in , , ,

L’arrivée des premiers francs-maçons en France, d’Irlande et d’Écosse

IMPRIMER CET ARTICLE / Faire un don à Lecatho.fr
L'arrivée des premiers francs-maçons en France, d'Irlande et d'Écosse

L’arrivée des premiers francs-maçons en France avec la famille Stuart. La f-m corporative, après s’être transformée presque complètement en fm politique jacobite en Angleterre, en Écosse et en Irlande, pendant le XVIIe siècle et les premières années du XVIII siècle, persista pour la plus grande partie jusqu’en 1717 sous cette forme, pendant qu’une faible partie en Angleterre se rangeait sous la bannière de la maison de Hanovre en devenant spéculative.

Pendant tout le XVIII siècle, nous assistons à la lutte de ces deux courants, bien que la fm Écossaise soit, depuis la défaite de Culloden, beaucoup moins importante que la fm purement spéculative. C’est sous la forme de fm jacobite que cette secte fit son apparition en France avec les régiments irlandais et écossais (D’après Clavel).

Comme les Stuarts s’étaient réfugiés à Saint-Germain-en-Laye, il est probable que cette ville fut pendant longtemps le centre de la fm jacobite, et tout porte à croire que la première loge battant maillet en France fut la Bonne Foi à l’O des gardes écossaises du roi d’Angleterre (régiment de Dillon). Parmi les membres de cette loge figurent, entre 1700 et 1730, les noms de Lally, Linche, Macdonald, Bourkè, MacCarthy O’Toolle, Dillon, O’Neil, Butler, Fitz-Gérald, Talbot de Tyrconnel, etc.

Le régiment de Walsh avait aussi une loge dont je n’ai relevé officiellement le titre : la Parfaite Egalité, qu’à partir de 1752. On vit figurer parmi ses membres, de 1700 à 1730 : Dorrington, Lesley comte de Rooth, Nagle, Butler, O’Calaghane, Mac Carthy, Wyndham, etc.

Nous retrouverons la plupart de Ces noms lors de l’installation en 1726 de la loge Saint-Thomas, ainsi
dénommée en souvenir de saint Thomas de Cantorbery, le saint vénéré de l’Angleterre des Stuarts. Il est plus que probable que Charles Radclyffe fut initié par Ramsay, qui était son ami et qu’il rencontrait journellement, soit à la cour de Jacques III, soit chez le duc de Bouillon. S’il faut croire la tradition maçonnique, qui me paraît exacte, Charles Radclyffe aurait été le fondateur de la loge Saint-Thomas. Parmi les membres de cette loge, je n’ai pas trouvé trace de son nom et jusqu’ici je ne suis parvenu à relever positivement que François Heguerty, cadet au régiment de Dillon ; Maclean Drummond, duc de Perth ; Dillon ; Middleton, comte de Mominouth ; Douglas ; Sackeville ; O’Brien ; Max Dermott ; comte de Hamilton ; Scheldon ;Talbot, duc de Tyrconnell; Fitz James ; Hyde; Macdonald;Lally…. parmi les Français je trouve un Choiseul, probablement Henri-Louis de Choiseul-Meuse (1687-1754); un Tingry, probablement Chrétien-Louis de Montmorency-Luxembourg (1675-1746), qui fut maréchal de France ; Monin ; Leroy ; Salbray ; Picot ou Picod ; Drouin ou Dromy.

À lire aussi | Viols d’enfants : la fin du silence ?

Il est tellement absurde qu’avec un pareil recrutement on puisse supposer que cette loge ait été installée par la grande loge orangiste d’Angleterre, que je ne m’arrêterai pas un instant à discuter cette supposition. Poulies mêmes raisons, je ne puis admettre que, ni en 1726, ni plus tard, Charles Radclyffe ait été désigné par les loges orangistes pour remplir les fonctions de grand maître de la franc-maçonnerie française, et comme lord Harnouester est le même personnage que lord Derwentwater, on peut affirmer que, le premier grand maître de la franc-maçonnerie française fut le duc d’Antin. D’après une brochure publiée à Francfort en 1744 et citée par Gould (III, p. 139), à la fin de 1736 il n’y aurait eu que 6 loges dans toute la France et pas plus de 60 maçons. A cette époque seulement Derventwater avait été nommé G.’. M.’, comme successeur de James Hector Maclean, qui occupait ces fonctions depuis plusieurs années.

