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L’enseignement religieux et moral forme la base de toute vraie civilisation

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La société elle-même, si elle ne repose pas sur certaines vérités fondamentales admises et pratiquées par les masses, la société est sans cesse menacée, non seulement dans sa prospérité, mais jusque dans son existence.

Ceci est particulièrement vrai dans les temps troublés où nous vivons. V. Hugo lui-même le déclarait, le 15 janvier 1850, à l’Assemblée nationale :

« L’enseignement religieux est, selon moi, plus nécessaire aujourd’hui que jamais. Plus l’homme grandit, plus il doit croire. Il y a un malheur dans notre temps, je dirais presque qu’il n’y a qu’un malheur. C’est une certaine tendance à tout mettre dans cette vie. En donnant.à l’homme pour fin et pour but la vie terrestre, la vie matérielle, on aggrave toutes les misères par la négation qui est au bout : on ajoute à l’accablement du malheureux le poids insupportable du néant, et de ce qui n’est que la souffrance, c’est-à-dire une loi de Dieu, on fait le désespoir, c’est-à-dire la loi de l’enfer.

De là de profondes convulsions sociales. Certes, je suis de ceux qui désirent améliorer dans cette vie le sort matériel de ceux qui souffrent, mais je n’oublie pas que la première des améliorations, c’est de leur donner l’espérance. Combien s’amoindrissent nos misères finies, quand il s’y mêle une espérance infinie. Notre devoir à tous, législateurs, évêques, prêtres, écrivains, c’est… de faire lever toutes les têtes vers le ciel, de diriger toutes les âmes, de tourner toutes les attentes vers une vie ultérieure où justice sera faite et où justice sera rendue. Disons-le bien haut : personne n’aura injustement et inutilement souffert.

Ne l’oublions pas, et enseignons-le à tous : il n’y aurait aucune dignité à vivre, si nous devions mourir tout entiers. Ce qui allège le labeur, ce qui sanctifie le travail, ce qui rend l’homme fort, bon, sage, patient, bienveillant, juste, à la fois humble et grand, digne de l’intelligence, digne de la liberté, c’est d’avoir devant soi la perpétuelle vision d’un monde meilleur, rayonnant à travers les ténèbres de cette vie. »

Il est toutefois des hommes qui pensent autrement : s’aveuglant eux-mêmes, ils n’imaginent de salut pour les peuples que dans les connaissances humaines, dans la diffusion des sciences et des lettres. Eh bien ! s’ils sont de bonne foi, ils doivent reconnaître que, même sur ce terrain, l’Église a mérité toute la reconnaissance des amis du peuple. Il n’est pas, en effet, de fait historique plus solidement établi que celui de la sollicitude de l’Église pour l’instruction des masses.

Et d’abord, on ne peut nier que la prédication évangélique soit un instrument d’une efficacité merveilleuse pour la culture intellectuelle des peuples. Or, cette prédication est essentielle à l’Église. L’Esprit du Seigneur, disait Jésus, m’a envoyé pour évangéliser les pauvres (S. Luc IV, 18); aussi sa vie apostolique fut une prédication continuelle aux multitudes. À son exemple, ses disciples parcoururent la terre en annonçant la vérité qui éclaire et qui purifie.

« Fuyez, disait J.-J. Rousseau lui-même, fuyez ceux qui, sous prétexte d’expliquer la nature, sèment dans les cœurs de désolantes doctrines. Renversant, détruisant, foulant aux pieds tout ce que les hommes respectent, ils ôtent aux affligés la dernière consolation de leurs misères, aux puissants et aux riches les seuls freins de leurs passions, ils arrachent du fond des cœurs les remords du crime, l’espoir de la vertu, et se vantent encore d’être des bienfaiteurs du genre humain. Jamais, disent-ils, la vérité n’est nuisible aux hommes. Je le crois comme eux et c’est, à mon avis, une grande preuve que ce qu’ils enseignent n’est pas la vérité. »

