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À la veille de la Déclaration des Droits de l’Homme

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Lorsqu’à la veille d’une révolution tristement mémorable, qui perdure encore, une assemblée proclama la Déclaration des Droits de l’Homme, qu’elle allait bientôt et si odieusement fouler aux pieds, il y avait déjà de longs siècles que la France jouissait de l’exercice de ces droits et que le nom de citoyen était une réalité.

Au dix-huitième siècle, pour mieux préparer les masses à la révolte contre l’Église et la royauté, auxquelles elles devaient ces précieuses libertés, et créer ainsi la plus absolue centralisation, ennemie jurée de tous les droits civils, les philosophes, ou plutôt les sophistes, s’acharnèrent, par tous les moyens dont peut se servir le mensonge, à nier jusqu’à l’existence de ces bienfaits, qui — disaient-ils — allaient être, pour la première fois, la récompense de la révolte contre Dieu et la conquête du déisme sur la foi.

Or, comme le propre du mensonge est l’absence de logique, c’est-à-dire du sens commun, — à l’opposé de nos pères et de nos ancêtres, qui ne demandaient que des libertés, les novateurs et leurs prosélytes réclamèrent hautement et absolument la liberté sans limites, c’est-à-dire la licence et le despotisme, qui en sont la suite et le châtiment nécessaires. Comment nos pères étaient-ils parvenus, patiemment, sans secousse et d’une façon efficace, à l’acquisition de leurs libertés civiles, par quels moyens et dans quelle mesure ?

Voilà ce qu’ici même nous voulons rechercher, en étudiant cette question si intéressante, à la double clarté de l’histoire et des faits, ainsi que des aveux des hommes de notre temps les moins suspects de partialité, et par conséquent d’enthousiasme irréfléchi à l’égard du passé de la France et de ses institutions, et par conséquent des services rendus à l’une et aux autres par la religion et le clergé.

On l’a dit et redit bien des fois, mais on ne saurait assez le répéter, parce qu’on semble trop l’oublier :

« La liberté est ancienne, c’est le despotisme qui est nouveau. »

En effet, quelle liberté plus grande peut-on rêver que celle dont la Bible nous trace ainsi le tableau, en quelques mots du livre des Juges :

« En ce temps, chacun faisait en Israël tout ce qu’il lui plaisait. »

Certes, voilà la liberté absolue et la plus entière Déclaration des Droits de l’Homme ; mais ces droits découlaient des devoirs de l’homme envers Dieu, dont la charte octroyée à Moïse était le Décalogue. Cette liberté et ces droits, le peuple les tenait de la théocratie, c’est-à-dire du gouvernement des prêtres, représentants de Dieu sur la terre ; mais peu à peu il perdit ses prérogatives, dont il avait, malgré les avertissements de Samuel, fait abdication volontaire le jour où il demanda avec instance un roi.

Après bien des siècles, à l’heure où les derniers débris de la plus terrible tyrannie jonchaient le sol du monde, l’Église entreprit de relever les courages, et, mère de la vraie liberté, celle même des enfants de Dieu, si éloquemment proclamée par l’apôtre saint Paul, elle adopta l’humanité, et s’attacha à lui rendre ses droits, si longtemps foulés aux pieds par la double cruauté du paganisme et des souverains formés à son école.

Sans essayer même d’esquisser à si grands traits et si rapidement que ce soit l’histoire de ce relèvement des courages par l’Église dans le monde entier, nous bornerons aujourd’hui nos études rapides à la France, le pays dans lequel et par lequel l’Église a peut-être fait le plus à l’égard de cette civilisation dont nous sommes si fiers, et qui n’est autre chose que le reflet de la rénovation religieuse, entraînant avec elle le retour des libertés et des droits du citoyen, par la pratique des devoirs de l’homme envers Dieu, auteur de tout vrai bien.

« Indépendamment de l’intérêt spécial que l’histoire de France a pour nous — a dit M. Guizot, — depuis longtemps l’opinion européenne proclame la France le pays le plus civilisé de l’Europe. Toutes les fois que la lutte ne s’engage pas entre les amours-propres nationaux, quand on cherche l’opinion réelle et désintéressée des peuples dans les idées, les actions où elle se manifeste indirectement et sans prendre la forme de la controverse, on reconnaît que la France est le pays dont la civilisation a paru la plus complète, la plus communicative, la plus frappé l’imagination européenne. »

La civilisation étant la réalisation des Droits de l’Homme comme récompense de l’accomplissement de ses devoirs envers Dieu, il s’ensuit que la France n’a vraiment été le pays le plus civilisé de l’Europe, et du monde lui-même, que parce qu’elle a été tout d’abord et profondément imprégnée du sentiment de la foi chrétienne et des vertus dont cette foi inspire la pratique. C’est par le christianisme que la France est née et a été initiée aux libertés nécessaires, qui sont l’apanage d’une nation vraiment digne de ce nom ; la civilisation, pour un peuple, ce sont ses vrais titres de noblesse ; mais la civilisation, comme la noblesse, oblige : de là, cet étroit enchaînement de devoirs et de droits fondant la liberté sur la foi, l’égalité sur l’espérance d’une vie future, enfin, la fraternité sur la charité, qui est à la fois l’amour de Dieu, notre père, et des hommes, nos frères.

