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Quelques faits historiques sur la chouannerie et la république

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Quelques faits historiques sur la chouannerie et la république
Quelques faits historiques sur la chouannerie et la république

Retrouvez tous les faits historiques sur la chouannerie et les différentes guerres contre la république de France.

Le combat du bourg de Gennes

Le 20 septembre 1799, M. de la Nougaret revenant, avec la légion royaliste de Vitré, de faire une incursion du côté de Pouancé, arriva vers le soir à Gennes.

Ses hommes se logèrent tant dans le bourg que dans les villages voisins. Ils reçurent lʼordre, en cas dʼattaque, de se réunir à la Fauconnerie. M. de la Nougaret et les officiers composant son état-major sʼinstallèrent dans la maison de M. Mouézy. Un poste de garde, commandé par le sieur Piquet, de la compagnie de Saint-MʼHervé, fut établi dans une maison voisine.

Le lendemain matin, au lever du jour, le citoyen Vallerays, de Châteaugiron, qui, à la tête dʼune colonne de 700 à 800 hommes, suivait les chouans depuis deux jours, fit irruption par le haut du bourg et arriva jusquʼau poste sans être vu ni entendu.

Le combat sʼengagea aussitôt. Des coups de fusils furent échangés à bout portant. Une fois les armes déchargées, on ne prit pas le temps de les recharger et lʼon se battit corps-à-corps à lʼarme blanche. Ce fut une véritable boucherie ; comme de part et dʼautre on ne voulait pas faire de prisonnier, le sang coula à flots. Vallerays fut effrayé dʼun pareil carnage et commença à battre en retraite.

Beaucoup de soldats royalistes réveillés par la fusillade sʼétaient sauvés des maisons par les jardins. Ceux logés dans les villages avaient hésité à se rendre à la Fauconnerie, de sorte que la débandade fut complète. Quarante chouans arrivèrent du château de la Motte au moment où Vallerays battait en retraite. Ils ranimèrent le courage des leurs, rallièrent ceux des villages voisins, et tous se mirent à la poursuite des républicains. Ces derniers, fatigués de la lutte, se sauvèrent à travers champs.

La bataille d’Argentré

Le dimanche 4 août 1799, le général Roulan, commandant les troupes républicaines de Vitré, fit une sortie dans les campagnes à la tête dʼune colonne de troupes de ligne et de la compagnie de la garde nationale mobile.

Arrivé au bourg dʼArgentré, le général plaça des postes et permit à ses hommes de se reposer. Au même instant le 2e bataillon des royalistes sʼapprocha du bourg, à lʼoccident, et un nommé Joseph Mercier, commandant la compagnie de Pocé, vint attaquer les républicains. Le général Roulan fit battre le rappel et dirigea ses troupes vers le chemin dʼoù venait lʼattaque. Il les fit mettre par pelotons, en colonne serrée, de façon à remplir la largeur du chemin, puis ordonna une charge au pas de course à la baïonnette.

Mercier et ses hommes battirent en retraite jusquʼau détour du chemin, et allèrent se cacher derrière un fossé avec toute la compagnie de Pocé, pendant que le surplus du bataillon royaliste tournait le bourg, vers le nord, sans être aperçu.

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Les soldats du général républicain, arrivés près du fossé où était embusquée la compagnie de Pocé, reçurent une décharge à bout portant qui en tua un certain nombre, et un feu bien nourri de la part des royalistes acheva de mettre le désordre dans leurs rangs.

Au même instant la seconde partie du bataillon des royalistes ayant traversé les jardins, au nord du bourg, vint les surprendre par derrière et achever leur déroute. Les malheureux soldats pris ainsi de tous côtés se réfugièrent dans quelques maisons, et notamment dans celle de M. Rochelle où ils cherchèrent à se défendre par les croisées. Mais M. de la Nougaret, qui commandait le premier bataillon des royalistes, arriva par le chemin de la Fauconnerie, entra dans le haut du bourg et mit en déroute complète les soldats républicains qui se sauvèrent par les jardins du côté du midi.

Le général Roulan, pour ne pas être fait prisonnier, se vit obligé dʼabandonner son cheval ainsi quʼun sac de cartouches les quelques cavaliers qui lui servaient dʼescorte firent comme lui et abandonnèrent leurs montures.

M. de la Nougaret voyant les républicains dispersés, lança ses hommes à leur poursuite pour les empêcher de se rallier. Il détacha aussi plusieurs compagnies vers le bourg dʼEstrelles et la route de la Guerche, afin de les empêcher de rentrer à Vitré.

Il faut ajouter à la louange de ce royaliste, quʼil défendit à ses hommes de tirer les fuyards, mais leur donna lʼordre de les désarmer. Très peu de soldats purent rentrer armés. Ceux qui furent découverts dans les maisons du bourg dʼArgentré rendirent leurs armes et sʼen allèrent tranquillement. Quant aux blessés, les royalistes allèrent les relever sur le champ de bataille, leur donnèrent les premiers soins, et un détachement, commandé par le lieutenant Lépinay, les conduisit dans des charrettes jusquʼà la barrière de la rue Hellerie à Vitré, où ils furent reçus par le commandant de la place.

Les royalistes s’emparent d’un fourgon de l’état contenant 500 000 francs

Au mois de juin 1799, M. de Nougaret ayant été informé quʼune somme considérable dʼargent, appartenant au gouvernement, était envoyée de Paris à Rennes, résolut de sʼen emparer.

Se cachant sous le nom dʼAchille le Brun, il recruta 30 à 40 royalistes des environs de Vitré et, tous bien armés, allèrent le 23 juin attendre le fourgon qui, leur avait-on dit, venait de dépasser Vitré. Ils se postèrent en embuscade dans une châtaigneraie située au nord de la route, près de la Besnardière, en deçà de Saint-Jean-sur-Vilaine.

