dignité de l’empereur, qui exerce le pouvoir séculier dans la seconde Rome; la troisième est la dignité royale, dans laquelle la volonté de notre Seigneur Jésus-Christ vous a placé pour gouverner le peuple chrétien. » (Lett. lxxx.)

A coup sûr, il ne faut point prendre ces expressions à la lettre, il ne faut point croire que le pape possédât déjà dans toute sa grandeur le pouvoir qu’elles lui attribuent ; mais elles attestent quelle suprématie religieuse, morale, il possédait déjà dans la pensée des peuples. De cette époque date véritablement sa domination intellectuelle, source de toutes les autres.

Sa puissance temporelle recevait en même temps un notable accroissement… Ainsi,

1° en assurant aux papes sur l’église italienne un pouvoir qu’ils n’avaient point auparavant;
2° en leur donnant dans les affaires de l’église gallo-franque une influence très-active ;
3° en leur reconnaissant, par le langage et toutes les démonstrations qui frappent les peuples, une majesté, une suprématie que les princes n’avaient point encore avouée ;
4° en accroissant enfin, soit par la richesse, soit par ses conséquences indirectes, leur puissance temporelle, les premiers Carolingiens, et Charlemagne en particulier, furent pour la papauté les plus utiles alliés.

Observations — La lecture de ce fragment historique suscite un vif intérêt et une grande curiosité. Face à l’accumulation de preuves attestant la supériorité pontificale à l’époque des premiers Carolingiens, on peut se demander comment M. Guizot parviendra à défendre son hypothèse selon laquelle le pape n’avait pas encore acquis de prééminence réelle. Pour notre historien, cet obstacle semble moins insurmontable. M. Guizot soutient que, même si des témoignages très sérieux affirment la suprématie de Rome, ils ne doivent pas être pris au pied de la lettre ; et si des faits de toutes sortes corroborent ces témoignages, il considère que leur ensemble ne démontre qu’une tendance à l’ascension de la papauté, qui, en fin de compte, n’a eu qu’une influence très active grâce au soutien des Carolingiens.

Malheureusement le tour ingénieux de ces aperçus ne peut suffire à les rendre vrais.

1° Doit-on rappeler encore une fois que le Saint-Siège, existant avant Charlemagne et même Clovis, n’est pas une création des Carolingiens? Ces derniers se sont certes honorés d’être ses alliés utiles, facilitant l’exercice de son autorité, mais sans lui conférer de nouveau pouvoir. Cela a été amplement démontré.
2° Pourquoi ne prendrions-nous pas au sérieux les propos d’Alcuin, un homme érudit et sérieux, qui, selon M. Guizot, n’aurait pas cherché à compromettre le pouvoir de son maître au profit d’une autorité étrangère?

Pourquoi rabaisser ses affirmations, comme s’il était un ignorant ou un rhéteur? Il est important de se souvenir que tandis que M. Guizot minimise Alcuin, réduisant sa crédibilité, il dépeint Pépin et Charlemagne comme des charlatans politiques, utilisant un langage et des démonstrations solennelles pour impressionner les peuples.

Il faut manquer de solides arguments pour recourir à de tels subterfuges! Mais en fin de compte, quelle est cette grandeur exceptionnelle que Charlemagne et son favori auraient accordée à la papauté, que celle-ci n’aurait pas déjà possédée? Alcuin affirme que l’autorité papale est la plus auguste sur terre, que le pape est le successeur de Saint Pierre, l’héritier de son pouvoir, le prince de l’Église et le gardien de la colombe immaculée. Eh bien, si certains prétendent que le pape ne détenait ces titres et ce pouvoir que dans les louanges du moine anglo-saxon, des faits vont montrer que cette autorité et ces titres étaient réellement attribués au Saint-Siège, selon la croyance des Francs et d’autres peuples chrétiens.

