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Quand un prêtre est épouvanté par le Diable

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C’est un soir du début du mois de mai 1920, le monastère de Santa Maria di Campagna, qui se trouve juste en dehors de la ville de Plaisance, en Italie, abrite de jeunes frères connus et estimés de tous.

D’une manière générale, les monastères sont autant de lieux bénis par le ciel, des lieux qui attirent de nombreux fidèles, des âmes pures, bref, des lieux de Dieu et, pour cette raison, des lieux que Satan hait particulièrement.

Un frère, le père Pier Paolo Veronesi, est en train de ranger la sacristie et les objets liturgiques, lorsqu’une dame se présente et demande à être bénie. Elle souhaite que la bénédiction soit faite devant l’autel de la Madone. Après la bénédiction, la dame demande à parler avec le frère et lui confie de sombres secrets.

Malgré sa stupéfaction, le père Pier Paolo l’écoute patiemment, et elle lui raconte qu’à certaines heures du jour, une force mystérieuse, à laquelle elle ne peut résister, s’empare de son corps et de son âme, et que, dans ces circonstances, malgré ses réticences, elle danse le tango pendant des heures jusqu’à s’écrouler, épuisée, à terre. Elle déclare qu’elle chante d’une voix superbe des chansons populaires, des chansons d’amour, des passages d’opéras qu’elle n’a jamais entendus.

Elle affirme également qu’elle est capable de tenir de longs discours en langue étrangère devant un public imaginaire et qu’elle fredonne des vers sur sa fin imminente ainsi que celle de toutes ses sœurs. Elle raconte aussi que, souvent, elle déchire avec les dents tout ce qui lui tombe sous la main et qu’elle a ainsi abîmé tout son linge.

Elle explique que, lorsqu’elle est chez elle, elle rampe comme le serpent sous les lits et les meubles ou rugit comme le lion, hurle comme le loup, miaule comme le chat. Elle ajoute qu’elle a acquis de nouveaux dons, notamment de prévoir ce qui va se produire, ou encore qu’elle est capable de rapporter des discussions auxquelles elle n’a pas assisté et qui se sont déroulées à des centaines de kilomètres de distance.

En outre, elle se dit capable d’exécuter de véritables acrobaties en sautant d’un meuble à l’autre. Enfin, elle soutient qu’elle est devenue différente et qu’il lui arrive de penser à des choses terribles, comme à la mort et au suicide.

Ne voyez-vous pas, mon père, dit-elle au frère, que ma vie est devenue un véritable enfer ? Malgré mes deux enfants, je pense à la mort comme à une fuite, une délivrance.

Le père Pier Paolo a déjà entendu des témoignages extrêmement surprenants, d’autant qu’il exerce aussi la fonction de chapelain de l’hôpital psychiatrique de Plaisance. Il pense d’abord à quelque névrose et conseille à la femme d’aller consulter un médecin pour commencer. La dame lui explique qu’elle a rendu visite à tous les médecins de sa connaissance et que tous ont posé le diagnostic de « cas typique d’hystérie », un cas qui « dure généralement sept ans ». Mais la femme n’est pas convaincue.

Je ne suis pas hystérique, mon père, pas plus que folle, affirme-t-elle.

Et alors ?

Alors, puisque je ne peux espérer recevoir d’aide des hommes, j’ai senti le besoin de me tourner vers Dieu et de me recommander à lui. Malgré une certaine répugnance, je suis allée prier dans toutes les églises de la ville ; j’ai demandé la bénédiction. J’avoue que la bénédiction m’a permis, au moins pendant quelques jours, de me sentir mieux. Mais je suis allée désormais si souvent et dans tant d’églises que je n’ai plus le courage de m’y présenter à nouveau, car je crains que les prêtres ne me déclarent folle aussi.

Le père Pier Paolo commence à trouver l’histoire plus qu’intéressante.

On m’a alors dit que, sur les collines de la région, il y avait un curé célèbre pour ses bénédictions. Impatiente de lui demander sa bénédiction, un dimanche après le déjeuner, je me suis fait prêter une calèche pour effectuer le voyage en compagnie de mon époux et de mes parents. Le cheval qui nous conduisait était un excellent trotteur et il dévora les premiers kilomètres à belle allure. Toutefois, alors que je commençais à me sentir mal, il s’arrêta d’un coup. On eut beau le fouetter jusqu’au sang, la pauvre bête raidit les jambes et allongea le cou, se cabra sous les coups, mais ne bougea pas.

Alors, presque hors de moi, je sautai de la calèche et j’échappai aux étreintes de ma famille et, en volant à près de cinquante centimètres au-dessus du sol, je traversai les champs et je montai la colline en direction de l’église où j’avais prévu d’aller. C’était l’heure où les gens sortaient de la messe de l’après-midi et, en me voyant bondir, les voiles et les cheveux au vent, en train de hurler et de gesticuler, ils commencèrent à murmurer leurs inquiétudes.