« Malheur à moi si je n’évangélise, » s’écrie l’Apôtre des nations. La connaissance des vérités religieuses qu’enseigne l’Église constitue, par elle-même, le plus riche trésor de l’intelligence. On a dit avec raison que le catéchisme est la philosophie du peuple. Théodore Jouffroy, un des représentants de la philosophie incrédule, n’a pu s’empêcher de le reconnaître. Voici ce qu’il disait à son nombreux auditoire de la Sorbonne, en parlant du résumé de la doctrine catholique :

« II y a un petit livre qu’on fait apprendre aux enfants et sur lequel on les interroge à l’église, lisez ce petit livre, qui est le catéchisme, vous y trouverez une solution de toutes les questions que j’ai posées, de toutes sans exception. Demandez au chrétien d’où vient l’espèce humaine, il le sait, où elle va, il le sait, comment elle va, il le sait.

Demandez à ce pauvre enfant pourquoi il est ici-bas, ce qu’il deviendra après sa mort, il vous fera une réponse sublime, qu’il ne comprendra pas, mais qui n’en est pas moins admirable. Demandez-lui comment le monde a été créé et à quelle fin, pourquoi Dieu y a mis des animaux, des plantes, comment la terre a été peuplée, si c’est par une seule famille ou par plusieurs, pourquoi les hommes parlent plusieurs langues, pourquoi ils souffrent, pourquoi ils se battent et comment tout cela finira, il le sait.

Origine du monde, origine de l’espèce, question des races, destinée de l’homme en cette vie et en l’autre, rapports de l’homme avec Dieu, devoirs de l’homme envers ses semblables, droits de l’homme sur la création, il n’ignore rien, et quand il sera grand, il n’hésitera pas davantage sur le droit naturel, sur le droit politique, sur le droit des gens, car tout cela sort, tout cela découle avec fierté, et comme de soi-même du christianisme. Voilà ce que j’appelle une grande religion : je la reconnais à ce signe, qu’elle ne laisse sans réponse aucune des questions qui intéressent l’humanité. »

Partout où l’Église à élevé un temple, elle a bâti une école. Dès les premiers siècles, une école épiscopale fut érigée dans chaque évêché. C’est ce que constatent l’anglican Bingham, dans son livre célèbre des Antiquités ecclésiastique, le docte Thomassin, dans son ouvrage plus connu encore de l’Ancienne et Nouvelle discipline de l’Église, Launoi, Lingard, Louis Nardi et une foule d’autres. Les savants bénédictins auteurs de l’Histoire littéraire de la France, disent, en rendant compte de l’état des lettres dans les Gaules aux premiers siècles :

« Autant il se formait d’églises particulières, autant il s’établissait d’écoles chrétiennes. »

Et lorsqu’ils racontent comment, au VIᵉ siècle, « l’Église et l’Ordre monastique furent les ports où l’on sauva les débris des lettres et des sciences dans leur naufrage », ils ajoutent :

« Les églises cathédrales avaient encore leurs écoles, où persévérait la même manière d’enseigner qu’aux premiers temps. »

Rappelons-nous qu’avant le triomphe de l’Église sous Constantin, les églises paroissiales n’existaient pas : il n’y avait alors que des évêchés, c’était l’évêque qui, aidé de quelques prêtres soumis à sa juridiction, gouvernait directement son troupeau naissant. Plus tard, lorsque les diocèses furent divisés en paroisses, les écoles paroissiales s’ajoutèrent aux écoles épiscopales. Dans son travail érudit sur L’instruction primaire en France avant la révolution, M. Alain fait justement remarquer que « L’Histoire de l’instruction à tous les degrés, dans le haut Moyen Âge, est uniquement celle des efforts tentés par l’Église pour conserver les sciences et sauver la civilisation menacée. Du Vᵉ au XIIᵉ siècle, le clergé seul s’occupe des choses de l’enseignement. »

Qu’on ouvre une Collection des conciles : on verra ces doctes et saintes assemblées se préoccuper de la question de l’enseignement, et la recommander à la sollicitude éclairée des pasteurs des âmes. Dès le VIᵉ siècle, le concile de Vaison invoque l’exemple déjà ancien de l’Italie, pour remettre en mémoire des prêtres des Gaules l’obligation rigoureuse où ils sont d’élever et d’instruire la jeunesse. Une foule d’autres conciles, par exemple, celui d’Aix-la-Chapelle en 789, de Thionville en 805, de Mayence en 813, de Rome en 826, de Paris en 829, de Valence en 855, s’expriment en des termes analogues.

