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La thèse et l’hypothèse, en fait de libertés civiles et politiques

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Par libertés civiles et politiques, il faut entendre les institutions qui donnent à tous les citoyens d’une nation la part légitime qui leur revient dans la direction des affaires publiques et dans le bon gouvernement de leur pays.

Ce sont les institutions qui facilitent à une nation l’accomplissement de ses véritables destinées, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, ce sont, d’une part, les facilités données à tous les dépositaires du pouvoir, depuis le Souverain jusqu’au plus modeste fonctionnaire, de remplir leur mission dans l’intérêt du bien général, et d’autre part, les facilités dont jouissent tous les citoyens pour exercer leurs droits légitimes et remplir les devoirs de leurs conditions respectives.

Ces droits et ces devoirs varient à l’infini, ils regardent la vie publique ou la vie privée. L’Église, gardienne et interprète infaillible du droit naturel, est chargée par Notre Seigneur d’éclairer sur tout cela les gouvernants et les gouvernés, au point de vue du respect de la vérité et de la justice, c’est- à- dire du règne de Dieu sur la terre. C’est à elle, c’est à son Chef qu’il appartient en dernier ressort de régler la direction du mouvement social, parce que c’est elle qui en proclame les principes véritables, à la fois naturels et surnaturels, et qui empêche ainsi la société de sortir des voies de Jésus-Christ.

Il n’est pas moins défendu en conscience d’attenter, par la tyrannie ou l’arbitraire, aux libertés civiles et politiques d’une nation, que d’attenter à sa liberté religieuse. De part et d’autre, c’est violer la loi de Dieu. Tel est l’idéal, l’idéal chrétien, de notre liberté, en tant que citoyens.

L’hypothèse est bien loin de la thèse, surtout depuis 89 : la centralisation, unie à l’autocratie plus ou moins militaire de l’État, absorbe de plus en plus, efface, réduit en poussière ce bel ensemble de libertés publiques que le christianisme avait suscitées en Europe. Dans les temps de foi, l’unité monarchique de l’État dominait, sans y toucher, ces mille et une institutions bienfaisantes, qu’on appelait libertés ou franchises municipales, libertés provinciales, etc. elle unissait, sans les absorber, les libertés politiques des différents ordres qui constituaient la nation : clergé, noblesse, magistrature, tiers état ou communes.

Une admirable pondération régnait entre ces différentes forces vives, dont le roi était le chef, mais non pas le maître, il y avait unité, il n’y avait pas centralisation. Chaque partie, chaque citoyen avait sa vie propre, occupait sa place, jouait son rôle dans la vie du corps entier, le sol était vraiment la patrie, il y avait des traditions, de la vraie vie, de la joie, du bonheur pour tous et pour chacun.

La brutalité révolutionnaire a passé sur tout cela, elle a tout brisé, à la place de ces libertés vraies, elle a créé des libertés factices et mensongères, qui s’accordent parfaitement avec tous les despotismes, qui ne donnent aucune force réelle aux communes ni aux cités, et qui, en somme, importent fort peu aux vrais intérêts et au bonheur de ceux qui les exercent.

La Révolution a transporté dans le chef seul la puissance d’initiative qui résidait et qui devait résider dans tous les organes, dans tous les membres, à la place d’un corps vivant, sain et bien proportionné, elle a mis une tête énorme sur un corps amoindri et sans vigueur, elle a fait de chaque nation une grande machine dont tous les rouages ne se meuvent que par l’impulsion de la grande roue. Il faut entrer dans l’engrenage, c’est- à- dire dans une dépendance qui ressemble fort à de l’esclavage, ou bien se résoudre à n’être plus rien dans l’ordre civil et politique. Et, sauf des nuances, cela est vrai de tous les gouvernements que nous a donnés la Révolution.

Monarchie militaire, monarchie constitutionnelle, démocratie royale et parlementaire, démocratie républicaine, césarisme libéral, tous nos gouvernements modernes, sortis de la véritable voie, sont des centralisations bureaucratiques, qui absorbent tout, qui remplacent tout, et qui de plus en plus font tout marcher, comme une machine, par le télégraphe.

Que faire ? Là encore, il faut s’en tirer comme on peut, il faut que chacun profite des circonstances favorables pour proclamer bien haut et pour faire prévaloir les vrais principes méconnus, il faut du moins, par la parole, par la plume et par tous les autres moyens légitimes d’influence, préparer l’esprit public à des institutions meilleures, faire comprendre le danger du système révolutionnaire, faire apprécier les avantages du système chrétien.

Là où l’on meurt par excès de fausses libertés, vaut mieux, pour parer au danger actuel, se rejeter du côté de l’autorité, même non chrétienne, là où l’on meurt asphyxié, étouffé sous la pression du despotisme ou de la fausse autorité, il vaut mieux se replier sous le drapeau dangereux, mais moins dangereux encore, des fausses libertés : entre deux maux, il faut choisir le moindre. Ce n’est pas là un remède radical, ce n’est qu’un palliatif, mais en attendant le remède, le palliatif a quelque prix.

Cette question est aussi complexe que difficile. La première qualité d’un homme d’État, c’est, aujourd’hui plus que jamais, d’être franchement et profondément catholique, afin de savoir avec certitude où est le mal et où est le remède. En attendant, l’influence individuelle doit suppléer, autant que faire se peut, au vice de l’organisation sociale. Un chrétien peut parfaitement servir en conscience ces gouvernements si peu chrétiens dans leurs constitutions : il imite le Saint-Siège et les Évêques, qui traitent avec eux comme avec des pouvoirs de fait, approuvant ce qu’ils ont et ce qu’ils font de bon, demeurant étranger à ce qu’ils font de mal et à ce qu’ils ont de contraire à la loi divine.

Consulté à deux reprises sur ce point délicat, d’abord à l’occasion de la charte constitutionnelle de Louis XVIII, puis à l’occasion du gouvernement de juillet, le Saint-Siège a répondu que les catholiques et même les Évêques pouvaient prêter serment de fidélité à ces constitutions bâtardes, « salvis quibuscumque juribus, » c’est-à-dire en réservant tous les droits religieux, civils, politiques, individuels, que ces chartes rationalistes pouvaient léser.

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Mais ici encore, qu’on ne l’oublie pas, tout en subissant cet état de choses, gardons-nous de l’approuver sans réserve : ce serait contre la conscience. Gardons-nous surtout de nous laisser prendre à ce que le pouvoir militaire centralisé et bureaucratique a de gigantesque, de brillant et de puissant, ce serait donner les mains aux œuvres de la Révolution, ce serait précipiter le retour total de nos pauvres sociétés déchristianisées au césarisme païen et à la servitude universelle.

Qu’une foi vive nous préserve de l’aveuglement quant aux principes, et de l’abaissement quant aux caractères. Ce n’est point là un sentiment de révolte, c’est de la fierté, c’est de la fierté chrétienne et du vrai patriotisme. L’Église est la mère des vraies libertés publiques : seule, elle nous les avait données, seule, elle pourra nous les rendre.

Source : La liberté – Mgr de Ségur – 1869

Publié par Napo

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