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Dieu défend les âmes qui s’abandonnent à lui contre ses ennemis

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Dieu défend les âmes qui s'abandonnent à lui contre ses ennemis
Dieu défend les âmes qui s'abandonnent à lui contre ses ennemis

C’est ce que nous dit Saint Paul dans l’Épître aux Romains, VIII, 31 : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré à la mort pour nous tous, comment, avec lui, ne nous donnera-t-il pas toutes choses ? »

Le livre de la Sagesse, V, 17, dit des justes qui s’abandonnent avec confiance au Seigneur : « Il les protégera de sa droite, et son bras les couvrira comme un bouclier ».

La Providence dirige tout ; même les plus petites circonstances qui paraissent insignifiantes sont en sa main. Il n’y a pas de hasard pour elle ; ainsi, elle peut très facilement déjouer par un petit fait imprévu les savants calculs des ennemis du bien. On le voit par exemple dans la vie de Joseph vendu par ses frères. Si, au moment où ils voulaient le mettre à mort, des marchands Ismaélites n’étaient pas passés par là, comme par hasard, ils l’auraient laissé dans la citerne où ils l’avaient jeté. Mais ces marchands étant survenus à cette heure et non pas une heure plus tard, comme de toute éternité Dieu l’avait ordonné, Joseph fut vendu comme un esclave. Et ainsi amené en Égypte, il devint plus tard le bienfaiteur de ceux qui avaient voulu le perdre. Rappelons-nous aussi l’histoire d’Esther, celle du prophète Daniel et de tant d’autres.

De même et plus encore à la naissance de Notre Seigneur. Hérode organise tout pour mettre à mort le Messie, il demande aux Mages venus d’Orient de l’informer exactement de l’enfant ; mais ceux-ci, « avertis en songe de ne point retourner vers Hérode, regagnent leur pays par un autre chemin » (Matthieu, II, 12). « Alors Hérode, voyant que les Mages s’étaient joués de lui, ordonne le massacre de tous les enfants qui étaient dans Bethléem et dans les environs », mais un ange du Seigneur apparut à Joseph pendant son sommeil pour lui dire de soustraire l’enfant à la colère du roi et de fuir en Égypte.

Dans la vie des justes, l’intervention d’un ange gardien, qui sur l’ordre de Dieu donne une bonne pensée, soit dans le sommeil, soit dans l’état de veille, n’est pas un miracle, c’est un fait providentiel assez fréquent dans la vie de ceux qui s’abandonnent pleinement à Dieu. Il est dit dans le Psaume 90, 10 :

« Le malheur ne viendra pas jusqu’à toi, aucun fléau n’approchera de ta tente, car le Seigneur ordonnera à ses anges de te garder dans toutes tes voies. Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte contre la pierre ».

Sans doute, il ne faut pas tenter Dieu, mais en faisant quotidiennement son devoir, il faut s’en remettre humblement à lui, et il défend ceux qui s’abandonnent ainsi, comme la mère défend son enfant. S’il permet la persécution extérieure, souvent bien douloureuse, comme il la permit contre son Fils, il ne permet pas que le juste perde courage en cette persécution, il le soutient invisiblement ; et si celui-ci, dans un moment d’égarement comme Pierre vient à tomber, il le relève et le conduit au port du salut.

Les saints disent même que l’âme qui s’abandonne à Dieu, au lieu de résister à ses ennemis, trouve en eux d’utiles auxiliaires.

« Il n’y a, dit le Père de Caussade, rien de plus sûr à opposer à la prudence de la chair que la simplicité ; elle en élude admirablement toutes les ruses sans les connaître, sans y penser même. Avoir affaire à une âme simple, c’est en quelque sorte avoir affaire à Dieu. Quelle mesure prendre contre le Tout-Puissant, dont les voies sont inscrutables ? Dieu prend en main la cause de l’âme simple ; il n’est pas nécessaire qu’elle étudie les intrigues… (qu’on trame contre elle)… L’action divine lui inspire et lui fait prendre des mesures si justes, qu’elle surprend ceux qui la veulent surprendre. Elle profite de leurs efforts… Ce sont des galériens, qui mènent au port à toutes rames… Toutes les contrariétés lui tournent à bien… Tout ce qu’elle doit craindre, c’est de se mettre elle-même de la partie… (en troublant) un travail où elle n’a rien à faire qu’à voir en paix ce que Dieu fait et à suivre avec simplicité les attraits qu’il lui donne… L’âme qui s’abandonne ainsi à Dieu peut s’abstenir de rien faire ou dire pour sa justification : l’action divine la justifie ».

Ainsi en est-il dans la vie des saints, et la voie qu’ils ont suivie, n’est-elle pas, toutes proportions gardées, celle que nous devons suivre ?

Pendant la dernière guerre, au milieu des circonstances difficiles, bien des gens disaient sur un ton plus ou moins dégagé :

« Il ne faut pas s’en faire ».

C’était la matérialisation égoïste de la doctrine dont nous parlons. L’âme de cette doctrine, c’est l’abandon confiant à la Providence. Si cet abandon confiant n’existe plus, dans les recettes de vie comme celle-là : « il ne faut pas s’en faire », il n’y a plus qu’un corps sans âme, une formule, qui ne vaut que ce que vaut encore l’énergie morale de la personne qui s’en sert. Lorsqu’on a quitté la voie salutaire dont nous parlons, voilà ce qui reste des plus hautes maximes de vie : une formule morte qui peut servir à tout excuser. Et pourtant la lumière de vie de l’Évangile est offerte à tous. L’hostie consacrée, qui est élevée tous les matins sur l’autel, est offerte pour tous, et tous pourraient s’unir à cette oblation. C’est un immense malheur de lui préférer cette idole : la pièce d’or, et de mettre à la place de la confiance en Dieu, unie au travail de tous les jours, l’orgueilleuse assurance fondée sur le calcul humain. L’homme se met alors à la place de Dieu, il tue en lui les vertus théologales ; il est à l’antipode de la doctrine dont nous parlons, qui est par excellence la doctrine de vie.