Lorsque le fourgon arriva à leur portée, escorté par des gardes nationaux de Vitré et des gendarmes, le chef des royalistes ordonna à ses hommes de faire feu sur les chevaux conduisant le véhicule. Lʼescorte fut tellement surprise et effrayée de cette attaque soudaine, en temps de paix, quʼelle ne songea même pas à se défendre et prit la fuite. M. de Nougaret nʼeut aucune peine à sʼemparer des 500 000 francs qui se trouvaient dans le fourgon et qui étaient en monnaie dʼargent nouvellement frappée. Aucun homme de lʼescorte ne fut blessé.

Voitures publiques attaquées par les Chouans

Le 26 juillet 1799, les jeunes gens de Vitré compromis comme royalistes quittèrent la ville et sʼen allèrent rejoindre les habitants des campagnes qui se trouvaient dans la même situation quʼeux. Tous reprirent leur ancienne organisation par bataillons et compagnies de paroisses, sous les ordres de M. de la Nougaret, qui continuait à se faire appeler Achille le Brun. Bien quʼils ne fussent armés que de mauvais fusils de chasse et même de bâtons, leur chef les conduisit dès le lendemain en embuscade sur la route de Laval.

Là, ils cernèrent un détachement dʼenviron 100 hommes de troupe de ligne qui escortait une voiture publique. Les soldats commandés par un sergent, venaient dʼêtre levé et annexés à un régiment. Comme ils nʼavaient jamais appris le maniement des armes, les malheureux nʼessayèrent même pas de se défendre, et mirent bas les armes.

Le sergent tira un seul coup de fusil. M. de la Nougaret, après sʼêtre emparé de tout ce que contenait la voiture publique, fit servir à boire et à manger aux soldats. Il les garda jusquʼau soir à trinquer avec les paysans. Les hommes de lʼescorte, en état dʼivresse, rentrèrent à Vitré, se tenant deux à deux par le bras, chantant et criant que les royalistes étaient de bons enfants. Le 3 août suivant, une seconde embuscade de M. de la Nougaret eut lieu au même endroit, et les faits que nous venons de raconter se renouvelèrent.

La mort du Prince de Talmont

À lʼépoque de la Révolution, un juge de paix de Vitré écrivit, jour par jour, avec beaucoup dʼimpartialité, les événements de lʼarrondissement qui parvinrent à sa connaissance.

Nous avons pu nous procurer ce manuscrit dans lequel nous ferons quelques emprunts contenant des détails intimes échappés à lʼhistoire et qui ne sont pas dénués dʼintérêt. Voici ce que nous relevons dans les notes concernant lʼarrestation du prince de Talmont.

Ce prince, accablé de fatigues, de chagrins et de souffrances, après la défaite de son armée à Savenay, en abandonna les débris sur la rive gauche de la Loire. Son intention était de gagner la côte, de sʼembarquer vers lʼAngleterre où il espérait prendre quelque repos et rétablir sa santé chancelante. Accompagné de quelques hommes, sur le dévouement desquels il pouvait compter, il se hasarda à repasser secrètement la Loire à traverser un pays quʼil ne connaissait pas, coupé par des cours dʼeau, couvert de bois et de forêts.

M. de Talmont se dirigea vers la forêt du Pertre, en Ille-et-Vilaine, où il comptait trouver M. de Puisaye et M. de La Haye, ainsi que dʼautres gentilshommes avec lesquels il avait eu des relations, et quʼil savait y être cachés dans les loges établies, par eux, au plus profond des bois. Mais peu de temps avant son arrivée, ces loges avaient été découvertes par les républicains. Quatre à cinq des amis de M. de la Puisaye avaient été tués et les autres sʼétait sauvés abandonnant la forêt.

Cependant, quelques paysans royalistes y étaient revenus, et sʼy trouvaient encore cachés lors de lʼarrivée du prince, qui eut lieu le 24 décembre 1793. Celui-ci était en uniforme de hussard et accompagné de six hommes qui lʼavaient suivi. Il se fit reconnaître, et aussitôt les paysans purent réunir 72 hommes pour le recevoir et lui faire une petite garde.

Les loges étaient bien misérables : il nʼy avait plus quʼune mauvaise table, et par terre de la paille et des genêts pour se coucher. Comme le froid était excessif, on alluma du feu. Le prince, extrêmement fatigué et malade, éprouva le besoin de pendre quelque nourriture. Apercevant un pain noir sur la table, il prit un morceau quʼil mangea après du feu. Les paysans allèrent lui chercher un lit dans un village voisin, ainsi que quelques aliments pour lui et ses hommes.

Le lendemain 25 décembre, lʼarmée du Nord arrivait à Vitré et passait près de la forêt, ce qui obligea le prince à rester caché pendant deux ou trois jours, fort inquiet sur la route quʼil devait suivre pour gagner la côte, en parcourant une contrée remplie de troupes républicaines. Son cheval était fourbu et ne pouvait plus le porter. Il en fit acheter un dans les environs, et pour se déguiser, il revêtit les vêtements de noce dʼun paysan.


M. Boursier, prêtre de la paroisse de Princé, se trouvant dans le voisinage de la forêt, et ayant entendu parler de lʼarrivée du prince de Talmont, sʼen vint lui rendre visite. En le voyant aussi souffrant, il lui proposa de lʼemmener à Princé. Le prince accepta et, dans la crainte dʼéveiller les soupçons, ne prit avec lui quʼun seul domestique, laissant ses cinq autres compagnons de voyage dans la forêt du Pertre.