Certaines femmes se mirent à crier ; des chiens aboyèrent. D’épouvante, les poules s’envolaient sur mon passage pour regagner leur poulailler. J’atteignis enfin la place et je me faufilai sans hésiter dans l’entrebâillement de la porte de l’église pour aller m’étendre directement au pied du grand autel sur lequel était exposée une image de saint Expédit. Suivi par la foule de ses paroissiens, le curé accourut et, sentant la chose, me bénit. Je revins à moi et, pendant plusieurs jours, je me sentis extraordinairement bien.

Pendant tout le récit, le père Pier Paolo écoute la femme sans ciller. Quand elle lui demande son opinion, il demeure persuadé que le cas relève davantage de la médecine et lui répond en restant vague.

Certes, j’avoue que ce sont là des phénomènes extrêmement étranges. Écoutez, ajoute-t-il, si vous pensez que la bénédiction vous fait du bien, n’hésitez pas à nous rendre visite autant de fois que vous le souhaitez. Si je ne suis pas là, il y aura toujours un de mes frères pour vous accueillir.

Quelques jours plus tard, voilà que la femme est de retour. Alors que le père Pier Paolo a l’intention de lui accorder la bénédiction devant l’autel de la Madone, la femme s’installe à côté d’une colonne du chœur (elle a demandé la permission de s’asseoir) et, sans ouvrir la bouche, se lance dans un hululement étouffé, comme un chien qui se serait lamenté dans son sommeil.

Puis, elle incline la tête pour l’appuyer contre la colonne et, les yeux fermés, les mains sur son giron, elle se met à chanter, un chant d’une richesse extraordinaire, passionné, superbe. Ensuite, elle demeure dans la même position et, avec une violence telle qu’elle évoque une malade prise d’une crise de démence, elle se met à parler dans une langue inconnue pour invectiver quelqu’un d’invisible.

Un autre frère, le père Apollinare Focaccia, qui sort du chœur et traverse l’église, entend le chant et les imprécations indéchiffrables. Le soir même, il aborde le sujet avec le père Pier Paolo.

As-tu remarqué cette dame ?

Mais oui, pourquoi ?

Tu n’as pas été impressionné ?

À dire vrai, non. Tu sais qu’en tant que chapelain de l’hôpital psychiatrique, je suis désormais habitué à certaines scènes.

Pour le père Pier Paolo, la condition de la femme n’est pas une surprise. Elle jure et chante, mais elle ne bouge pas.

Mais tu ne crois pas, continue le frère, que cette femme est possédée par le démon ?

Il ne faut pas exagérer, rétorque le père Pier Paolo. Il ne faut pas céder si facilement à ces superstitions populaires qui veulent voir la main du diable dans tout ce qui leur est difficile d’expliquer. Si la science des hommes n’est pas capable de tout expliquer, nous ne devons pas pour autant négliger nos forces de ratiocination. Ce que la science ne peut expliquer aujourd’hui, elle l’expliquera sans doute demain.

Le père Apollinare est loin d’être convaincu.

Soyons francs. Je ne veux pas paraître crédule, mais je dois avouer qu’il m’est difficile de comprendre pourquoi, en restant sur le plan purement humain, une femme pourrait adopter des comportements si peu ordinaires. Comment est-il possible qu’elle parle une langue inconnue ? Je n’arrive pas à trouver d’explication, même en tenant compte du concept du subconscient et de ses réactions ou de quelque structure psychologique exceptionnelle.

L’esprit humain ne peut exprimer en termes de logique ce qu’il n’a pas appris. Il ne s’agit pas simplement d’une intuition inexprimée, mais d’un nouveau monde logique et mystérieux parce qu’il n’est connu ni de nous ni de cette femme. En fait, on pourrait dire que c’est un monde nouveau qui vient remplacer le monde actuel.

Père Apollinare, vous devriez venir avec moi à l’hôpital, et je vous montrerai tous les cas extrêmement intéressants dont la science n’est pas encore venue à bout.

Je viendrai et j’essaierai de comprendre.

Mais dites-moi, avez-vous déjà observé un cas qui ressemble de près ou de loin à celui de cette femme ?

Franchement, non.

On pourrait alors admettre, par pure hypothèse, sans remettre en cause la science, la possibilité d’une intervention diabolique. La dame est une personne tout ce qu’il y a de plus normal, si ce n’est que, parfois, elle adopte une personnalité différente de la sienne, une personnalité nouvelle qui s’impose à son corps et qui en joue comme d’un instrument docile. Avez-vous entendu sa manière de chanter ?

Aucun des plus célèbres sopranos de notre siècle n’est capable de chanter aussi bien qu’elle. Et sans compter ces injures étranges déclamées dans une langue si bizarre. Non, mon père, je vous assure qu’il y a de quoi réfléchir. Pour moi, cette femme est possédée, et c’est un cas exceptionnel. Saint Pierre dit que les diables furent attachés « avec les chaînes de l’enfer pour être tourmentés et réservés jusqu’au jour du Jugement ».