Dieu vivifie de plus en plus intimement les âmes qui s’abandonnent à lui. Non seulement il les conduit et les défend, mais il les vivifie par sa grâce, par les vertus, par les dons du Saint-Esprit et les inspirations toujours nouvelles qu’il leur envoie. Bien plus, il les vivifie lorsqu’il paraît le plus les dépouiller et les faire mourir, selon le mot de saint Paul : « Mihi vivere Christus est et mori lucrum – Le Christ est ma vie, et la mort m’est un gain » (Philippiens, I, 21).

Tandis que la vie de certaines personnes c’est le sport, ou l’art, ou l’activité intellectuelle scientifique ou philosophique ; la vie des âmes dont nous parlons, c’est le Christ, comme dit saint Paul, ou l’union au Christ. Lui-même est leur vie, dit saint Thomas (in Epistolam ad Philippienses, I, 21), en ce sens qu’il est le motif constant de leurs actions vitales les plus profondes. C’est pour lui qu’elles vivent et agissent constamment ; ce n’est pas pour un but humain ; c’est vraiment pour le Seigneur qui les vivifie de plus en plus, et qui les fait vivre de cela même qui semble devoir faire mourir, comme Jésus lui-même a fait de sa Croix le plus grand instrument de salut.

Ce point de doctrine si profond a été admirablement mis en lumière par un dominicain du XVIIe siècle, le Père Chardon dans son livre La Croix de Jésus (3e entretien, chapitre VIII et suivants). Il montre que l’action divine qui nous détache progressivement, et parfois de façon bien douloureuse, de ce qui n’est pas Dieu, tend à nous unir à lui de plus en plus, par ce détachement même. Par là, la perte est un gain. La grâce, en augmentant en nous, est à la fois principe de séparation et d’union ; la séparation progressive n’est que l’envers de l’union.

« De crainte, dit Chardon, que l’usage trop fréquent des consolations n’arrête l’inclination de l’âme vers lui, Dieu lui suspend le ruisseau, pour la faire soupirer avec plus d’ardeur vers la source… Il lui soustrait ses grâces pour se donner lui-même. Il s’insinue doucement, en se faisant maître de toutes les attentions de ses puissances, afin de la rendre jouissante du Bien unique et nécessaire, que l’on ne doit aimer qu’avec la même solitude, qui sépare de toutes choses la souveraineté de son être ».

La disparition d’une lumière et d’une vie inférieure coïncide ainsi avec l’apparition d’une lumière de vie beaucoup plus haute. Lorsqu’un apôtre au milieu de son apostolat, en pleine maturité, est frappé de paralysie, on croit souvent que c’est la fin de son influence ; c’est parfois et ce devrait être le commencement de quelque chose de supérieur : à la place de l’apostolat direct et extérieur, l’apostolat caché mais profond, qui par la prière et l’immolation atteint les âmes dans le Christ, et fait déborder sur elles le calice de la surabondante rédemption.

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Une prière écrite par un inconnu qui s’est inspiré de saint Augustin résume admirablement cette doctrine :

Acte d’abandon.

« Je me laisse, ô mon Dieu, dans vos mains. Tournez, retournez cette argile, sicut lutum in manu figuli, comme le vase qui se fait entre les mains du potier (Jérémie, XVIII, 6). Donnez-lui une forme ; brisez-la ensuite, si vous voulez ; elle est à vous ; elle n’a rien à dire. Il me suffit qu’elle serve à tous vos desseins et que rien ne résiste à votre bon plaisir pour lequel je suis fait. Demandez, ordonnez ; que voulez-vous que je fasse ? que voulez-vous que je ne fasse pas ? Élevé, abaissé, persécuté, consolé, souffrant, appliqué à vos œuvres, inutile à tout, il ne me reste qu’à dire, à l’exemple de votre sainte Mère : Qu’il me soit fait selon votre parole.

Donnez-moi l’amour par excellence, l’amour de la croix, non pas de ces croix héroïques dont l’éclat pourrait nourrir l’amour-propre, mais de ces croix vulgaires que nous portons hélas ! avec tant de répugnance, de ces croix de chaque jour, dont la vie est semée et qui se rencontrent au milieu du chemin à toute heure, dans la contradiction, l’oubli, l’insuccès, les faux jugements, les contrariétés, la froideur ou les vivacités des uns, les rebuts ou les mépris des autres, dans les infirmités du corps, les ténèbres de l’esprit, le silence et la sécheresse du cœur. Alors seulement, vous saurez que je vous aime, bien que je ne le sache ni ne le sente moi-même, et cela me suffit ! »

Cela, c’est vraiment la sainteté, même la haute sainteté. S’il n’y avait eu dans notre vie aux moments les plus douloureux que quelques minutes semblables, ce seraient là les sommets de notre vie, où nous aurions été très près de Dieu. Or c’est à chaque instant que le Seigneur nous invite à vivre ainsi pour nous perdre en Lui. Même et surtout en ces moments, il est vrai de dire :

« Justum deduxit Dominus per vias rectas, et ostendit illi regnum Dei – Le Seigneur conduit le juste par des voies droites, et il lui montre le règne de Dieu »

Source : La Providence et la confiance en Dieu – Frère Réginald Garrigou – 1932

Publié par Napo

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