Il coucha chez M. Boursier qui, le lendemain, chargea un sieur Denancé, ancien juge de paix, de le conduire du côté de Fougères. Tous les deux furent reconnus, dénoncés et arrêtés, la nuit, au Pont-au-Guérin. Ils étaient couchés dans le même lit. On conduisit le prince à Fougères, devant le général Beaufort, auquel il dit :

– Oui, je suis le prince de Talmont, soixante-huit combats contre les républicains mʼont familiarisé avec la mort ; je lʼattends sans crainte.

On lʼenvoya à Rennes, devant le représentant Esnue la Vallée, qui, lui coupant la parole dans un de ses interrogatoires, lui crie :

– Je suis patriote et tu es un aristocrate.
– Tu fais ton métier et moi mon devoir, répondit le prince.

Transféré à Vitré, devant une commission militaire en permanence, il y arriva le 26 janvier 1794, à la brune. Une partie de la garnison prit les armes pour conduire le prisonnier. Vers dix heures du soir, il fut condamné à être guillotiné à Laval, sur la place publique devant son château.


Le lendemain matin à huit heures, le prince monta dans une voiture, escortée seulement de 25 hommes de cavalerie chargés de la conduire à Laval. Toujours très malade, il sʼévanouit au sortir de la ville, et force fut dʼarrêter un instant la voiture pour lui donner des soins. On supposait à Vitré, quʼil aurait été délivré aux environs de la Gravelle, mais il nʼen fut rien. On nommait même deux personnes qui avaient eu mission de le faire et qui en avaient le pouvoir. Lʼexécution du prince de Talmont, fils du duc de la Trémouille, ancien seigneur de Laval et de Vitré, eut lieu à Laval, le 27 janvier 1794, en face de lʼentrée principale du château que ses ancêtres avaient si longtemps occupé.

Sa tête, mise au bout dʼune pique, fut ensuite promenée dans les rues de la ville et posée, plus tard, sur une des portes de Laval. Antoine-Philippe de la Trémouille, prince de Talmont, avait alors 28 ans. Dʼune taille élevée, dʼune charmante figure et dʼune distinction extrême, il se recommandait surtout aux soldats par ses manières affables, qui dénotaient à la fois le commandement et la valeur.

La guillotine de Rennes

En 1793, la guillotine était en permanence à Rennes sur la place dʼArmes, appelée de nos jours place de lʼhôtel de ville.

En voici la preuve

Un jugement du tribunal criminel de Rennes, du 25 mars 1793, condamne :

« Jules Échelard, de la paroisse de Gévezé, à la peine de mort, comme convaincu dʼassassinat par suite dʼattroupement à main armée et avec sédition en la personne du citoyen Pierre-Georges Moreau, curé de Parthenay. »

Ce jugement ordonne en outre :

« que l’exécution sera faite dans les 24 heures, sur la place dʼArmes de cette ville, où lʼéchafaud et lʼinstrument de supplice seront en permanence jusquʼà ce quʼil en soit autrement statué ».

Signé : « Bouaissier, président ; Blot, Le Baron et Turin, juges. »


Leperdit, maire de Rennes, affligé dʼavoir sous les yeux lʼaffreux spectacle des exécutions et de voir le sang des suppliciés former des mares devant la mairie, sʼen alla trouver Carrier, pour lui dire que lʼéchafaud serait mieux sur la place de lʼEgalité, (actuellement place du Palais), dressé au-dessus dʼun soupirail dans lequel le sang pourrait couler et disparaître. Il obtint ce quʼil désirait.

Une fois installée sur la place de lʼEgalité, la guillotine fonctionna tous les jours, excepté cependant les jours de décades. Les malheureux condamnés, les mains attachées derrière le dos, étaient amenés au pied de lʼéchafaud comme des moutons que lʼon conduit à lʼabattoir.

Émigrés, suspects, prêtres, religieuses, réfractaires et chouans arrivaient à la suite les uns des autres. Leur nombre était considérable, puisque lʼhistoire nous apprend que 377 têtes tombèrent dans lʼespace de vendémiaire an II à thermidor (chute de Robespierre). Par suite dʼune contestation entre le citoyen chargé des sépultures et ses aides, les corps des suppliciés restèrent nus quatre jours entiers au pied de la guillotine. (Registre des délibérations du 25 ventôse an II).

Le soldat de Vern

Un jour, on vit arriver au pied de la guillotine, au milieu de vieillards et de femmes, un beau jeune gars de dix-huit ans, qui semblait regretter de mourir si tôt. Un racoleur qui lʼexaminait depuis un instant sʼapprocha et lui dit :

– Consentirais-tu à servir dans lʼarmée républicaine ?
– Bien volontiers, attendu que jʼai servi parmi les chouans, cʼétait bien malgré moi.
– Comment tʼappelles-tu ?
– Aubry.
– Dʼoù es-tu ?
– De Vern.

Le racoleur sʼempressa de remplir, séance tenante, un imprimé quʼil avait sur lui et le remit au jeune homme.

– Voici ta feuille de route.

Tu vas partir à lʼinstant pour Saint-Malo. Le condamné ne se le fit pas dire deux fois et s’empressa de décamper.

Voici son histoire :
Aubry remplissait les doubles fonctions de sacristain et de chantre à lʼéglise de Vern, lorsquʼil fut surpris dans la campagne par des chouans qui occupaient les bois de Seuves dans cette paroisse. Ceux-ci sʼemparèrent du jeune homme et lʼobligèrent à faire le coup de feu avec eux. Aubry les suivit à regret, et quelque temps après fut fait prisonnier par les bleus et condamné à être guillotiné. Nous avons vu comment il avait échappé à la mort, et nous avons assisté à son départ pour Saint-Malo. Le jeune soldat se conduisit bravement. Il assista à une partie des batailles de la République et de lʼEmpire ; il était sergent-major lorsquʼil fut grièvement blessé à Marengo. Il revint à Rennes et entra dans lʼadministration municipale. Il est mort receveur des octrois de cette ville.

