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À 97 ans, le cardinal Simoni célèbre la messe dans le camp communiste où il fut emprisonné

À 97 ans, le cardinal Simoni célèbre la messe dans le camp communiste où il fut emprisonné

À 97 ans, le cardinal albanais Ernest Simoni est retourné dans l’un des lieux les plus douloureux de sa vie. Vendredi 31 juillet 2026, il a présidé l’Eucharistie dans l’ancien camp de prisonniers de Spaç, en Albanie, où il avait passé une grande partie de ses dix-huit années de captivité et de travaux forcés sous le régime communiste.

La messe était célébrée en mémoire de ceux qui ont souffert et perdu la vie dans ce camp. À la fin de la célébration, un message du pape Léon XIV a été lu aux participants. Le Saint-Père a rendu hommage aux victimes de la dictature et au témoignage de fidélité du cardinal Simoni, l’un des derniers grands témoins vivants de la persécution communiste contre l’Église en Albanie.

Une messe sur le lieu même de sa captivité

Le retour du cardinal Simoni à Spaç possède une portée particulièrement forte. Ce lieu n’est pas seulement un ancien établissement pénitentiaire : il demeure, pour de nombreux Albanais, le symbole d’un système qui voulait briser les consciences, supprimer la liberté religieuse et réduire au silence ceux qui refusaient de renier leur foi.

Durant la célébration, le cardinal a montré le casque qu’il portait lorsqu’il descendait travailler dans la mine. Ce simple objet rappelait concrètement les conditions imposées aux prisonniers politiques et religieux. Là où il avait autrefois été privé de liberté, le prêtre persécuté est revenu comme cardinal de l’Église catholique pour célébrer publiquement le sacrifice eucharistique.

Condamné à mort pour son ministère sacerdotal

Ernest Simoni avait été arrêté la veille de Noël 1963, après avoir exercé son ministère dans une Albanie où le pouvoir communiste considérait progressivement toute pratique religieuse comme une menace. Il fut condamné à mort comme « ennemi du peuple ». Sa peine fut ensuite commuée en emprisonnement et en travaux forcés.

Il passa dix-huit années dans différentes prisons et camps. Le régime d’Enver Hoxha transforma officiellement l’Albanie en État athée et entreprit de supprimer les institutions religieuses. Églises fermées ou détruites, prêtres emprisonnés, fidèles surveillés : les catholiques albanais payèrent un prix particulièrement lourd.

Le cardinal Simoni ne céda pourtant pas aux pressions destinées à lui faire abandonner le sacerdoce ou dénoncer l’Église. Après sa libération en 1981, il resta considéré comme un ennemi du régime et dut encore accomplir des travaux pénibles, tout en poursuivant clandestinement son ministère jusqu’à la chute du communisme.

La messe célébrée clandestinement au péril de sa vie

Dans le camp, Ernest Simoni continuait à célébrer la messe en secret. Il récitait de mémoire les prières latines de la liturgie, fabriquait de petites hosties avec de la farine cuite sur des réchauds de fortune et utilisait des grains de raisin pressés pour obtenir le vin nécessaire à l’Eucharistie.

Il confessait également les détenus et leur distribuait la communion clandestinement. Découvert, il risquait une exécution immédiate. Cette fidélité quotidienne, vécue sans visibilité et sans garantie de survie, donne une profondeur singulière à la messe célébrée aujourd’hui dans ce même camp.

Le cardinal n’a jamais présenté son parcours comme une justification de la haine. Dans ses témoignages récents, il insiste au contraire sur la prière, le pardon et l’amour des ennemis. Son expérience de la persécution ne l’a pas conduit à la vengeance, mais à rappeler que la fidélité au Christ demeure possible jusque dans les circonstances les plus extrêmes.

Léon XIV : aucune prison ne peut séparer l’homme de Dieu

Dans son message, Léon XIV a relié le témoignage du cardinal Simoni aux paroles de saint Paul dans l’épître aux Romains. Le Pape a rappelé qu’aucune prison ne peut séparer l’homme de l’amour de Dieu et qu’aucune chaîne ne peut enfermer une conscience éclairée par l’Évangile.

Le Saint-Père a décrit Spaç comme l’une des pages les plus douloureuses de l’histoire albanaise. Il a salué la fidélité, le courage et l’espérance de ceux qui y ont souffert, souvent jusqu’à la mort. Beaucoup furent enterrés anonymement, sans que leurs familles puissent se recueillir sur une tombe.

La prière du Pape s’est tournée vers ces victimes sans sépulture connue. Leur mémoire, a-t-il souligné, doit rappeler aux nouvelles générations la dignité inviolable de toute personne humaine, la valeur de la liberté et la nécessité de travailler pour la paix.

Un témoignage pour les chrétiens persécutés aujourd’hui

Le retour du cardinal Simoni à Spaç dépasse la seule commémoration de la dictature albanaise. Son parcours rejoint celui des chrétiens qui, aujourd’hui encore, sont emprisonnés, menacés ou privés de leurs droits en raison de leur foi.

La célébration du 31 juillet manifeste également que la violence politique n’a pas eu le dernier mot. Le camp conçu pour humilier et réduire au silence un prêtre est devenu, le temps d’une messe, un lieu de prière publique, de mémoire et d’espérance.

À 97 ans, le cardinal Ernest Simoni demeure ainsi le témoin d’une vérité simple : une foi vécue dans les sacrements, la prière et le pardon peut survivre aux prisons, aux mines et aux régimes qui prétendent l’anéantir.


Sources principales :
National Catholic Register – Entretien avec le cardinal Ernest Simoni

Conversation des fidèles

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