L’incertitude et l’angoisse grandissent au sein de l’Église catholique du Nicaragua concernant le sort de Mgr Abelardo Mata. Âgé de 80 ans, l’évêque émérite d’Estelí n’a donné aucun signe de vie probant depuis sa brève détention par les forces de sécurité le 29 juin dernier. Si le régime autoritaire de Managua affirme l’avoir raccompagné chez lui le jour même, la réalité sur le terrain dessine un tableau beaucoup plus sombre pour ce prélat de la famille salésienne.
Ce jour-là, alors qu’il se trouvait à l’hôpital pour un contrôle médical lié à son stimulateur cardiaque, l’évêque octogénaire a été appréhendé et conduit dans une prison d’État pendant plusieurs heures. Cette interpellation musclée est intervenue au lendemain d’un acte de courage pastoral : bravant l’interdiction gouvernementale de se rendre dans son ancien diocèse d’Estelí — qu’il a dirigé de 1988 à 2021 —, Mgr Mata y était arrivé le jeudi 25 juin pour y célébrer publiquement la messe le dimanche suivant. Au cours de l’office, il avait invité les fidèles à prier pour l’Église persécutée et pour les clercs incarcérés ou bannis. Il avait notamment cité Mgr Rolando Álvarez et le père Frutos Valle Salmerón. Ce dernier, nommé administrateur diocésain d’Estelí en 2022, se trouve lui-même assigné à résidence dans un séminaire depuis juillet 2024 pour avoir annoncé l’ordination de trois nouveaux prêtres sans l’aval du pouvoir. Selon des sources locales, d’autres personnes auraient d’ailleurs été arrêtées et interrogées en même temps que Mgr Mata ce 29 juin.
Dans un communiqué publié le 4 juillet, les autorités nicaraguayennes ont tenté de rassurer en affirmant que l’évêque était rentré chez lui « en parfaite condition ». Le régime justifie cette arrestation par une prétendue enquête sur l’origine de biens et des liens familiaux jugés « incohérents avec la condition sacerdotale ». Le document officiel indique que le prélat aurait fourni des déclarations sur diverses violations des lois nationales et reconnu avoir été traité avec le plus grand respect.
Cependant, les témoignages recueillis par la presse indépendante, notamment les médias The Pillar et La Prensa, contredisent cette version lénifiante. Selon des sources proches de la Conférence épiscopale nicaraguayenne, la police est revenue boucler le domicile de Mgr Mata quelques heures seulement après l’y avoir déposé. Depuis lors, sa famille n’a plus aucun accès à la résidence ni aucun moyen de le contacter. Les défenseurs des droits de l’homme, exigeant une preuve de vie, redoutent que ce dispositif policier ne serve qu’à faire illusion, dissimulant un transfert secret vers la sinistre prison d’El Chipote, tristement connue pour être un centre de torture pour les opposants politiques et les prêtres.
La méfiance est d’autant plus grande que Mgr Mata n’a jamais caché son opposition à la politique de Daniel Ortega, dirigeant du Front sandiniste revenu au pouvoir en 2007 après un premier passage entre 1979 et 1990. Lors de la violente répression des manifestations populaires de 2018, la liberté de ton de l’évêque lui avait déjà valu de graves représailles. En juillet de cette même année, des paramilitaires liés au régime avaient ouvert le feu sur sa voiture alors qu’il se rendait à Managua.
Le sort incertain de l’évêque émérite s’inscrit dans une campagne systématique d’éradication de la présence catholique dans ce pays d’Amérique centrale de sept millions d’habitants, frontalier du Honduras et du Costa Rica. Depuis 2018, les médias catholiques ont été réduits au silence, les universités confisquées et des congrégations entières ont été contraintes de quitter le pays, à l’instar des Jésuites, des Franciscains, des Missionnaires de la Charité, des Clarisses, des Carmélites déchaussées et des Missionnaires du Sacré-Cœur.
Les rangs du clergé ont été littéralement décimés : plus de 250 prêtres et religieux ont été forcés à l’exil, soit près d’un cinquième des effectifs sacerdotaux du pays. Le diocèse de Matagalpa a particulièrement souffert, perdant plus de 60 % de son clergé et sa curie, tandis que son séminaire a été saisi en 2025. Avant Mgr Mata, quatre évêques ont déjà dû quitter leur patrie sous la contrainte. Mgr Rolando Álvarez, après une arrestation en août 2022 et une lourde condamnation à 25 ans de prison pour conspiration, a été exilé à Rome en janvier 2024. Il y a été rejoint par Mgr Isidoro Mora, évêque de Siuna, arrêté en décembre 2023 pour avoir simplement mentionné Mgr Álvarez dans une homélie. Plus récemment, en novembre 2024, le président de la Conférence épiscopale, Mgr Carlos Herrera, a été expulsé après avoir critiqué un maire pro-régime. Mgr Silvio Báez, évêque auxiliaire de Managua, vit quant à lui en exil depuis 2019 face aux menaces de mort.
Dans ce climat d’oppression généralisée, le mutisme imposé autour de Mgr Abelardo Mata résonne comme une nouvelle tentative d’étouffer la voix prophétique de l’Église. Privés de leurs pasteurs et soumis à une surveillance constante, les catholiques nicaraguayens continuent de porter le lourd fardeau de la persécution, unis dans une prière silencieuse pour retrouver la paix et la pleine liberté d’annoncer l’Évangile.





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