Le citoyen Poirier dans une barrique

Il existait au village de Chantrinquant, dans la paroisse de Bais, un fermier du nom de Poirier, qui passait pour un pataud, et qui était lʼobjet de toutes sortes de vexations de la part des chouans.

Un jour que ceux-ci étaient réunis au nombre de 1000 à 1200, armés les uns de mauvais fusils, les autres de faux, de fourches, de bâtons, ils résolurent dʼaller assiéger la demeure de Poirier. Ils avaient à leur tête le marquis de Piré.

Le fermier en fut informé. Il barricada tout chez lui et se réfugia dans une barrique, plaçant devant lui la tuile à galettes, large et épaisse plaque de fer, qui le préserva des projectiles. Armé dʼun fusil, il tira quatre coups sur les assaillants et en tua quatre.

Le bruit des armes à feu donna lʼalarme, le tocsin sonna et les gardes territoriaux arrivèrent au secours de Poirier. Les gardes territoriaux étaient la terreur des royalistes pour la raison quʼils ne faisaient pas de prisonniers et fusillaient les blancs chaque fois quʼils sʼen emparaient. Ils étaient habillés de bleu et avaient comme armes dʼassez bons mousquetons.

Un combat eut lieu dans la cour de la ferme, mais les chouans lâchèrent pied, abandonnant leur commandant qui ne dut son salut quʼà sa bravoure.

Le marquis de Piré fut elle tellement indigné de se voir abandonné quʼil donna sa démission, se rallia plus tard à lʼEmpire, et devint général dans les armées de Napoléon Ier.

Autres Martyrs

On se souvient encore à Châtillon-sur-Seiche, des noms de trois fermiers : Baratte, Logeais et Bazin qui, pendant la tourmente révolutionnaire, cachèrent chez eux un prêtre non assermenté appelé M. Crosson.

Pour éviter de prononcer son nom, ils le désignaient quand ils lui parlaient, ou quand il était question de lui entre eux, par le mot Tonton qui, dans notre patois, veut dire « mon oncle. » « Nous aurons demain la visite de Tonton, disaient-ils, il faut cuire de la galette car il déjeunera sans doute avec nous. »


Une lettre adressée à cet ecclésiastique tomba malheureusement entre les mains dʼun traître qui le dénonça. Des soldats le guettèrent et parvinrent à sʼemparer de lui. Ils tirèrent un coup de fusil pour prévenir les leurs ; ceux-ci accoururent, saisirent lʼinfortuné prêtre par les cheveux, le traînèrent dans un pré et le fusillèrent.

Le matin de sa mort, il se promenait dans la campagne avec la fermière Bazin. Lui, ordinairement très causeur, se taisait.
– Quʼavez-vous donc ? lui demanda la fermière, vous paraissez tout
soucieux.
– Jʼai le pressentiment que ma fin est proche.
-Ah ! par exemple, répliqua la femme, pouvez-vous nous dire cela, Tonton : le pays est tranquille depuis quelques semaines et personne ne semble sʼinquiéter de vous.


Trois heures plus tard, il était fusillé. Les paysans qui lui donnèrent lʼhospitalité furent arrêtés et conduits à Rennes, à la tour Le Bast. Baratte mourut en prison et les deux autres revinrent chez eux après avoir subi plusieurs mois de captivité.

Un autre prêtre vint le remplacer qui, lui, chercha un abri dans une excavation, sorte de grotte naturelle, sous les racines dʼun vieil arbre, sur les bords de la petite rivière de la Seiche. Il y fut découvert et arrêté. Les bleus le fusillèrent également dans les prés Pruneaux, en face le village de Châtillon, dans la paroisse de Bruz.


Un troisième martyr vint habiter la chambre dʼune maison de paysan, situé au village de Pierrefitte, en Bruz. Il rayonnait dans tous les environs pour porter les secours de la religion aux malades qui réclamaient des prières à leur dernière heure. Lorsquʼil se voyait espionné ou suivi, un charretier lui passait bien vite son fouet et sa blouse, et à partir de ce moment, cʼétait le prêtre qui conduisait lʼattelage.

Dʼautres fois, il rentrait précipitamment dans un champs, se salissait les mains avec de la terre, et se mettait lui-même à conduire la charrue, pendant que le laboureur aiguillonnait les bœufs à la place dʼun enfant qui allait se reposer dans un fossé. Ses vêtements sacerdotaux étaient cachés dans un cellier sous une cuve tournée adens, cʼest-à-dire, sens dessus dessous, à la ferme de la Barre. Des fagots, de la paille, des instruments aratoires ne permettaient pas dʼapprocher facilement de cette cuve.

Ce fut, dans ce cellier, pendant une grande partie de la révolution, que lʼabbé dit la messe, maria la jeunesse et baptisa ses enfants. Hélas ! malgré sa prévoyance et ses ruses, il fut dénoncé, et le dimanche de la Pentecôte, pendant quʼil disait la messe, dans le bois de Chancor, il reçut une balle en pleine poitrine au moment de lʼélévation.

La maison de Pierrefitte, aujourdʼhui abattue, et où se trouvait lʼhumble chambre du défunt prêtre était habitée au commencement du siècle dernier par un sieur Porcher. Le petit-fils de ce dernier mʼa raconté ce qui précède, et mʼa affirmé que pendant longtemps, son grand-père ne put pénétrer le soir, après le coucher du soleil, dans la chambre du mort.

Arrivé à un détour de lʼescalier sa chandelle sʼéteignait et si, néanmoins, il voulait avancer, il se sentait repoussé par une force invisible. Porcher fit achever la messe commencée dans le bois de Chancor et, à partir de ce jour, il nʼéprouva plus aucune difficulté pour pénétrer nuitamment dans la chambre du prêtre fusillé.


