Confrontée à l’une des crises les plus dramatiques de son histoire contemporaine, la population cubaine se tourne massivement vers l’Église catholique pour survivre au quotidien. Lors d’un récent entretien accordé à l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), le président de la Conférence des évêques catholiques de Cuba, Mgr Marcelo Gonzalez Amador, a dressé un tableau bouleversant de l’effondrement social et économique qui frappe l’île caraïbe, décrivant le moment le plus triste et le plus difficile qu’il ait connu pour son peuple.
Le prélat de 70 ans, par ailleurs évêque du diocèse de Santa Clara, rapporte que la détresse alimentaire a atteint des niveaux critiques. Les paroisses voient affluer en nombre des personnes n’ayant rien avalé depuis plusieurs jours, cherchant désespérément du secours. L’évêque souligne avec douleur que lors des célébrations liturgiques, les évanouissements de fidèles causés par la faim sont devenus fréquents. Cette misère est aggravée par les coupures d’électricité chroniques qui rendent impossible la conservation des rares denrées périssables. Outre le désastre alimentaire, ces pannes électriques ont des répercussions pastorales et sécuritaires immédiates : l’insécurité grandissante et l’augmentation des cambriolages ont contraint de nombreuses églises à suspendre les temps d’adoration eucharistique nocturne.
La crise paralyse également les infrastructures vitales du pays, à commencer par le système de santé. Des interventions chirurgicales sont purement et simplement annulées dans d’importants centres hospitaliers en raison du manque d’eau courante ou de matériel médical élémentaire. Le responsable épiscopal évoque la détresse de patients contraints de solliciter leurs proches vivant à l’étranger pour obtenir le moindre fil de suture avant une opération. Ce marasme matériel s’accompagne d’une profonde angoisse psychologique. L’inquiétude suscitée par la rhétorique persistante d’un potentiel conflit avec les États-Unis pèse lourdement sur le moral des habitants, générant un climat de peur qui affecte particulièrement les enfants et les personnes âgées. Face à cette incertitude et à l’impossibilité d’envisager sereinement l’avenir, le pays subit une hémorragie migratoire sans précédent. L’île se vide de ses forces vives, laissant derrière elle une population vieillissante, isolée et survivant avec des pensions d’État dérisoires.
Malgré l’ampleur du désastre, l’Église cubaine refuse de céder au fatalisme et multiplie les œuvres de miséricorde pour apporter une aide concrète aux plus vulnérables. À travers les paroisses, des petites cantines et des réseaux de distribution de repas à domicile s’organisent pour nourrir les malades alités et les personnes à mobilité réduite. L’évêque illustre cette ingéniosité née de l’urgence en citant l’exemple d’une communauté de religieuses qui, pour réussir à servir plus de 300 repas, n’a eu d’autre choix que de mélanger des boîtes de haricots blancs et noirs pour allonger les portions. Selon Mgr Gonzalez Amador, la population témoigne d’une grande gratitude face à cette authentique charité chrétienne, prodiguée sans aucune arrière-pensée ni manipulation. Le clergé et les consacrés partagent le dénuement de leurs ouailles ; le prélat affirme d’ailleurs que si un prêtre ou une religieuse venait à mourir de faim ou faute de médicaments, cela signifierait simplement qu’il n’y a plus aucun survivant autour d’eux.
Cette mission de charité se heurte néanmoins à de sévères obstacles logistiques. L’inflation galopante et la rareté du carburant imposent à l’Église une véritable pastorale de survie. Faute de moyens de transport fonctionnels, les prêtres peinent à rejoindre les zones rurales et les communautés les plus isolées. Les congrégations religieuses, elles-mêmes extrêmement fragilisées, manquent cruellement de ressources pour pérenniser leur présence. Parallèlement, l’effort humanitaire institutionnel se poursuit avec persévérance. Caritas Cuba continue d’assurer la distribution vitale d’aides provenant des États-Unis (vivres et produits d’hygiène), destinées spécifiquement aux sinistrés du terrible ouragan Melissa, qui avait balayé la région en octobre 2025. Ces secours irriguent actuellement les diocèses particulièrement meurtris de Holguín-Las Tunas, Bayamo-Manzanillo, Santiago de Cuba et Guantanamo-Baracoa.
En conclusion de son témoignage, l’évêque de Santa Clara rappelle que, bien que de nombreux citoyens choisissent de fuir l’île, l’Église, elle, reste au milieu de son troupeau, une fidélité que le peuple reconnaît et chérit. Plaidant pour que la communauté internationale n’oublie pas le drame cubain, Mgr González Amador appelle les catholiques du monde entier à la prière et à la générosité, rappelant que face à une telle détresse, chaque aide, même modeste, compte infiniment pour une Église qui souffre dans la chair de son peuple.





Conversation des fidèles
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