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Des peuples prodigues, et de leur condition misérable

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Les peuples prodigues sont ceux qui se sont soustraits à l’autorité paternelle du Vicaire de Jésus-Christ et qui, par leurs institutions publiques, ont quitté la maison de Dieu, qui est l’Église Romaine.

Ce sont les peuples qui ne sont plus officiellement catholiques. Il est dit dans l’Écriture :

« Qu’il est douloureux et amer d’avoir abandonné le Seigneur son Dieu ! »

Cette vérité ne s’applique pas seulement aux pauvres enfants prodigues qui abandonnent le service et la paix de Dieu, en se livrant au mal, elle s’applique encore, et avec une terrible réalité, aux peuples prodigues qui ont abandonné, eux aussi, la maison de Dieu, Jésus Christ et sa loi. À la place du plus doux des pères, à la place de Jésus-Christ et de celui qui le représente ici-bas, ils n’ont plus qu’un César, un maître capricieux, impérieux, souvent brutal, à la place de la maternité, si sage, si bien faisante, de l’Église, ils n’ont plus que cette abstraction pompeuse, renouvelée du paganisme, que l’on appelle l’État.

L’État, qui, dans notre pauvre monde moderne, domine, absorbe, écrase tout sous son talon de fer : conscience, religion, vérité, équité, famille, propriété, joie, bonheur, l’État, dont tous les caprices s’imposent sous le nom sacré de lois. Les peuples prodigues sont livrés, comme de vils troupeaux, à la merci du premier venu, qui leur impose ses volontés, le sabre au poing, qui leur enlève, l’un après l’autre, les vestiges de leur ancienne opulence chrétienne, qui les méprise, qui les maltraite et les punit ainsi cruellement de leur folie.

En effet, à l’intérieur comme à l’extérieur, misère, problèmes insolubles, abîmes inévitables : misère dans les rapports mutuels des pauvres et des riches, des ouvriers et des patrons, des faibles et des puissants, misère dans l’organisation des institutions publiques et dans les rapports des gouvernements avec les peuples, misère dans les relations extérieures des peuples et des États entre eux, misère surtout au regard de la conscience et des grands intérêts du salut éternel. Misère partout, et misère incurable.

Misère dans les rapports mutuels des différentes classes de la société.

Plus de principes de conscience, de justice et de charité : plus rien que des notions matérialistes, des notions d’équilibre et de force, comme s’expriment les économistes, prophètes du monde nouveau ! On dit :

« Ouvrier et patron, producteur et consommateur, chacun tirera de son côté, sans s’inquiéter des autres. Laissons-les faire : les plus habiles seront les plus heureux, le riche ruinera le pauvre, le plus fort écrasera le plus faible. Il y aura des pauvres en masse, le paupérisme grandira peut-être jus qu’aux proportions de l’esclavage antique. C’est fâcheux sans doute, mais qu’y faire ? Ce sont là les conditions inévitables de la liberté dans le monde nouveau. S’il y a des émeutes, le canon sera toujours là pour mettre les gens à la raison. »

Tout ce système avait été formulé dans une de nos crises sociales, par des vers tristement comiques dont voici le début : Liberté de mourir de faim, Égalité dans la misère, Fraternité de Caïn. Ce sera vrai tant qu’on empêchera l’Église d’adoucir les rapports des pauvres et des riches, des pauvres entre eux, des ouvriers et des patrons, etc., et de verser sur les plaies du corps social l’huile bienfaisante de la charité chrétienne, de l’amour et du respect du prochain, des espérances éternelles et des consolations de la foi.

Misère dans l’organisation des institutions publiques.

On dit :

« Dans une constitution politique, tout se résume dans la pondération des forces et des pouvoirs. La nation est une machine à régler, une grande horloge, et le meilleur homme d’État n’est qu’un habile horloger. Le grand ressort du mécanisme, c’est la volonté populaire. Inventons des institutions qui en règlent le mouvement et tiennent lieu de balancier. Le pouvoir souverain est l’aiguille qui semble marquer l’heure qu’elle veut, tandis que, derrière elle, une force dont elle n’est point maîtresse la fait tourner. »

Le malheur de cette conception toute matérialiste, c’est qu’elle ne s’adapte point aux nations. Rien qu’en France, depuis cent ans bientôt, nous inventons, nous touchons, nous retouchons, nous travaillons et retravaillons le mécanisme de notre constitution politique et sociale, nous ajoutons, nous retranchons des rouages, des échappements, des régulateurs, des balanciers, des ressorts, et toujours la machine s’arrête ou se brise.