La pensée de l’Église est tout entière dans ce 28ᵉ canon du 3ᵉ concile œcuménique de Latran, tenu en 1178 :

« L’Église de Dieu, comme une pieuse mère, est tenue de veiller à ce que les pauvres qui ne trouvent pas dans la fortune de leurs parents des ressources suffisantes, ne soient pas pour cela privés de la facilité d’apprendre, et de faire des progrès dans les lettres et les sciences. C’est pourquoi nous ordonnons que, dans toutes les églises cathédrales, on pourvoie d’un bénéfice convenable un maître, qui soit chargé d’enseigner gratuitement les clercs de cette église et tous les écoliers pauvres. »

Les évêques et les personnages dévoués à l’Église étaient animés du même esprit, et secondaient ses efforts. Au VIIIᵉ siècle, Théodulf, évêque d’Orléans, aimé de Charlemagne pour son savoir et ses vertus, porta le décret suivant, reproduit mot pour mot dans les règlements ecclésiastiques de l’Angleterre à cette époque :

« Que les prêtres tiennent des écoles dans les bourgs et les campagnes, et si quelqu’un des fidèles veut leur confier ses petits enfants, pour leur faire étudier les lettres, qu’ils ne refusent point de les recevoir et de les instruire, mais qu’au contraire, ils les enseignent avec une parfaite charité. Et qu’en instruisant les enfants, ils n’exigent aucun salaire et ne reçoivent rien, excepté ce que les parents leur offriront volontairement par affection et par reconnaissance. »

La sollicitude de Charlemagne pour l’enseignement est assez connue. L’Abbé de Fontenelle, Anségise, écrit dans son recueil des capitulaires du grand empereur chrétien :

« Charles voulut qu’il y eût des écoles dans tous les monastères et dans tous les évêchés, afin que les enfants des hommes libres, aussi bien que ceux des serfs, y apprissent la grammaire, la musique et le calcul. »

Les choses se passaient en Allemagne comme en France. Dans un écrit sur « L’instruction populaire dans l’Allemagne du Nord », M. E. Rendu, inspecteur général de l’Université en France, s’exprime en ces termes, en parlant des temps qui précédèrent la Réforme :

« Le catholicisme avait peuplé l’Allemagne d’écoles populaires, comme le reste de l’Europe, il avait voulu que le clergé appelât à ses écoles les fils des serfs, comme ceux des hommes libres, que tout prêtre ayant charge d’âmes donnât l’instruction ou par lui-même ou par un clerc, que les évêques, dans leurs tournées, prissent soin de faire construire des écoles là où il n’en existait point, que le curé de chaque paroisse offrît aux pauvres l’enseignement gratuit.

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Le catholicisme avait fait plus : devançant la pensée de J.-B. de la Salle, les disciples de Gérard van Groote enseignaient aux enfants pauvres la lecture, l’écriture, la religion et quelques arts mécaniques. Des Pays-Bas, où ils étaient nés, ces frères du XIVe siècle avaient porté les lumières de leur charité sur les deux rives du Rhin, en Wesphalie, en Saxe, en Poméranie, en Prusse et en Silésie.

En même temps, les monastères de femmes avaient donné aux jeunes filles du peuple des institutrices, que la Réforme devait leur enlever… Ainsi le catholicisme avait posé la pierre angulaire de l’enseignement, pour le peuple comme pour les lettrés. »

Après ce que nous venons de dire, il n’est pas étonnant qu’au XVI e siècle, le Concile de Trente n’ait rien trouvé à changer dans l’œuvre de l’enseignement du peuple, et qu’il se soit contenté de lui donner son couronnement, par la création des petits séminaires.

Source : Cours d’Apologétique chrétienne – P. W. Devivier S. J. – 1907

Publié par Napo

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