On raconte, aux veillées, dans les communes du canton Sud-Ouest de Rennes, quʼun abbé, appelé Jean Larcher, chapelain du manoir noble de la Houssais, en Bruz, se réfugia, à lʼépoque révolutionnaire, à Louvignédu-Désert, son pays natal. Il fut aperçu un jour par les bleus, au village du Mont-Louvier, et fusillé dans un châtaignier dans lequel il avait grimpé.

Au-dessous de cet arbre était un rocher sur lequel le malheureux, en tombant, laissa la marque dʼune de ses mains. Cette empreinte, assure-ton, a été vue par tous les habitants du pays. Des carriers ont détruit le rocher, mais la tradition populaire en a conservé la légende.

Lʼabbé Julien Gauthier, vicaire à Châtillon-sur-Seiche, ne quitta pas sa paroisse et sʼy tint caché. Un jour, il fut surpris par une patrouille de gardes nationaux qui le cerna, sʼempara de lui et, voulut lʼemmener dans les prisons de Rennes.

Les légendes des prêtres errants réclamant des acolytes pour achever leur dernière messe sont extrêmement nombreuses. Cela tient, sans doute, à ce quʼun prêtre qui, pour un motif quelconque, interrompt sa messe après la consécration, est obligé de la faire achever par un autre ecclésiastique, lequel doit la prendre exactement à lʼendroit
où elle a été interrompue.

Sur la route, il trouva le moyen de sʼéchapper grâce à la complaisance du chef de la patrouille appelé Hurel, qui en facilita les moyens, et, qui nʼordonna à ses hommes de faire feu sur le fugitif, que lorsque celui-ci fut hors de la portée des balles

L’étang au diable sur la route de Saint Grégoire

Si les soldats de Cathelineau, animés dʼun sentiment religieux et fanatisés par la bravoure de leurs chefs, se conduisirent comme des héros, il nʼen fut pas de même des bandes de brigands qui prirent le nom de
chouans pour mieux cacher leurs crimes et avoir lʼair de défendre leur cause.


Ils mirent nos campagnes à feu et à sang. Ces voleurs de grands chemins, qui avaient pour lieutenants des misérables de la pire espèce, étaient recrutés parmi les déserteurs des armées régulières, les fainéants, les ivrognes et les gens sans aveu de tous les pays.

Nos bois en étaient infestés. Il y en avait tout autour de Rennes, et même aux portes de la ville. Lorsquʼon a dépassé le cimetière du nord, pour aller vers Saint Grégoire, on ne tarde pas à rencontrer une vallée appelée « LʼEtang au diable ».

Ce repaire de scélérats était la terreur de la partie nord de la ville de Rennes, où les misérables commettaient des atrocités de toutes sortes. Un soir, ils furent surpris par un détachement de troupes de la garnison de Rennes, qui les cerna dans un coin du bois. Sept dʼentre eux tombèrent sous les balles des soldats de la République. Comme la nuit approchait, on creusa bien vite une fosse sur le bord de lʼétang et lʼon y jeta les sept cadavres tout habillés.


Traqués dans les bois, les brigands se sauvaient dans un autre où ils retrouvaient des amis ou tout au moins des affiliés. Il y en avait, à lʼest de Rennes, dans les bois de Seuves, près de Vern : au midi, dans les bois de la Touche-Tison sur la route de Nantes ; à lʼouest, sur la lande dʼApigné.

Les Royalistes en cour d’Assises

Le 18 février 1833, au matin, une foule nombreuse stationnait devant le Palais de Justice de Rennes, attendant avec impatience lʼouverture des assises pour assister aux débats de lʼinsurrection de lʼarrondissement de Vitré.

Six accusés devaient être jugés. Soixante-cinq témoins avaient été assignés. Au nombre de ces derniers, figuraient Mme et Mlle de Châteauvieux. Le service dʼordre était assuré à lʼintérieur et à lʼextérieur du Palais, par la garde nationale et le 16e léger. Les prisonniers furent amenés par la gendarmerie.

Voici leurs noms et lʼindication des faits qui leur étaient imputés :

Tharin, connu sous le nom de Capitaine Cancan, remplissait les fonctions de payeur de la bande. Le 29 mai 1832, il prit part au combat des Bretonnières, fut membre dʼun conseil de guerre qui, dans la matinée du 30, condamna à mort un homme appelé Dubourg, soupçonné dʼespionnage ; il combattit à Touchenault et fut arrêté le 31, au moment où il cherchait à gagner le château des Escures.

Cotinet, était accusé dʼavoir assisté au combat de Touchenault, où après avoir tiré deux coups de fusil, il se sauva. Il fut arrêté le soir même, encore armé, et ajouta pour toute défense quʼil avait été emmené malgré lui.

Hervagault, sacristain de Taillis, avait pris les armes le 25 mai. Il fut lʼun de ceux qui fouillèrent à Izé la maison du maire. Il avoua, avoir passé six jours dans les landes, avoir été au combat des Bretonnières, à celui de Touchenault, mais affirma, ne pas sʼêtre servi de son fusil.

Châtelais, ancien chef de chouans, pensionné, était lieutenant. Il avait été vu, donnant des ordres, ayant sur la manche de sa veste un ruban blanc galonné dʼargent.

Orhan avait encore le bras en écharpe des suites dʼune blessure quʼil prétendait avoir reçu aux environs du champ de bataille, sans y avoir pris part. Les soldats, disait-il tiraient indistinctement sur les paysans quʼils rencontraient. « Jʼétais dans un champ, avec mes gars, quand je reçus une balle sans savoir dʼoù elle venait ». Les témoins contestaient le fait.

