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La famille est une association humaine naturelle

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La famille est la plus élémentaire et la plus naturelle des associations humaines. C’est elle qui sert de fondement à la société religieuse et aux sociétés civiles; elle est l’unité première qui, en se multipliant, forme à la fois l’Église et les États.

Divinement organisée dès l’origine du monde, la société domestique a traversé les siècles avec la constitution qu’elle a reçue du Législateur suprême. Cette constitution primordiale, le Décalogue l’a fortifiée par l’autorité de ses préceptes, et l’Évangile est venu la ramener à son intégrité primitive, en lui imprimant un caractère plus auguste encore et plus sacré.

Toujours et partout, c’est le respect de ces grandes lois de la nature et de la grâce, qui a fait la force et la prospérité des nations, et celles-là mêmes qui n’étaient pas éclairées des lumières de la foi, ont dû, comme l’ancienne Rome, aux vertus domestiques l’éclat et la constance de leur fortune. Parmi tous les faits de l’histoire, il n’en est peut-être pas de plus instructif ni de moins contestable. La longévité promise sur le Sinaï à l’observation du commandement divin concerne les peuples non moins que les individus.

Avec les mœurs restées intactes du foyer domestique, un pays peut traverser les plus grandes crises sans y trouver sa perte : en dépit de ses revers, il conserve au milieu de lui, féconde et pure, la source où se retrempe sa vitalité. Mais quand le désordre s’introduit dans la famille elle-même, pour en troubler la divine économie, alors le mal exerce d’autant plus de ravages qu’il est plus profond. C’est le cœur même de la nation qui reçoit de telles blessures, et l’effet en est mortel, comme il arrive d’un arbre qui dépérit lentement, malgré toutes les apparences contraires, quand la racine même est attaquée.

La religion, elle aussi, souffre cruellement, de ces atteintes, car c’est à la famille, comme à une souche commune, que l’Église et l’État vont demander tour à tour, l’une, de vrais fidèles, l’autre, de bons citoyens. Voilà pourquoi nous n’avons rien de plus à cœur que d’éloigner de cette divine institution tout ce qui pourrait en affaiblir le prestige ou en diminuer la force. Or, qui oserait soutenir qu’au milieu des erreurs et des vices de la société contemporaine, la famille, elle du moins, n’a subi aucune de ces influences pernicieuses ?

N’est-ce pas, au contraire, à de graves altérations dans l’ordre domestique, qu’il faut demander l’une des causes qui empêchent l’ordre social de s’affermir et de se restaurer ? L’autorité paternelle n’a-t-elle rien perdu parmi nous de sa force ni de ses droits ? Les traditions de l’obéissance et du respect se sont-elles maintenues dans leur intégrité ? Les lois et les devoirs du mariage sont-ils acceptés partout avec l’esprit de sacrifice que demande un état sanctifié par la grâce du sacrement ? Graves questions, nos Très Chers Frères, qui s’imposent à la sollicitude vigilante de vos premiers Pasteurs.

Car, elles retentissent sans cesse à nos oreilles, ces fortes recommandations de saint Paul à Tite et à Timothée, et, dans leur personne, à tous les Évêques, sur la nécessité de rappeler aux familles chrétiennes les principes qui doivent les gouverner et les vertus qu’elles sont appelées à mettre en pratique. Et quel moment plus propice à un tel enseignement que ce saint temps de pénitence où l’Église invite tous ses enfants à se pénétrer de leurs obligations, dans le silence de la prière et du recueillement ?

C’était une maxime plus pompeuse que vraie d’avoir proclamé au siècle dernier que tous les hommes naissent libres et égaux en droits. Il eût été plus exact de dire que tous les hommes naissent dépendants et inégaux. La première de ces dépendances et de ces inégalités a son fondement dans la divine constitution de la famille.

Quand l’enfant vient au monde, il entre dans une hiérarchie de pouvoirs et de fonctions, il trouve à côté de son berceau, dans les auteurs mêmes de ses jours, non pas des égaux, mais des supérieurs qui ont le droit, de lui commander. C’est une autorité qui le saisit dès le premier moment de son existence et qui ne le quittera plus désormais. Jamais, à aucun âge de sa vie, il ne deviendra l’égal de son père ou de sa mère, jamais ses droits n’équivaudront aux leurs. Entre eux et lui, il y aura toujours un lien de dépendance et de subordination, qui, formé par la nature elle-même, est indissoluble.

Ce lien pourra se détendre avec les années, à mesure que l’intelligence et la volonté auront moins besoin de guide et de frein, il arrivera un moment où l’enfant, devenu homme fait, devra entrer à son tour en possession de sa liberté, mais alors même que la soumission filiale aura perdu de sa rigueur primitive, par suite du choix volontaire d’une condition personnelle, il en restera toujours ce mélange de respect et d’amour, de déférence et d’honneur, qui est comme une seconde obéissance, adoucie et prolongée, aux ordres succéderont les avertissements et les conseils, d’autant plus dignes d’être écoutés qu’ils ont pour eux l’expérience de la vie, et enfin, il y aura, dans la famille réunie autour de son chef, une heure solennelle où, en face de la mort, le commandement d’autrefois reparaitra sous la forme la plus auguste, celle d’une volonté dernière, sainte et sacrée pour tous, et qui sera l’exercice suprême de l’autorité paternelle.

