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Saint Antoine le Grand trouve refuge dans un vieux château abandonné

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Le démon, voyant l’extrême ferveur de Saint Antoine le Grand et voulant en empêcher l’effet, jeta sur son chemin un plat d’argent d’une excessive grandeur.

Antoine, reconnaissant la ruse de cet esprit impur, s’arrêta et considérant dans ce plat le démon, n’en tint pas compte mais se dit en lui-même :

« D’où peut être venu ce plat en ce désert où il n’y a aucun sentier et où l’ont ne voit pas trace pas une trace de pas d’homme ? Et quand même quelqu’un y serait allé et l’aurait laissé tomber, sa taille le rend très facile à apercevoir et la solitude de ces lieux inhabités l’aurait fait retrouver à celui qui, l’ayant perdu, serait revenu pour le chercher. Mais c’est ici, ô démon, l’une de tes tromperies ; elle ne retardera pas l’exécution du dessein que j’entreprends avec tant de joie. Garde donc ton argent et qu’il périsse avec toi (Ac 8, 20) ».

Aussitôt ces paroles achevées, ce plat s’évanouit comme la fumée. Antoine, continuant son chemin, aperçut, non plus par illusion comme auparavant, mais en réalité, une grande masse d’or. Il assurait bien, depuis, que cet or était véritable, mais il ne dit point, et nous ne savons pas, si ce fut l’ennemi qui le lui fit voir, ou si ce fut quelque ange qui voulut éprouver par là ce fidèle serviteur de Dieu, et faire connaître au démon quel était son mépris pour le plus précieux de tous les métaux. Antoine admirant la quantité qu’il y en avait, passa par-dessus comme il aurait passé par dessus un feu, et quittant ce lieu-là pour n’y jamais revenir, il prit sa course, afin d’en fuir la présence par son éloignement.

S’affermissant ainsi de plus en plus en sa résolution, il s’en alla dans la montagne où, ayant trouvé au delà d’une rivière un vieux château plein de serpents, car il était abandonné depuis longtemps, il s’y arrêta et y établit sa demeure. Tous ces animaux s’enfuirent aussitôt comme si on les eût chassés et lui, après avoir pris du pain pour six semaines — les moines de la Thébaïde ont l’habitude d’en faire qui dure même un an entier sans se corrompre — et ne manquant pas d’eau, il entra dans ce château, comme s’il fut entré dans un temple, et après en avoir fermé l’entrée, il y demeura seul sans en sortir et sans y laisser entrer personne.

Il vécut longtemps de la sorte, et recevait seulement de six mois en six mois des pains qu’on lui jetait par-dessus son toit. Ceux de ses amis qui venaient le visiter, étant contraints — puisqu’ils ne les recevait point dans le lieu où il était — de passer souvent au dehors les jours et les nuits, ils entendaient au-dedans, comme des troupes de gens qui murmuraient, qui faisaient un très grand bruit, et qui criaient d’une voix lamentable :

« Quitte ce lieu qui nous appartient ! Qu’as-tu à faire dans le désert ? Penses-tu pouvoir résister à nos embûches ? »

Entendant cela, ils croyaient d’abord que c’étaient des hommes qui, étant descendus avec des échelles, se battaient avec lui. Mais, ayant regardé par une fente et ne voyant personne, et étant saisis de frayeur, ils appelaient Antoine qui ne témoignait pas moins de charité pour les rassurer que de mépris pour ceux qui leur avaient occasionné de la crainte. Ses amis venant souvent ainsi pour le voir, et croyant le trouver mort, l’entendaient chanter ces psaumes :

Que Dieu étende seulement son bras, et ses ennemis seront dispersés, ceux qui le haïssent s’enfuiront loin de sa face ; Ils s’évanouiront comme la fumée, et les pécheurs seront exterminés par la présence de Dieu, comme le feu fait fondre la cire. Je me suis trouvé environné de toutes parts ; mais en implorant l’assistance du Seigneur, j’ai triomphé de tous mes ennemis (Ps 117, 12).

Antoine passa environ vingt ans de la sorte, sans jamais sortir et sans être vu de personne, sauf de rares exceptions. Enfin, plusieurs désirant avec ardeur l’imiter dans cette sainte manière de vivre et, d’un autre côté, un grand nombre de ses amis étant venus le trouver et voulant à toute force rompre sa porte, il sortit comme d’un sanctuaire où il s’était consacré à Dieu et avait été rempli de son Esprit.

Ce fut alors la première fois qu’il parut hors de ce château à ceux qui venaient vers lui et ils furent remplis d’étonnement en le voyant avec une vigueur plus grande que celle qu’il avait jamais eue. Il n’avait pas grossi par manque d’exercice, ni maigri par suite de tant de jeûnes et des combats qu’il avait soutenu contre les démons. Il avait le même visage qu’avant d’être solitaire, la même tranquillité d’esprit, et l’humeur aussi agréable. Il n’était ni abattu de tristesse, ni dans une joie excessive : son visage n’était ni trop gai ni trop sévère ; il ne témoignait ni déplaisir en se voyant environné d’une si grande multitude, ni complaisance en étant salué et révéré par tant de personnes ; mais, étant en toutes choses dans une égalité et une modération d’esprit admirable, il montrait bien qu’il n’était gouverné que par la raison.