Chadeysson était un homme de 27 à 28 ans, fort joli garçon, avec une barbe longue et touffue qui lʼavait fait surnommer lʼhomme à la longue barbe. Il avait joué un rôle beaucoup plus important que les autres prisonniers. Ses connaissances militaires, son instruction, sa bonne mine, lui assuraient une autorité quʼon sʼétait plu dʼailleurs à lui accorder. Garde du corps avant la Révolution de 1830, il prétendait être venu à Rennes par raison dʼéconomie. La violence de ses propos attira sur lui lʼattention de la police ; il sʼen inquiéta, et disparut dans les premiers jours de mai.
Sa parole à lʼaudience était assurée, sa contenance ferme sans ostentation ; il se retrancha dans un système complet de dénégations. Des faits graves pesaient sur lui. Il avait été reconnu dans le rassemblement formé au château de Malnoë ; il fut lʼun des chefs qui, le 27 mai, reçut de M. de Courson un grade et un sabre. Il prit part à lʼaffaire des Bretonnières,
siégea le 30 dans le conseil de guerre tenu à Vergéal, vota la mort de Dubourg, et le soir même, combattait à Touchenault.

M. Bertois, maire de Vitré, raconte comment Chadeysson fut arrêté : « Jʼavais été mandé, dit-il, pour assister à une perquisition chez le fermier Leutellier. Nous nʼavions rien découvert et allions-nous retirer lorsquʼun sergent monta à lʼétage supérieur, et remarquant que les planches du parquet nʼétaient pas toutes jointes de la même façon, introduisit sa baguette dans lʼintervalle de deux qui semblaient bien moins fixées ; que lʼune ayant cédé à la pression, on lʼacheva de soulever à lʼaide dʼune baïonnette faisant levier, et lʼon mit à jour une cachette assez profonde. Au fond était couché Chadeysson, retenant fortement la planche par deux poignées tenant à lʼintérieur ».
Des papiers, trouvés dans cette cachette, ne laissèrent plus aucun doute sur la culpabilité du prisonnier. Il y avait, entre autres, la lettre suivante, écrite par Chadeysson, ce quʼil reconnut dʼailleurs, et qui était adressée à un journal dont il ne voulut pas faire connaître le titre :

« Monsieur le Rédacteur, Il ne mʼest plus permis de garder le silence sur les atroces calomnies que ne cessent de vomir contre moi certaines gens qui se targuent dʼêtre des Bretons sans en avoir les nobles sentiments. Si je les nommais, lʼopinion publique les flétrirait de son sceau réprobateur. À différentes reprises, leur orgueil a essayé de jeter ma tête au bourreau, et moi, je me tairai…, assez de victimes gémissent dans les cachots. Je me contente donc, aujourdʼhui, de protester contre leurs perfides insinuations ; en lʼaccusant moi-même, je nʼignore pas que je signe ma condamnation avec mon sang, mais au moins, je me laverai, aux yeux de ceux qui ne me connaissent pas, de lʼinfamie que de lâches ennemis voulaient imprimer sur mon front. Ils peuvent préférer la vie à lʼhonneur ; ma vie à moi, cʼest lʼhonneur.

Le Vivarais nʼaura pas à me renier. Un court exposé va mettre mes amis et mes ennemis à même de me juger : Au retour de Cherbourg, après le départ de la famille royale pour lʼexil, je revins à Paris, où, sans fortune aucune, je fus obligé de me soumettre à la loi du 30 août 1830. Jʼétais en cette position lors de mon arrivée à Rennes en décembre de la même année. Jʼavais fui le séjour de la capitale comme trop dispendieux pour un officier en demi-solde, et quelques bretons crurent voir en moi un espion ! …

Dʼoù vient-il ? Que vient-il faire ? Puis, avec la fatuité ordinaire quelques jeunes gens, lʼun de dire : Cʼest un espion ! et les autres de répondre : En effet, ce ne peut être quʼun espion ! Il ne va pas dans le monde. Jʼavais quitté Paris pour vivre plus économiquement en province ; jʼavais refusé dʼêtre présenté dans plusieurs maisons honorables de
Rennes, parce que mes modiques ressources me forçaient de mʼéloigner du monde, et jʼétais un espion !

Cela vous paraîtra inouï, M. le Rédacteur ; un jour pourtant je vaincrai votre incrédulité, en vous priant dʼinsérer dans votre estimable journal, organe de la vérité, la pièce où dʼhonorables signatures attestent de ce fait et bien dʼautres, du même genre, et tout aussi fondés. Six mois et demi sous le poids de cet odieux soupçon ; jʼignore en quoi ma conduite put éveiller la susceptibilité de la police rennaise ; à coup sûr, je nʼavais commis ni vol, ni assassinat. Jʼavais peut-être, avec toute ma franchise méridionale, manifesté mes opinions Henriquinquistes et je ne me défendais pas. Toujours est-il que le 16 juillet 1831, M. de Miniac, commissaire de police, étant venu sʼinformer de moi à ma demeure, rue aux foulons n° 24, je crus prudent de mʼéloigner de la ville pour nʼêtre point jeté dans les prisons du juste-milieu, qui ne regarde pas de si près à la liberté individuelle.

Et le 28 juillet, jʼadressais à M. le Ministre de la Guerre, une lettre ainsi conçue : Nommé officier par Charles X, à lui seul, je dois rendre mon épée ; je ne puis donc me démettre de mon grade, mais je renonce à toute solde et emploi. Jʼai lʼhonneur, etc.