Pauvres prodigues, nous allons de révolutions en révolutions.

Misère dans les rapports internationaux.

Là encore le désordre et la confusion de Babel. On dit :

« La paix et le bonheur publics, c’est l’équilibre européen. Avant tout, équilibrons, les petits États disparaîtront pour le bien public, tant pis pour eux. Les grandes agglomérations, armées jusqu’aux dents et brutalement centralisées, se tiendront en respect les unes les autres, toujours pour le plus grand bonheur des peuples. Les droits des faibles, la justice, l’équité la plus vulgaire, le droit des gens viendront après.

Nous inventerons des principes de faits accomplis, de non-intervention, de nationalité, tout un système de droit nouveau. L’Église condamne le système, le Saint-Siége sera mis à deux doigts de sa perte, le monde entier sera sens dessus dessous, les couronnes tomberont comme des feuilles, des guerres sanglantes et gigantesques menaceront de mettre tout à feu et à sang.

Que voulez-vous ?, c’est le monde nouveau, et si vous ne le trouvez pas prospère, c’est que vous êtes encore esclave des préjugés de l’ancien régime et du moyen âge. »

Misère enfin pour les pauvres âmes, que tout cet ensemble de folies sociales et d’institutions antichrétiennes perd par millions.

L’influence des institutions est fondamentale pour le salut ou pour la perte des peuples. C’est comme un grand courant qui entraîne les masses ou vers la vie ou vers la mort. Quand elles sont bonnes et catholiques, elles sont le plus puissant, le plus indispensable auxiliaire de la sainte Église dans son ministère de salut et de sanctification, quand elles sont mauvaises, c’est-à-dire contraires à l’institution divine et au règne du Christ, elles sont, pour l’Église et pour les âmes, l’adversaire le plus redoutable.

Les peuples prodigues sont dans la voie de la perdition, et si la foi se conserve dans leur sein, si l’Église y grandit et parvient à dominer le tourbillon, c’est par un véritable miracle de grâce. Loin de la maison paternelle, l’enfant prodigue n’était plus couvert que de haillons, et il n’en rougissait point : loin de Jésus-Christ, hors de l’Église, ce grand prodigue qu’on nomme le monde moderne, n’est couvert que des haillons du paganisme, et il se drape là-dedans, ne s’apercevant pas même de sa misère.

Il méprise le monde chrétien, dont il a perdu jusqu’à la notion. Combien coupables ont été les séducteurs, couronnés et autres, qui, depuis trois ou quatre siècles, l’ont fait descendre jusque-là ! Quel enfer doit être le leur ! Ces crimes-là ont des proportions plus qu’humaines. Hélas ! quand donc viendra le jour où notre pauvre société dévoyée, et, en particulier, notre chère et noble France, ouvriront les yeux et reconnaîtront leur misère !

En dehors de Jésus-Christ, en dehors de son Église, qu’elles le sachent bien, il n’y a point de remède, il n’y a point de résurrection possible. En dehors de la vie, on ne peut point vivre, et Jésus-Christ l’a proclamé hautement, il crie à tous les peuples, comme à tous les hommes :

« Venez à moi, vous tous qui souffrez et qui ployez sous le fardeau : et moi, je vous relèverai. C’est moi qui suis la Voie, la Vérité et la Vie. Sans moi, vous ne pouvez rien. Quiconque ne recueille point avec moi, dissipe ! »

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Notre société prodigue dissipe, parce qu’elle ne travaille plus avec Jésus-Christ et pour Jésus-Christ. Elle est dans l’esclavage du démon et des pouvoirs humains, parce qu’elle n’est plus dans la Vérité, c’est-à-dire dans le Christ et dans l’Église du Christ. Il faut qu’elle y rentre, son salut est là, et nulle part ailleurs, elle ne retrouvera sa liberté, sa robe blanche, et son anneau royal, et sa noblesse, et sa paix, et son vrai bonheur, que dans la maison paternelle où le père de famille ne se lasse point de l’attendre.

Veut-on savoir quels sont les grands criminels de notre temps ? Ce sont les hommes qui, par la puissance du pouvoir public ou de l’enseignement ou de la parole ou de la presse, empêchent ou du moins retardent ce retour salutaire. Ils sont plus réellement scélérats que les assassins et les empoisonneurs qu’on guillotine.

Source : Liberté – Mgr de Ségur – 1869

Publié par Napo

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