À l’approche du scrutin législatif du 12 avril 2026, une atmosphère de profonde incertitude et d’inquiétude gagne la communauté catholique de Hongrie. Alors que la campagne électorale touche à sa fin, marquée par une virulence rare, l’Église tente de maintenir une neutralité de façade, bien que les liens entre le pouvoir et les institutions religieuses soient au cœur des débats.
Le climat politique s’est intensifié avec la visite, le 8 avril à Budapest, du vice-président des États-Unis, JD Vance, venu apporter un soutien appuyé au gouvernement sortant. Ce geste diplomatique intervient alors que le Premier ministre Viktor Orban, à la tête du parti national-conservateur Fidesz depuis 1993, fait face à un défi électoral sans précédent après seize années de pouvoir ininterrompu. Son opposant, Peter Magyar, leader du parti Tisza (« Liberté et Respect »), semble en mesure de bousculer l’ordre établi.
Dans ce contexte, la position de l’Église catholique est scrutée avec une attention particulière. En octobre 2025, l’épiscopat hongrois s’était engagé à rester en retrait de la mêlée politique, dénonçant un discours public devenu « extrêmement brutal » et fondé sur la calomnie. Ce silence a été observé lors de la session plénière de mars dernier, ainsi que dans les messages de Pâques de l’agence Magyar Kurir. Toutefois, pour de nombreux observateurs, cette réserve officielle peine à masquer les divisions internes.
« Pour un catholique, ne pas soutenir pleinement le gouvernement est souvent perçu comme une grave déloyauté », explique Tibor Gorfol, rédacteur en chef de la revue catholique Vigilia. Selon lui, malgré les appels à la neutralité, l’étroit enchevêtrement entre la politique et la religion rend cette position difficilement crédible pour l’opinion publique. Il pointe également l’usage de vidéos et de récits générés par intelligence artificielle durant la campagne, des méthodes destinées à « semer la peur et l’anxiété » chez les électeurs.
Le parti au pouvoir, le Fidesz, s’est longtemps présenté comme le rempart des valeurs chrétiennes en Europe, notamment sur les questions de la famille, du mariage et de l’opposition à l’euthanasie ou à l’avortement. Un rapport du centre chrétien Axioma a d’ailleurs souligné la proximité de son programme avec l’enseignement de l’Église. Cependant, cette rhétorique se heurte à des critiques croissantes sur les méthodes de gouvernance. Lors de sa visite en 2023, le Pape avait déjà exprimé sa tristesse face à la fermeture des frontières aux migrants et aux pauvres, rappelant l’exigence évangélique de l’accueil.
Face à Viktor Orban, Peter Magyar, lui-même de formation catholique, a placé sa campagne sous le signe de l’invocation de saint Jean-Paul II : « N’ayez pas peur ». Tout en promettant de maintenir le financement public des cultes, il s’engage à garantir une plus grande autonomie aux Églises, les libérant de ce qu’il qualifie d’interférences gouvernementales. Pour le professeur Andras Mate-Toth, de l’université de Szeged, bien que Magyar ne soit pas un catholique pratiquant, son approche semble paradoxalement « plus proche de la doctrine sociale de l’Église » que celle du Premier ministre, en raison de son respect pour l’indépendance institutionnelle.
Des voix s’élèvent également au sein du clergé pour marquer une distance avec le style politique actuel. Mgr Asztrik Varseghi, archi-abbé émérite de Pannonhalma, et Mgr Tibor Berta, évêque aux Armées, ont exprimé leurs réserves. Ce dernier a d’ailleurs récemment décliné une distinction gouvernementale afin d’éviter toute confusion entre l’État et l’Église. De son côté, l’actuel archi-abbé de Pannonhalma, Mgr Cirill Hortobagyi, a alerté dans son message pascal sur les méthodes visant à « discréditer et détruire moralement » les adversaires politiques, estimant qu’un chrétien ne peut considérer celui qui pense différemment comme un ennemi.
Cette tension se reflète également dans les orientations données par l’Association des intellectuels chrétiens. Dans un guide publié le 7 avril, l’organisation appelle les fidèles à ne pas faire de la politique une « idole », rappelant que le point de référence ultime pour un chrétien demeure le Christ, et non un chef politique.
Alors que les bureaux de vote s’apprêtent à ouvrir, le silence de la hiérarchie catholique est interprété par certains, comme le professeur Mate-Toth, comme une forme de critique tacite envers le gouvernement. Pour le laïcat hongrois, l’enjeu du scrutin dépasse la simple alternance politique : il s’agit de définir la place de l’Église dans une société marquée par une profonde polarisation, où la fidélité à l’Évangile est parfois mise à l’épreuve des loyautés partisanes.





Conversation des fidèles
0 commentaire(s)Aucun commentaire pour le moment.
Connecte-toi pour participer à la discussion.