Un mois après, je sus que jʼétais placé sous un double mandat dʼarrêt de la police civile et militaire, comme tout dévoué à la dynastie déchue et très dangereux au gouvernement actuel. Eh bien, ma proscription même ne put fléchir la bassesse de mes ennemis, et ils levèrent le masque, alors quʼils pouvaient me traiter mpunément dʼespion. Ils voulurent souiller mon uniforme ; pendant dix-huit mois leurs calomnies me poursuivirent partout, mʼépièrent dans
lʼombre. Pourtant un jour, dans ces belles campagnes de Vitré, où je voulais me mêler à ses enfants au milieu des balles, je me retournai et ne les vis plus derrière mes pas ! Où étaient-ils ? Que faisaient-ils ces tartufes de
dévouement ? Ils tremblaient chez eux ; mais le danger disparu, ils osèrent calomnier le courage malheureux…
Ils mʼappelèrent traître ! Il était traître celui qui, le premier sur le champ de bataille, cria : vive Henri V !

Il était traître celui, à qui les chouans, quʼil conduisait vis-à-vis le centre droit de la ligne des bleus, qui menaçaient de nous prendre en flanc et en queue, adressaient ces paroles flatteuses pour un chef : « Menez-nous, partout où vous voudrez, nous vous suivrons ». Enfin, sera-t-il traître celui qui envoya brûler par deux hommes les contrôles des compagnies, dans les bois de Torcé et Vergéal, et reçut, en congédiant les quelques chouans qui sʼy étaient mêlés, leurs adieux mêlés de pleurs ? Etait-il traître celui qui, blessé dʼune entorse à la jambe, ne quitta néanmoins que le dernier le champ de bataille ?

Chouans qui combattiez à Bréal et à Vergéal, dites à mes calomniateurs (que vous ne vîtes point dans vos rangs) si lʼhomme à la longue barbe noire et aux longues moustaches se conduit comme un traître. Parlez, vous tous aussi, braves Bretons, chez qui jʼai trouvé et trouve encore, depuis le 30 juin, une place à votre foyer, apprenez-leur que je
nʼai pas quitté lʼIlle-et-Vilaine
».

M. Poulizac présidait les assises, et M. Letourneux, premier avocat général, remplissait les fonctions de ministère public.
Parmi les dépositions, il y en eut qui causèrent une telle hilarité dans la salle que nous en citerons quelques-unes :

M. Planchais, maire dʼIzé, rendit compte de la visite que lui firent les chouans, lʼinjuriant, se faisant servir à boire, bouleversant ses lits pour trouver des armes, et à défaut, enlevant la caisse communale.

– Le président : Vous paya-t-on ?
– Oui, en grimaces et en mʼappelant pataud, mais ça me gênait moins que de voir manger mon pain et boire mon cidre.

Un paysan, du nom de Julien Leray, avait été entraîné de force à Touchenault. Il raconta en détail la marche des chouans et ajouta :

« Quand cʼest que je vis que ça chauvissait, je capitulis ben vite. » Demande.
– Vous vous rendîtes ? mais vous vous êtes donc battu ?

Réponse. — non-dame ! Je ne me suis point battu !
D. — Comment donc pûtes-vous capituler, car on ne capitule quʼaprès un combat commencé ?
R. — Nenni, nenni, nʼy eut point de combat et jʼcapitulis avant.
D. — Mais quʼentendez-vous par capituler ? que vous vous enfuîtes ?
R. — Oui, oui, je mʼen fus à mʼnʼaller !

Un témoin appelé Julien Floc reconnut Châtelet qui, dit-il, portait un fusil dʼhonneur à capucines dʼargent. Même, ajouta-t-il, « quʼil nʼy avait des gars de chez nous qui disions :

— Ah ! ouah, que nonna, que cʼest point de lʼargent ; ves-tu pas ben que cʼest étamé comme des castroles ?
— Ah oui, que je te dis, tu cré, ta, quʼon f… comme ça des fusils dʼhonneur étamés ? (Hilarité générale.) »

On répéta à Châtelet, vieillard dʼune surdité très prononcée, le récit du témoin Floc. Il répondit : « Ah le mentou ! le mentou ! en riant dʼun air cafard, quʼil y a plus de trois ans que ma femme cachit le fusil. Je ne lʼons pas vu depuis la Saint-Antoine. Je lʼenterrime dans le prinsoer ; jʼlavons cherché, mais jʼlavons point retrouvé ; il a été prins ben sûr. Ainsi voyez donc, queu mentou ! Ah le mentou.

Le bonhomme prolongea ses exclamations au milieu des rires du public que le président eut peine à calmer.

Le nommé Dubourg raconta de la manière suivante comment et pourquoi il fut condamné à mort, ainsi que les heureuses circonstances qui empêchèrent son exécution :

« Le 29 mai 1832, je rencontrai au Bourgneuf, la bande des chouans. Blot mʼarrêta et me dit : Tu vas te faire
royaliste ! Après quelques refus, force me fut de les suivre. On me présenta au chef, et je fus incorporé dans la 2e
compagnie, capitaine Chazé. La troupe se mit en route, et le soir même, nous fûmes souper dans une ferme en Crugais.
Le lendemain matin, après le déjeuner, nous nous rendîmes au château de M. de Lagrasserie, près de Gennes. De là, nous rentrâmes dans le bois de Saint-Germain-du-Pinel ; mais à peine y étions-nous que des enfants vinrent nous donner avis que les bleus nous suivaient. On battit alors en retraite ; mais pour dépister les soldats, les uns marchèrent à reculons jusquʼà la lisière du bois, tendis que dʼautres marchaient en sens inverse dans les traces des pas de ceux qui suivaient la véritable direction.

« Arrivé à Vergéal, je voulus me sauver… Je fus aperçu ; tirez dessus, cria-t-on, sʼil continue à courir.
« On me reprit. Alors on me conduisit dans une loge pour mʼinterroger.

