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Le purgatoire : entre appréhension et réflexion

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Le concept du purgatoire suscite certainement une certaine appréhension ; les ouvrages de dévotion, ainsi que les prédicateurs, nous décrivent sans cesse ce lieu d’expiation avec les couleurs les plus sombres.

Les fidèles sont imprégnés de cette pensée ; ils l’entendent évoquer avec autant d’émotion que de foi ; ils prient pour leurs proches qui pourraient être retenus dans le purgatoire. Cependant, soyons honnêtes, quelle est la véritable crainte que le purgatoire leur inspire ? Est-ce une barrière assez forte contre les assauts des passions ?

Chacun de nous trouve la réponse dans son vécu personnel, sans même avoir besoin d’examiner le monde qui nous entoure. Les tourments que la religion nous décrit dans ce lieu d’expiation sont certes effrayants, cela ne fait aucun doute. Ils peuvent sembler durer une éternité, c’est une réalité. Nous savons cependant que ce supplice prendra fin ; cette pensée nous suffit souvent pour préférer, face au choix entre endurer de longs tourments dans l’au-delà ou une légère incommodité dans cette vie, éviter ce dernier mal, même au risque d’encourir le premier, voire avec la certitude de devoir le subir.

La raison vient corroborer ce que nous enseigne notre expérience, en nous poussant à examiner les causes des faits ; il suffit de jeter un regard rapide sur la nature humaine pour cela. Tant que nous sommes sur terre, notre âme, unie à un corps, reçoit constamment les impressions que les sens lui transmettent. Certes, elle possède certaines facultés qui la placent, par leur nature même, au-dessus du monde visible et matériel, des facultés guidées par d’autres principes, agissant sur des objets plus nobles et résidant dans une sphère inaccessible aux rudesses du monde matériel.

Toutefois, sans nier la grandeur de ces facultés ni la dignité qu’elles confèrent à notre être, il est indéniable qu’elles sont souvent influencées par la partie inférieure, qu’elles s’abaissent de leur élévation pour obéir comme des esclaves, alors que le ciel les avait investies d’une royauté sublime. Même si les choses ne sont pas toujours poussées à l’extrême de cette humiliation, il arrive souvent, dans de nombreuses situations, que ces facultés supérieures demeurent comme engourdies, ne faisant plus sentir leur action ; ainsi, l’intellect ne perçoit plus clairement les vérités qui devraient être son aliment essentiel, et la volonté ne se tourne plus avec enthousiasme vers son objectif le plus noble, mais plutôt avec indifférence et léthargie.

Nous avons certainement un enfer à craindre, un ciel à espérer ; mais tout cela concerne une autre vie, une époque que nous percevons comme très éloignée. Ces réalités appartiennent à un ordre d’idées auquel nous nous sentons peu concernés ; elles font partie d’un monde auquel nous croyons, certes, mais qui n’agit pas directement sur nous de manière tangible et immédiate. C’est pourquoi nous devons faire l’effort de nous recueillir, de nous contraindre à bien comprendre et ressentir l’immense importance que revêtent ces vérités pour nous, ainsi que la futilité des choses qui nous entourent.

Cependant, dès qu’un élément terrestre parvient à capturer notre imagination, à émouvoir notre cœur, que ce soit par la crainte ou par le plaisir, le monde à venir s’efface de notre vue, comme une perspective lointaine disparaît à l’horizon ; l’intellect retombe dans l’obscurité et la volonté dans l’apathie ; et si l’une ou l’autre de ces facultés se réveille un instant de son sommeil léthargique, ce sera le plus souvent pour se joindre aux funestes entraînements qui nous dominent.

L’homme est généralement gouverné par les impressions du moment ; il sacrifie l’avenir au présent, et lorsqu’il pèse les avantages et les inconvénients d’une décision à prendre, la proximité ou l’éloignement de ces avantages et inconvénients est presque toujours la raison déterminante qui le pousse à agir. Comment ce phénomène ne se manifesterait-il pas dans les affaires de la vie future, alors qu’il est si courant dans celles de la vie présente ?