Nos Très Chers Frères ! Il n’est rien de comparable sur la terre, dans l’ordre naturel. L’idée de pouvoir se confond tellement avec elle, que, dans la langue humaine, les mots Autorité et Paternité expriment la même pensée et dérivent de la même source. À ce nom de Père répond chez tous les hommes le plus haut sentiment du respect, car c’est le nom même, le nom touchant et mystérieux de la puissance; c’est le plus grand nom qui puisse couronner le front de l’homme ici-bas, et cette couronne c’est Dieu lui-même qui la pose sur la tête de qui la porte, suivant cette parole de l’Apôtre :

« C’est du Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ que toute paternité tire son nom dans les cieux et sur la terre… »

Aussi, la langue chrétienne n’a-t-elle pu mieux faire que d’emprunter à la famille le nom qui désigne le pouvoir spirituel, et c’est du titre de Père que nous saluons le plus haut représentant de l’autorité divine dans le règne des âmes. Par où l’on voit combien digne de vénération est cette puissance du foyer domestique, qui prête ainsi son nom et sert d’image à toutes les autres, qui participe à la fois de la royauté, par le gouvernement dont elle tient les rênes, du sacerdoce, par la charge d’âmes qu’elle remplit, et de la divinité elle-même, qui l’associe à son œuvre et la fait entrer en partage du plus souverain de ses attributs.

Ici, du moins, la nature s’est montrée plus forte que l’orgueil et les passions. L’autorité paternelle a pu être affaiblie, mais non détruite : c’est le seul sceptre que les révolutions ne soient pas parvenues à briser, la seule majesté de la terre devant laquelle s’inclinent encore ceux-là mêmes qui refusent d’en reconnaître une autre. Assurément, comme toute autorité humaine, l’autorité du chef de famille peut excéder ses limites et abuser de ses droits.

Dans les siècles païens, on avait vu des législations barbares l’exagérer au point de lui attribuer le droit de vie et de mort. Sur ce point comme sur tant d’autres, il était réservé au christianisme de ramener toutes choses à la mesure du vrai et du juste. Ni faiblesse ni dureté : c’est dans ces deux mots que l’Evangile résume l’exercice légitime du pouvoir domestique. En même temps que l’Apôtre rappelle aux enfants « que c’est pour eux un devoir de justice d’obéir à leurs parents en ce qui est selon le Seigneur », il dit aux pères : « Et vous, ne provoquez pas vos enfants à la colère, mais ayez soin de bien les élever en les instruisant et en les corrigeant selon le Seigneur »

Sous l’influence de ces doctrines, et plus encore sous l’impression des vertus qu’elles ont fait naitre, la puissance paternelle est devenue dans la famille chrétienne ce qu’elle est restée depuis dix-huit siècles, une puissance toute de justice et d’amour, tempérant par la bonté de cœur les sévérités du commandement, défendue contre l’arbitraire par le sentiment du devoir non moins que par les mœurs publiques, d’autant mieux respectée que les lois civiles s’appliquaient davantage à la maintenir pleine et entière, se posant des limites à elle-même dans le plus désintéressé de tous les dévouements, sans autre souci que de transmettre intact l’héritage reçu : puissance traditionnelle, se communiquant de père en fils à travers toutes les vicissitudes de l’histoire, toujours ancienne dans son éternelle jeunesse, au point que pour désigner cette royauté intime du foyer domestique, telle que le christianisme l’avait refaite, il fallait chercher dans l’âge patriarcal un nom propre à exprimer tant d’obéissance, d’une part, et, de l’autre, tant de grandeur et d’autorité.

Cédons-nous à de vaines alarmes, Nos Très Chers Frères, en exprimant la crainte que cette autorité tutélaire, elle aussi, n’ait perdu parmi nous de ce prestige dont les lois divines et humaines l’avaient environnée ? Que de fois n’avons-nous pas recueilli de votre propre bouche cet aveu pénible, que l’esprit d’indépendance a relâché jusqu’aux liens de la plus naturelle et de la plus nécessaire de toutes les subordinations ? Sans parler de ces révoltes ouvertes dont le scandale vient trop souvent nous attrister, les résistances à la volonté paternelle, devenues de plus en plus fréquentes, ne témoignent-elles pas d’un respect qui va s’affaiblissant de jour en jour ?

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Une obéissance prompte et joyeuse vous rend-elle le commandement facile ? Est-il rare de voir des enfants traiter pour ainsi dire, d’égal à égal avec leurs parents, leur dicter des conditions avec l’assurance hautaine d’une jeunesse inexpérimentée, s’arroger comme un droit ce qui n’est qu’un bienfait ou revendiquer comme une dette de ce qui n’est qu’un don, ne tirer parti des avantages de la fortune que pour se dispenser d’y rien ajouter par leur propre mérite, et, au lieu de se créer un nouveau titre à l’héritage paternel par le travail et la vertu, attendre, dans une oisiveté coupable, le moment de jouir sans peine d’un patrimoine longtemps désiré et souvent dissipe à l’avance ?

Déplorables résultats de cette altération toujours croissante des vrais principes sur lesquels repose la divine hiérarchie de la famille…

Source : Les œuvres de Mgr Freppel Tome IV – Abbé Douillard – 1893

Publié par Napo

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