En 742, le légat saint Boniface, rendant compte des travaux de l’assemblée de Leptines à Cutbert, archevêque de Cantorbéry, lui dit :

« Nous y avons confessé la foi catholique, l’union avec l’Église, ainsi que la soumission qui lui est due, et que nous avons promis à saint Pierre et à son vicaire de garder toute notre vie. Nous avons résolu qu’on tiendrait le concile tous les ans, et que les métropolitains demanderaient le pallium au Saint-Siège, et suivraient, selon les canons, tous les préceptes de saint Pierre, afin d’être comptés au nombre des ouailles qui lui sont confiées. Nous avons tous souscrit cette confession de foi et l’avons envoyée au tombeau de saint Pierre. Le clergé et le pontife de Rome l’ont reçue avec joie et nous en ont félicités. »

Or, était-ce aussi affaire de politesse que cette déclaration de la nécessité, imposée par les canons, d’obéir à saint Pierre dans la personne de son vicaire ? L’an 799, une faction se soulève dans Rome contre Léon III, qui fuit en Saxe auprès de Charlemagne, afin d’implorer son secours. Le roi franc, s’étant rendu à Rome, forme un tribunal pour examiner les accusations dont on charge le pape.

Les seigneurs francs et romains assistent avec Charlemagne aux débats. Mais, disent d’abord les juges de Léon, « nous n’osons pas juger la chaire apostolique, qui est la tête de toutes les églises de Dieu ; car c’est nous tous qui sommes jugés par elle et par son vicaire, tandis qu’elle n’est jugée par personne, comme ce fut l’usage antique ; mais, d’après ce que pensera le souverain pontife lui-même, nous obéirons suivant les canons. »

Léon consentit à ce que la procédure eût son cours ; mais nul accusateur ne s’étant présenté, le pape protesta de son innocence en jurant sur l’Écriture sainte.

Dans un concile d’Aix-la-Chapelle, présidé par Paulin d’Aquilée, légat romain, en 803, Charlemagne écrivit :

« Nous faisons savoir à tous les enfants de l’Église et à tous nos sujets que l’on nous a souvent fatigué de plaintes contre les archevêques… Pour terminer ces disputes, nous avons consulté le Saint-Siège, selon les canons qui marquent qu’on doit y référer les causes majeures, ainsi que le saint concile l’ordonne et que la louable coutume l’exige. C’est pourquoi, en envoyant au pape Léon l’archevêque Arnon, nous l’avons chargé, entre autres choses, de le consulter sur cette question. Le pape a répondu que les ordinations faites par les archevêques sont nulles… et qu’il fallait condamner et chasser les archevêques. Mais les évêques de notre royaume assemblés à Ratisbonne ont cru, avec l’agrément du pape, devoir user de plus de douceur, etc. »

Comme on le voit, c’est en présence du concile et avec son assentiment que Charles parle du devoir de référer au pape des causes majeures, selon les anciennes lois ecclésiastiques. Des deux derniers faits que je viens de rappeler, l’un, je veux dire le refus de juger Léon, scrupule que ni Charlemagne, ni les évêques, ni les seigneurs de sa suite ne regardèrent comme une nouveauté, ce refus ne proclame-t-il pas aussi éloquemment que les textes d’Alcuin que le pape est le prince de l’Église ? et l’autre fait, ou le recours au Saint-Siège, d’après l’usage et les canons, pour une cause majeure, c’est-à-dire pour obtenir sur les archevêques d’abord la sentence pontificale, ensuite un allégement à cette sentence, ne démontre-t-il pas très-clairement que c’était à Rome que résidait le gardien de la discipline ecclésiastique, de la colombe sans tache ?

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Il est donc permis, d’après les juges de Léon et le concile de 803, de prendre à la lettre ce qu’Alcuin et Charlemagne ont dit et écrit sur la papauté. Nous lisons dans un capitulaire de 801 dicté par l’affection la plus filiale :

« En mémoire du prince des apôtres, honorons la sainte église romaine et le siège apostolique, afin que celle qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre maîtresse dans les choses ecclésiastiques. Il faut pour cela conserver à son égard l’humilité et la douceur, pour supporter avec des sentiments de piété le joug que ce siège nous imposerait, fût-il en quelque sorte intolérable. »

Ces mots, selon M. Guizot, n’ont été écrits que pour captiver l’imagination du peuple. Mais il est difficile de croire que Charlemagne ait voulu établir le pape comme souverain spirituel de l’Église gallo-franque. Il est concevable qu’il ait fondé un petit État au-delà des montagnes, utile allié des Francs ; mais l’idée qu’il ait construit en Gaule un trône papal, devant lequel tous, y compris lui-même, devraient se prosterner, même si ce trône représentait un fardeau insupportable, reste incompréhensible.

Il semble donc que la croyance en la suprématie papale ait été déjà bien établie du temps de Charlemagne.

Source : Défense de l’Eglise – Abbé J.-M.-Sauveur Gorini – 1864

Publié par Napo

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