Par conséquent, il n’y a pas de doute, ils appartiennent à l’enfer. Toutefois, dans la Lettre aux Éphésiens, saint Paul dit qu’ils sont dans l’air. Selon le récit de Matthieu, Jésus déclare également une fois qu’ils séjournent en enfer, et, selon le récit de Luc, que c’est dans le désert. Tout cela nous autorise à croire ici à une présence diabolique. Du reste, la possession est un phénomène largement connu, et il suffit de lire l’Évangile pour nous en assurer.

En outre, on a recours à l’exorcisme depuis les premiers temps du christianisme pour délivrer les âmes. Dans le temps, les exorcistes constituaient un ordre particulier de l’Église. Dans le monde païen, les actes diaboliques étaient extrêmement vivaces, et nos missionnaires disent la même chose du monde païen actuel. C’est la raison pour laquelle, autrefois, on pratiquait souvent un exorcisme à l’occasion du baptême.

Mais ceux qui étaient déjà baptisés avaient également droit à l’exorcisme lorsqu’on pensait qu’ils pouvaient être possédés par le diable. Bien entendu, il ne s’agit pas d’exagérer, et saint Thomas nous en avertit clairement. Toutefois, il est également vrai que nous avons trop tendance à oublier que Satan est le prince de ce monde, que Satan a soumis Jésus à la tentation.

C’est à ce moment-là qu’il a été chassé du nouveau royaume de la grâce, et on peut penser qu’il essaie donc de toutes ses forces de retrouver sa supériorité. Comment tout cela est-il possible concrètement ? Cela reste un mystère, mais il ne faut pas pour autant le nier. De même, il est impossible de nier certaines possibilités quant à l’empire que le démon exerce sur la nature, tant physique qu’humaine. Et là, tous les évangélistes, saint Paul compris, nous en avertissent avec une grande clarté.

Très attentif aux paroles de son frère, le père Pier Paolo lui répond en ces termes :

Tout cela est exact, mon cher père, mais je ne discute pas le principe : je remets en question le fait que cette dame soit effectivement possédée par le démon.

Refusant de s’avouer vaincu, le père Apollinare insiste encore. Tant et tant que, le lendemain, le père Pier Paolo s’éveille rempli de doutes et se rend chez l’évêque du diocèse. Son intention est surtout de taire les scrupules de conscience que les paroles de son frère ont soulevés en lui.

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L’évêque de l’époque, Mgr Giovanni Maria Pellizzari, est un homme profondément bon et compatissant, mais il possède également un caractère résolu.

Il se fait relater l’affaire en réclamant d’innombrables précisions, réfléchit longuement et annonce sans autre forme de préambule :

Mon cher père, pratiquez un exorcisme sur cette personne. C’est un ordre.

Le père Pier Paolo, qui est loin de s’attendre à une telle réaction, sursaute comme s’il avait été frappé en plein visage.

Excellence, pardonnez-moi, mais pensez-vous que cela soit nécessaire ?

Bien sûr.

Et je devrai m’en charger moi-même ?

Absolument.

Je ne pourrai pas en charger quelqu’un d’autre ?

Vous ou monseigneur Mosconi, mais il vaudrait mieux que ce soit vous, car vous connaissez déjà la personne.

Mille excuses, excellence, mais je crois bien avoir entendu dire que le démon, dans les exorcismes, s’attaque au prêtre-exorciste, inventant sur son compte des rumeurs tout sauf agréables. Et si la dame est vraiment possédée par le démon…

Mais qui voulez-vous qui croie la parole du démon ? Ne savez-vous donc pas que le démon est le père du mensonge ?

Je le sais, oui, en théorie, mais, en pratique, ceux qui m’assisteront, croiront-ils que le démon ne dit que des mensonges ?

Chargez-vous de l’exorcisme, mon père, répéta l’évêque avec le ton de celui qui n’admet plus de réplique. Et il se lève pour mettre fin à l’entretien.

Le père Pier Paolo quitte l’évêché dans un état d’esprit plutôt sombre. Il pense : Et si le démon se manifeste ? Que se passera-t-il ? Confessera-t-il mes péchés devant tous les présents ? Et s’il en invente d’autres ?

Le père Pier Paolo a peur, peur de parler avec le démon, peur de le voir à l’œuvre, de se retrouver en face de lui. Il ne veut pas croire à l’existence du démon parce que le démon l’épouvante. Dans l’ensemble, c’est un frère bon, mais il croit être un grand pécheur, ce qui le rend plutôt timoré.

Il pense : Et si la femme n’était qu’une hystérique ? Si, après l’avoir tourmentée avec des exorcismes, elle devenait encore plus malade, plus folle qu’avant ? Quelles en seraient les conséquences ?

À ce stade, il est quasiment prêt à retourner voir l’évêque pour lui faire part de ses doutes lorsqu’il entend une voix qui s’élève en lui et qui dit :

Ne crains pas. Fais ce que l’on te demande. Ne crains pas. Crois seulement.

La suite dans le livre de feu Père Amorth.

Source : Moi, le dernier exorciste – Gabriele Amorth – 2013

Publié par Napo

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