Cette hypothèse est en partie exacte : Maclean fut simplement maître d’une loge militaire irlandaise. Avant Derwentwater, le besoin d’un G.’. M.’, de l’ordre de France ne se faisait pas sentir. D’après le St-James Evening Post du 12 mai 1737, il n’y avait en effet que cinq loges à Paris. Du reste, on trouve fort peu de traces du rôle maçonnique de Radclyffe avant 1730 et, à partir du 3 avril 1732, la loge de Saint-Thomas, par suite de l’influence du duc de Montaigu, se détacha des loges jacobites. Cette loge avait eu d’abord son local chez un traiteur anglais du nom de Hure, au « Louis d’argent ». En 1729, elle dut céder la place à la loge orangiste, qui prit le nom de cette auberge, et dont nous parlerons plus loin. Elle tint des séances, jusqu’en 1735 au moins, soit chez Landelle, rue de Buci, soit à l’Hôtel de Soissons, soit quai de la Râpée.

Il dut donc y avoir, pendant un certain temps, deux loges sous le titre de Saint-Thomas, l’une jacobite, l’autre orangiste. La première loge orangiste qui fut installée en France fut la loge du « Louis d’argent », qui figure sous le numéro 90 dans la liste de Richard Steele (1732) ; l’installation eut lieu le 12 juin 1729, rue de la Boucherie, à « la Ville de Tonnerre », chez Debure, cousin germain du premier vénérable ou mieux maître de cette loge : André-FrançoisLebreton, alors âgé de 21 ans, étant né le 21 août 1708, et qui fut le premier maître de loge anglais de France, ce qui établit que sa loge n’avait aucun rapport avec la loge jacobite de Saint-Thomas.

En 1740, la loge du « Louis d’argent » porte le n° 78 (Pike) et elle est désignée sous le nom suggestif de « King’s Head », Tête de Roi ; en 1763, elle porte le n° 49 (Cole); elle avait encore remplacé Saint-Thomas à la taverne de « la Ville de Tonnerre ». En 1735, elle était présidée par Désaguliers et le duc de Richmond ; en présence du comte de Waldegravé, ambassadeur d’Angleterre, du président de Montesquieu, du marquis de Lomuren, de lord Dursley, de Fitz-James, de Knight père et fils, de Hickam, etc., elle initia le duc de Kingston, le comte de Saint-Florentin et lord Chewton, fils du comte de Waldegravé. C’est de cette loge que se détacha une loge, une fille comme on disait alors, qui prit le nom « d’Aumont » lorsque le duc de ce nom en fut nommé vénérable. Alors que le « Louis d’argent » avait été rayé par la Grande Loge d’Angleterre, le 27 janvier 1768, pour avoir négligé de se conformer aux règlements, la loge d’Aumont existait encore en 1773 et avait pour vénérable Le Lorrain.

Une autre loge s’était détachée, dès le 1er décembre 1729, de la loge du « Louis d’argent » : la loge des Arts Sainte-Marguerite, dont le premier vénérable fut un lapidaire anglais du nom de Goastown. Cette loge fut reconstituée, le 29 octobre 1773, par le G.’.O avec Puisieux, architecte du roi, comme vénérable ;
cette loge existait encore en 1776 et n’était plus en vigueur en 1785.

Enfin une cinquième loge aurait été créée en 1729 sous le titre de St-Pierre et St-Paul en faveur du Vén. M.’. Puisieux; comme elle ne figure sur aucune liste de la G.’. L.’. d’Angleterre, on a tout lieu de la supposer de formation jacobite.

Ces cinq loges n’étaient pas régulièrement constituées par la fm de Londres qui, avant 1766, ne donna des patentes officielles qu’au Louis d’argent à l’O.’. de Paris; à la Parfaite Union à l’O.’. de Valenciennes sous le n° 127 ; à la loge d’Aubigny le 22 août 1735 et à la loge anglaise de Bordeaux dite n° 204, et encore pour cette dernière faut-il faire des réserves, car si la G.L. de Londres reconnut ses travaux à
partir du 27 avril 1732, elle ne délivra les patentes qu’en 1767.