Dieu guérit par lui plusieurs malades, délivra plusieurs possédés ; et il donnait tant de force et de douceur à ses paroles qu’elles consolaient les affligés et réconciliaient ceux qui vivaient dans la discorde, leur disant à tous qu’il n’y a rien dans le monde de préférable à l’amour que nous devons porter à Jésus-Christ. Ils les exhortait aussi à penser sérieusement aux biens à venir et à l’extrême charité que Dieu a témoigné pour nous, en n’épargnant pas son propre Fils, mais le livrant à la mort pour notre salut (Rm 8).

Et ainsi, il persuada plusieurs personnes d’embrasser la vie solitaire ; ce qui fut l’origine des nombreux monastères que l’on vit se bâtir dans les montagnes. De là vient que les déserts furent habités par un si grand nombre d’hommes qui abandonnaient tous leurs biens, pour devenir citoyens de la céleste Jérusalem. L’obligation de visiter ses disciples l’ayant conduit à traverser la fosse d’Arsinoë qui était pleine de crocodiles, il se mit en prière, puis passa, sans que ni lui ni aucun de ceux qui l’accompagnaient n’en reçoivent le moindre mal.

Etant retourné à son monastère, il ne diminua rien aux austérités et aux travaux qu’il supportait étant plus jeune. Ses fréquentes exhortations augmentaient la ferveur de ceux qui étaient déjà solitaires et portèrent plusieurs autres à embrasser la même vie. Et ainsi, par la bénédiction que Dieu donnait à ses paroles, il se fit plusieurs monastères qui, le reconnaissant comme leur Père, étaient soumis à sa conduite.

Tous les solitaires s’étant un jour rassemblés auprès de lui, le priaient de leur faire quelque exhortation. Il leur dit en langage égyptien :

« Bien que l’Ecriture sainte soit suffisante pour notre instruction, c’est une chose louable de nous exciter les uns les autres en ce qui est de la foi, et de nous exercer en des discours saints et salutaires. Ainsi, puisque vous êtes mes enfants, vous me rapporterez comme à votre Père les connaissances que vous aurez acquises dans la piété ; et moi, comme étant plus âgé que vous, je vous dirai ce que j’ai appris et ce qui je sais par expérience.

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La première chose que nous devons observer, c’est de n’avoir tous ensemble q’un même dessein, de ne nous relâcher jamais dans la sainte résolution que nous avons prise, et de ne point nous décourager dans les travaux, en disant qu’il y a longtemps que nous pratiquons une vie si austère. Mais au contraire, il faut augmenter de jour en jour notre ferveur, comme si nous ne faisions que commencer : car notre vie, comparée aux siècles à venir, est si courte, qu’elle ne doit être considérée que comme un néant en proportion de l’éternité.

Il y a de l’égalité dans le commerce qui s’exerce en cette vie, car le vendeur ne reçoit de l’acheteur que la valeur de la chose qu’il lui vend. Mais il n’en est pas de même pour la vie éternelle, puisqu’elle s’acquiert par un si petit prix. Il est écrit : La vie ordinaire des hommes est de soixante-dix ans, celle des plus vigoureux de quatre-vingt ; et si l’on passe ce terme, le reste n’est que douleur et que misère (Ps 89, 10).

Quand donc nous emploierions quatre-vingt ans au service de Dieu dans la solitude, le temps que nous règnerons avec lui dans le ciel ne sera pas borné par une si petite durée ; mais au lieu de ce nombre d’années, nous jouirons de sa gloire et de ses couronnes durant toute une éternité. Ayant combattu sur la terre, nous n’hériterons pas la terre, mais le ciel ; et après avoir quitté ce corps mortel, nous le reprendrons tout revêtu d’immortalité.

C’est pourquoi, mes enfants, ne nous décourageons point, n’ayons point d’impatience, et ne nous imaginons pas que nous faisons beaucoup pour Dieu, puisque les souffrances de cette vie n’ont point de proportion avec la gloire dont nous jouirons en l’autre (Rm 8, 18). Que nul d’entre vous ne pense avoir beaucoup quitté en quittant tout ce qu’il avait : car si toute la terre étant comparée à la vaste étendue du ciel, ne peut passer que pour un point, même nous l’avions toute possédée et l’avions quittée, qu’aurions-nous fait pour acquérir le royaume du ciel ?

Et comme on méprise une drachme pour en gagner cent, ainsi celui qui serait maître de toute la terre et y renoncerait pour gagner le ciel, perdrait fort peu et gagnerait le centuple. Mais si toute la terre ensemble est indigne d’être comparée au ciel, celui qui quitte seulement quelques arpents de terre, peut dire qu’il n’a rien quitté ; et quand il aurait quitté une belle maison et de grandes richesses, il ne doit ni s’en glorifier, ni en avoir du regret, mais considérer que, même s’il n’avait point abandonné toutes ces choses pour faire une action vertueuse, la mort le contraindrait à les quitter et il serait peut-être contraint de les laisser, comme il arrive souvent, à ceux qu’il ne voudrait pas, ainsi qu’il est dit dans l’Ecclésiaste (4, 8).

Ce qui fait qu’il n’y a rien que nous ne devions abandonner volontairement et dans le dessein de plaire à Dieu, afin d’acquérir le Royaume du ciel. N’ayons donc aucun désir de rien posséder ; car quel avantage y a-t-il de posséder des choses que nous ne saurions emporter avec nous ? Mais efforçons-nous d’en acquérir qui nous suivront dans le tombeau, comme la prudence, la justice, la tempérance, la force, l’intelligence des choses saintes, la charité, l’amour des pauvres, la foi en Jésus-Christ, la douceur d’esprit, et l’hospitalité… »

Source : Saint Athanase : La vie de Saint Antoine le Grand – A d’Andilly – 1733

Publié par Napo

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