Au cœur de Rome, près du Tibre, la basilique Saint-Chrysogone veille depuis des siècles. Gardée par l’ordre des Trinitaires, fondé en 1198 pour libérer les captifs, elle symbolise aujourd’hui encore la mission immuable de ces religieux : secourir ceux qui souffrent pour leur foi.
Des chaînes médiévales aux persécutions modernes
« Nous sommes nés pour aller dans les geôles », affirme le Père Antonio Aurelio, vicaire général des Trinitaires, dans un entretien avec ACI Prensa. Vêtu de l’habit blanc marqué de la croix bleue et rouge, il rappelle l’audace de saint Jean de Matha, fondateur de l’ordre. Alors que les monastères cloîtraient les religieux, ce saint français osa envoyer ses frères sur les champs de bataille des Croisades, non pour combattre, mais pour racheter les captifs chrétiens ou musulmans, parfois au prix de leur propre liberté.
Certains Trinitaires, comme le Portugais Antonio da Conceiçao ou les religieux José de la Madre de Dios et Ignacio Tavares, ont ainsi offert leur vie en échange de prisonniers. Leur procès en béatification est en cours.
Nigeria, Syrie, Inde : l’enfer des « captifs du XXIe siècle »
Huit siècles plus tard, les geôles ont changé de visage. Le documentaire « Huit siècles plus tard » révèle l’horreur vécue par les chrétiens du Nigeria, où des fillettes sont enlevées et violées par Boko Haram. En Syrie, jadis prospère, les communautés survivent dans les ruines. En Inde, la liberté religieuse n’est qu’un leur.
« La famille trinitaire est présente là-bas, discrètement, dans le silence », insiste le Père Aurelio. Par la Solidarité Trinitaire Internationale (STI), créée en 1999, l’ordre finance des écoles, des dispensaires et soutient les familles de martyrs.
Un rapport accablant, une foi indestructible
Selon le Rapport 2023 sur la liberté religieuse de l’AED, les chrétiens restent le groupe le plus persécuté. Sur 28 pays en zone « rouge », 13 sont africains — un continent où la situation s’aggrave. Face à cette haine, la réponse des Trinitaires puise dans leur charisme originel : 54 communautés en Europe, 22 en Amérique du Nord, 21 en Amérique latine, et des présences en Afrique et en Asie.
« Le message chrétien terrifie les dictatures »
« Le christianisme promeut la liberté de la personne. Cela effraie les tyrans », analyse le Père Aurelio. Dans un monde où le relativisme mine les consciences, il déplore l’indifférence occidentale :
« Nous sommes incapables de comprendre que certains donnent leur vie pour rester fidèles au Christ. »
L’ordre compte aussi des sœurs contemplatives et des laïcs. Tous partagent une certitude :
« On ne peut arrêter les guerres, mais on peut empêcher l’abandon. »
Par humilité, le fondateur des Trinitaires n’a laissé aucun écrit sur lui. Son ordre perpétue cette discrétion : le documentaire donne la parole aux martyrs anonymes, ces « captifs » dont les médias ne parlent pas. « Ce qui n’est pas raconté n’existe pas », souligne le Père Aurelio, appelant les fidèles à ne pas détourner les yeux.
Alors que l’Église entre dans l’ère des catacombes numériques, les Trinitaires marchent sur les pas de leur fondateur. Leur croix bicolore, rouge pour l’Esprit Saint, bleu pour l’eau du baptême, rappelle que, même dans les ténèbres, l’espérance ne meurt jamais.





