Une tribune publiée le 11 septembre 2026 sur katholisch.de relance en Allemagne une question théologique de première importance : jusqu’où peut aller le dialogue avec l’islam sans obscurcir ce qui distingue la foi chrétienne ? Son auteur, Oliver Wintzek, professeur de dogmatique et de théologie fondamentale à la Katholische Hochschule de Mayence, affirme que le credo islamique n’est finalement « pas si différent » et propose de considérer les musulmans comme de « jeunes frères et sœurs ».
Une lecture de l’islam à partir de saint Jean Damascène
Oliver Wintzek prend pour point de départ le 12 septembre, mémoire du Saint Nom de Marie et date associée à la victoire chrétienne de Vienne en 1683. Il invite à dépasser une lecture conflictuelle des relations entre christianisme et islam. Il rappelle notamment que saint Jean Damascène, qui vivait sous domination musulmane, a rangé l’islam parmi les hérésies et non parmi les religions entièrement étrangères au christianisme.
Le professeur en tire l’idée d’une forme alternative du christianisme byzantin, marquée par une interprétation différente de Jésus. Cette formulation appelle cependant une précision majeure : constater que l’islam reprend des figures bibliques et attribue une place importante à Jésus et à Marie ne suffit pas à effacer la divergence centrale entre les deux confessions.
Le point décisif : qui est Jésus-Christ ?
Pour la foi catholique, Jésus-Christ n’est pas seulement un prophète : il est le Fils éternel de Dieu fait homme, vrai Dieu et vrai homme, mort et ressuscité pour le salut du monde. Le concile Vatican II lui-même, lorsqu’il appelle au respect et au dialogue avec les musulmans, prend soin de rappeler explicitement qu’ils « ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu ».
Nostra aetate enseigne que l’Église regarde les musulmans avec estime, reconnaît leur foi au Dieu unique, leur vénération de Jésus comme prophète et leur honneur envers la Vierge Marie. Mais le même texte affirme également que l’Église doit annoncer sans cesse le Christ, « la voie, la vérité et la vie », en qui se trouve la plénitude de la vie religieuse.
La position catholique ne consiste donc ni à mépriser les musulmans ni à gommer les différences doctrinales. Le dialogue authentique suppose précisément de pouvoir dire la vérité de sa propre foi avec charité.
Une formule qui interroge
La conclusion d’Oliver Wintzek est particulièrement remarquée. Faisant écho à l’expression de saint Jean-Paul II sur les Juifs comme « frères aînés », il évoque les musulmans comme de « jeunes frères et sœurs ». Il oppose également son approche aux discours de l’AfD sur l’islamisation et les minarets.
La tribune est présentée par katholisch.de comme un « point de vue » reflétant exclusivement l’opinion de son auteur. Cette précision est importante : il ne s’agit pas d’un document du magistère catholique ni d’une déclaration de la Conférence épiscopale allemande.
Dans un contexte ecclésial allemand déjà traversé par de profondes controverses doctrinales, ce texte mérite donc d’être lu avec discernement. L’estime envers les musulmans et la recherche de la paix sont pleinement catholiques. Elles ne peuvent toutefois conduire à relativiser la confession qui se trouve au cœur du Credo : Jésus-Christ est le Fils de Dieu, Seigneur et Sauveur.
Sources principales
katholisch.de – tribune d’Oliver Wintzek, 11 septembre 2026
Vatican – Déclaration Nostra aetate





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