Toutes les autres loges étaient d’origine jacobite. L’historique des cinq loges régulières ou irrégulières de Paris qui passent, avec raison, pour les cinq premières de France, m’a paru un exemple saisissant de l’incertitude et des difficultés qu’éprouva la fm pour s’installer en France. Par la suite, pour des raisons d’intérêt ou d’orgueil, les fm. inventèrent des brevets anciens, comme celui de Gerbier, signé en 1721 par le duc d’Antin, qui n’avait alors que 14 ans; malgré l’évidence de la fausseté du document, le G.’. O.’. n’hésita pas à le considérer comme authentique. Aujourd’hui les historiens de toutes nuances sont à peu près d’accord pour suspecter un grand nombre de pièces analogues.

Après avoir touché barre à Paris, Charles-Edouard se rendit à Avignon, puis se dirigea vers l’Espagne, espérant trouver à Madrid les secours qui lui avaient été refusés à Fontainebleau. Il traverse donc la Catalogne, est reçu à Guadalaxara, le 12 mars 1747, par Ferdinand VI, qui, tout en montrant une grande sympathie pour ses infortunes, ne voulut prendre avec lui aucun engagement politique. Il revint aussitôt en France et arriva à Paris vers le 15 avril.

C’est peu après son retour qu’il aurait constitué à Arras la loge la Constance, dont le père de Robespierre faisait partie. Voici le texte de ce document d’après la version la plus authentique, que nous empruntons à
Daruty :

« Nous Charles-Edouard Stuwart, prétendant roi d’Angleterre, de France, d’Ecosse et d’Irlande, et, en cette qualité G.M., du chap de Hérédon, connu sous le titre de chevalier de l’Aigle, du Pélican, et, depuis nos malheurs et nos infortunes, sous celui de R.’.-C.’. +:

Voulant témoigner aux maçons artésiens combien nous sommes reconnaissants envers eux des preuves de bienfaisance qu’ils nous ont prodiguées avec les officiers de la garnison de la ville d’Arras, et de leur attachement à notre personne pendant le séjour de six mois que nous avons fait en cette ville, nous avons, en leur faveur, créé et érigé, créons et érigeons, par la présente bulle, en ladite ville d’Arras, un souverain chapitre prématial et métropolitain de R.’. G.’. +, sous le titré distinctif d’Écosse JACOBITE, qui sera régi et gouverné par les chevaliers Lagneau, de Robespierre, tous deux avocats, Hazard et ses deux fils, tous trois médecins, J.-B. Lacet, notre tapissier, et Jérôme Telliér, notre horloger, auquel nous permettons et donnons pouvoir de faire, tant par eux que par leurs successeurs, non seulement des chevaliers R.’.-C.’., mais même de créer un chapitre dans toutes les villes où ils croiront pouvoir le faire, lorsqu’ils en seront requis, sans cependant, par eux ni par leurs successeurs, pouvoir créer deux chapitres dans une même ville, quelque peuplée qu’elle puisse être ; et pour que foi soit ajoutée à notre présente bulle, nous l’avons signée de notre main, et à celle fait apposer le nom secret de nos commandements, et fait contresigner par le secrétaire de notre cabinet, le jeudi 15° jour du 2e mois l’an de l’Incarnation 1747.

CHARLES EDOUARD STUWART
»

A partir de 1760, Charles-Edouard fut un maçon très actif, et de nombreuses loges écossaises, françaises
et allemandes le reconnaissaient comme suprême Grand Maître de la franc-maçonnerie. Il fit partie de la Stricte Observance sous le nom d’Eques a sole aurea. Au convent de Willemsbad, plusieurs maçons déclarèrent qu’il était leur chef secret-(S): Charles-Edouard mourut à Rome le 31 janvier 1788 sans laisser de postérité légitime. Son frère, devenu le cardinal d’York, mourut dans la même ville en 1807. Avec ces deux princes s’éteignirent les descendants directs des Stuarts, et tout porte à croire que le cardinal d’York ne succéda pas à son frère comme grand maître secret de la f.’.-m.’. écossaise.

Source : La franc-maçonnerie en France des origines à 1815 – Gustave Bord

Publié par Napo

💻Administrateur ▪️
✝ Catholique Royaliste et Social ▪️
✝ Diocèse de Léon 〓〓 ▪️
✝ Adepte de la pensée Déhonienne ▪️
🔗 Liens : https://linkr.bio/lecatho

Qu'est-ce que tu penses de l'article ?

Laisser un commentaire