L’Église proclama la liberté, l’égalité et la fraternité dès les premiers jours de sa naissance ; c’est saint Paul qui a prononcé cette belle parole, la charte même des droits de l’homme : « il n’y a point parmi vous de Juifs et de Grecs, de libres et d’esclaves; mais vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus. »

Voilà non-seulement les droits de l’homme inaugurés, mais, mieux encore, les barrières qui existaient entre les peuples sont abaissées ; tous ne sont « qu’un dans le Christ-Jésus. »

Un évêque, homme d’État éminent, Saint-Léger, d’Autun, s’adressant au roi et aux seigneurs francs, leur disait :

« Seigneur roi, et vous princes, par la régénération du saint baptême et par l’humaine condition, vous êtes les frères de ces malheureux et leurs semblables : souvenez-vous qu’eux aussi sont des hommes; prenez en compassion des frères qui vous ressemblent; aimez-les comme tels, vous souvenant que les miséricordieux obtiendront miséricorde. »

Être miséricordieux, c’est avoir dans le cœur la pitié affective pour les pauvres; c’est posséder la charité qui agit, la seule vraiment digne du nom de philanthropie, tellement vilipendé de nos jours que l’on n’ose plus s’en servir. Voilà ce qui a fait la force de l’Église, et ce qui perpétue son immortelle jeunesse jusqu’à la fin des siècles.

« La monarchie de l’Église — dit M. Lavallée, en parlant des magnifiques plans de Grégoire VII — fut le commencement de la liberté; elle n’avait rien d’étroit et de personnel; elle fut le plus beau triomphe de l’intelligence sur la matière, et eut la plus grande influence sur la révolution plébéienne qui enfanta les communes et les républiques du moyen âge. »

Ce que le clergé voulut étouffer, dès le principe, ce fut ce fatal symptôme de centralisation à outrance qui a fait le malheur de notre pays, et qui semble impossible à ruiner; car, si ce mécanisme cesse, la révolution s’empare aussitôt de toutes les forces matérielles et jette la nation dans l’anarchie, sous prétexte de lui rendre le libre exercice de ses droits. Eh bien, la centralisation n’existait pas au Moyen Âge, grâce au vaste système des communes créées par le clergé national.

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C’est ce que M. Augustin Thierry a fait voir en une page lumineuse et saisissante, que voici :

« Ces formules dont notre langue est depuis si longtemps déshabituée semblent presque, au premier abord, n’être que des fictions oratoires ; et tel doit être notre sentiment, à nous Français, qui, depuis tant d’années, ne connaissons plus de droits que les droits proclamés à Paris, de libertés que les libertés sanctionnées à Paris, de lois que les lois faites à Paris. Pourtant, ce n’était point alors des mots vides de sens ; alors le patriotisme français redoublait en effet, dans un patriotisme local qui avait ses souvenirs, son intérêt et sa gloire.

On comptait réellement des nations au sein de la nation française : il y avait la nation bretonne, la nation normande, la nation béarnaise, les nations de Bourgogne, d’Aquitaine, de Languedoc, de Franche-Comté et d’Alsace. Ces nations distinguaient, sans la séparer, leur existence individuelle de la grande existence commune ; elles se déclaraient réunies, mais non subjuguées ; elles montraient les stipulations authentiques aux termes desquelles leur union s’était faite ; une foule de villes avaient leurs chartes de franchises particulières ».

« Ainsi — dit avec raison, M. Edmond Demolins — tandis que la France antique avait connu tous les avantages de la démocratie, sans en ressentir les inconvénients, il nous était réservé d’en avoir tous les inconvénients sans en avoir les avantages. Quelle étude que celle qui montrerait l’amour que le vieux peuple de France portait à cette royauté nationale, qui était véritablement son œuvre, et la confiance que celle-ci témoignait en retour aux gens des bonnes villes, aux hommes du tiers état! L’on verrait combien étaient alors rapprochées par la religion ces deux puissances, aujourd’hui si divisées, — le pouvoir et le peuple. »

« II est de la dignité d’un roi — dit Philippe-Auguste —de conserver avec zèle dans leur intégralité et dans leur pureté les libertés, les droits et les anciennes coutumes des villes. »

« Cher fils — dit saint Louis dans ses dernières recommandations, — s’il advient que tu viennes à régner, pourvois que tu sois juste; et si quelque querelle, mue entre riche et pauvre, vient devant toi, soutiens plus le pauvre que le riche, et quand tu entendras la vérité, fais-leur droit. »

Source : Erreurs et mensonges historiques – Charles Barthélemy – 1877

Publié par Napo

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