Ne voyons-nous pas chaque jour un nombre incalculable d’hommes sacrifier leurs richesses, leur honneur, leur santé, voire leur vie, au plaisir d’un instant ? Et pourquoi cela ? Principalement parce que le plaisir est immédiat, tandis que les maux sont lointains ; ainsi, l’homme trouve le moyen de se convaincre qu’il pourra les éviter, ou bien, sans autre réflexion, il s’y abandonne aveuglément.

Il est facile de déduire de tout cela que la crainte d’une peine temporelle, aussi longue soit-elle supposée, ne serait jamais suffisante pour produire un effet similaire à celui résultant de la crainte d’un châtiment éternel. Non, ce n’est pas le cas, et au contraire, on peut affirmer que si l’on venait à séparer l’idée d’éternité de celle du châtiment dans la vie future, ce châtiment perdrait immédiatement une grande partie de l’horreur qu’il inspire ; et, étant destiné aux hommes dont les bons sentiments sont le plus altérés, il aurait encore moins d’efficacité que les peines du purgatoire.

Pour que les tourments du monde à venir nous inspirent une terreur capable de contenir nos mauvaises inclinations, il faut qu’ils soient revêtus d’un caractère terrible, effrayant, de sorte que la simple pensée de ces tourments, en surgissant parfois dans notre esprit, provoque un frisson qui nous accompagne jusque dans nos moments de distraction et de divertissement, comme le son lugubre de l’airain qui résonne et se prolonge longtemps après le coup initial.

Je ne conclurai pas sans répondre à une objection :

« Même si ce n’est qu’une conjecture, on ne peut nier qu’elle ne soit quelque peu frappante, très philosophique et peut-être même fondée.« 

Cette objection consiste à voir dans le dogme de l’enfer une sorte de formule destinée à exprimer la pensée d’intolérance et de rigueur qui caractérise toute l’économie de l’Église catholique.

« On le voit, le but était de contrôler étroitement l’esprit et le cœur de l’homme, pour mieux les assujettir. Or, il n’existait aucun moyen humain assez puissant pour atteindre cet objectif, alors la justice de Dieu a été invoquée.

Ne pourrait-on pas dire que les ministres de la religion, peut-être plus trompés que trompeurs, ont utilisé, pour mener à bien une entreprise difficile, pour résoudre une situation complexe, le moyen bien connu des poètes : Deus ex machina ? Ou je me trompe beaucoup, ou dans ce Dieu vengeur, dans ce juge implacable, on peut voir transparaître le prêtre catholique avec son inflexible sévérité.« 

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Aussi sévère que puisse sembler mon ton, j’ajoute, sans crainte de me tromper, que loin de refléter cette philosophie habituelle, l’esprit d’observation et de sagesse éclairée, je vois plutôt les traces évidentes des préjugés et de la superficialité d’une époque bien plus éloignée de nous par l’évolution des idées que par le simple passage du temps.

Cette observation est erronée, car elle suppose que le dogme de l’éternité des peines appartient exclusivement aux catholiques, alors qu’il est également professé par les communautés dissidentes, ajoutons : et par toutes les religions du monde. Il est imprudent, à tous égards, de présenter comme la caractéristique dominante, comme l’essence spécifique du catholicisme, ce qui est au cœur même de toute croyance religieuse.

La tendance, si répandue à notre époque, même parmi les écrivains les plus éminents, à chercher une explication philosophique à tout, fondée sur une observation astucieuse et percutante, conduit à tomber dans un travers tout aussi courant, celui de raviver une vieille erreur en prétendant émettre une idée nouvelle.

Le trait que j’ai lancé a en outre, comme vous pouvez le constater, le tort de contredire de manière flagrante les notions les plus élémentaires de l’histoire. En effet, que prétendais-je? Que le dogme en question était inventé par le clergé chrétien ; j’ajoute, il est vrai, qu’il était probablement lui-même victime d’une telle illusion, ce qui atténue, sans doute, la gravité de l’accusation que je porte contre lui.

Mais mon indulgence ne diminue pas l’erreur dans laquelle je suis tombé : comment ai-je pu oublier que bien avant la naissance du christianisme et dans la plus haute antiquité, la croyance en l’enfer, et en l’enfer éternel, était profondément enracinée chez tous les peuples de la terre ?

Source : Lettres à un Sceptique en Matière de Religion – Jaime Balmes – 1855

Publié par Napo

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