Un de ceux qui étaient là ayant dit mon véritable nom, on me demanda mes papiers ; je les refusai ; on me déshabilla et lʼon vit sur moi des bretelles tricolores…

Ah ! dit-on, g…, tu es un traître ! On mʼentraîna dans une chambre, et pour mieux me fouiller, on me mit tout nu ; on mʼattacha ensuite et les chefs, réunis, me firent mon procès. Au bout dʼune heure et demie de délibération, je fus condamné à mort. On me garda à vue… On allait, disait-on, me fusiller. Mais les paysans de la maison dirent que si lʼon
tirait des coups de feu, les soldats des cantonnements les entendraient, arriveraient, feraient des perquisitions et leur prendraient leurs armes.

– Ils ont raison, mais que faire ?
– Il faut le tuer à coups de tanches, et on lʼenterrera sans bruit dans le champ de genêts.

« Jʼavais peut-être encore trois quarts dʼheure à vivre, quand on cria aux armes ! Hubert et Piquet qui me gardaient se précipitèrent, aussitôt, hors de la maison.

À peine ce dernier était-il sorti quʼil reçut deux coups de feu et vint tomber dans la cour de la ferme en disant : Ah ! je suis mort !

– Tant mieux, g…, mʼécriai-je.

Une femme effrayée se précipita dans la maison ; sa figure était toute bouleversée ; moi, jʼétais nu et garrotté sur un billot. Secourez-moi, lui dis-je, délivrez-moi, mais elle regardait et ne comprenait pas ; elle était sourde et muette. Je parvins cependant à me traîner dans la chambre voisine où, bientôt, lʼon me débarrassa de mes cordes. « Mon premier soin, quand je me trouvai libre, fut de tirer, hors dʼun lit, Hubert blessé à mort lui aussi et de le traîner par les pieds dans la cour pour mettre à sa place un grenadier qui était blessé. »

Le président. :
– Quels étaient les juges qui composaient le conseil de guerre ?
– Il y en avait vingt. Entre autres, MM. De Courson, Blot, Fromandière, Chadeysson, Tharin, les trois fils Onffroy.
– Reconnaissez-vous les accusés ?
– Oui. Je nʼai vu que les deux messieurs que voilà. Il désigna Chadeysson et Tharin. Ce dernier, ajouta-t-il, cʼest le capitaine cancan.
– Vous ont-ils fait quelque mal ?
– Oh ! mon Dieu, non… Ils nʼont fait que me condamner à mort. (Rires.)

Je connais Orhan ; je lʼai vu le 30 mai. Jʼai vu Châtelet dans la forêt du Pertre. Celui-ci, auquel on transmit lʼassertion de Dubourg, le regarda en riant, en disant : Oh ! mentou, mentou ! Mme et Mlle de Châteauvieux, chez lesquelles Tharin avait déjeuner le jour de son arrestation, firent une déposition complètement différente de celle quʼelles avaient écrite devant le juge dʼinstruction, et cela dans le but dʼétablir un alibi en faveur du prisonnier.

Une rumeur sʼéleva dans la salle. Le ministère public dit à ces dames : Si jʼécoutais la rigueur de mon ministère, je devrais vous frapper dʼun mandat dʼarrêt ; mais votre parjure est trop palpable pour quʼune condamnation soit nécessaire pour vous désigner au mépris public, heureuses, si vous pouvez trouver quelque excuse dans lʼintérêt quʼa pu vous inspirer un jeune accusé.

Dans un réquisitoire qui ne dura pas moins de trois heures, lʼavocat général Letourneux démontra que lʼinsurrection de Vitré nʼétait quʼun épisode du grand drame que lʼaventureuse duchesse de Berry était venue jouer en France. Il suivit les insurgés, au nombre de 500, dans leurs haltes dans les divers châteaux où de nobles dames leur faisaient servir des
vivres et les engageaient à se battre vaillamment pour Henri V. Il décrivit le combat du 30 mai au soir sur la lande de Touchenault, dans lequel 65 gardes nationaux de Vitré, 35 soldats de la ligne et 3 gendarmes, après des prodiges de valeur, nʼayant que cinq morts et trois blessés, mirent en pleine déroute lʼarmée insurrectionnelle, qui laissa sur le champ de bataille, 40 morts et autant de blessés, jeta ses armes dans les champs voisins, et, le lendemain, offrit à lʼautorité sa soumission et son repentir. Maître Grivat, défenseur de Chadeysson, plaida les circonstances
atténuantes :

Pourquoi donc, messieurs, dit-il, cet homme sʼest-il lancé dans lʼinsurrection ? Cʼest quʼil avait servi dans les gardes du corps de Charles X, quʼil le devait à Mme la duchesse de Berry, et que cette princesse était elle-même en Bretagne, lorsque Chadeysson a pris les armes. Si alors les hommes à cheveux blancs sʼabandonnaient à un enthousiasme de paroles, que devaient faire les jeunes hommes dont le sang bouillonnait, et lorsquʼun Châteaubriand a prononcé cette phrase célèbre : Votre fils est mon roi, que devait faire un Chadeysson ?

Tharin et Chadeysson furent condamnés à la déportation. Le président ordonna la mise en liberté des autres prisonniers. Chadeysson témoigna, sans ostentation, à Leutellier qui lʼavait caché chez lui, sa vive reconnaissance. Sa main pressa celle de son ami et une larme roula dans ses yeux. M. Chadeysson, un peu plus tard, fut gracié, rentra en France, se fit prêtre et devint aumônier des Dames de lʼAdoration, à Rennes, rue dʼAntrain. Il est mort dans cette communauté le 11 novembre 1839 ; il nʼavait pas 40 ans.

Source : La chouannerie en pays gallo suivi de Mes souvenirs de Adolphe Orain (1834-1918)

Publié par Napo

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