L'union, loi des familles, est aussi la loi des états
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L’union, loi des familles, est aussi la loi des états

« Multipliez-vous, a dit le Seigneur à la première des familles, remplissez la terre et soumettez-la ». Les hommes, en se multipliant, n’ont pu soumettre à leur empire la terre, c’est-à-dire le sol et les forces de la nature, les plantes et les animaux, qu’en conservant entre eux l’union.

L’homme isolé ne peut rien. L’association a fait tout ce que nous voyons : c’est elle qui a produit toutes les richesses que la civilisation possède actuellement. Tout est sorti du travail des hommes associés dans l’espace et dans le temps. Sans union, point d’association, ou si l’association tente de se former, elle ne tarde pas à se dissoudre.

C’est l’union qui fait qu’un ensemble se tient et forme un lout. Du moment où elle est brisée la société tombe en ruines. Nous ne voyons que trop l’anarchie où se débat notre malheureuse France. La Sagesse divine nous avait averti de ce qui nous arrive :

« Tout royaume divisé contre lui-même sera détruit, et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne pourra subsister. »

Or l’union procède de l’amour. L’amour est donc la première loi du monde moral, comme son corrélatif, l’attraction, est la première loi du monde physique. L’une et l’autre mettent l’unité dans l’infinie variété des choses. « Comme les astres gravitent dans leurs orbites parce qu’ils sont force et pesanteur, a dit M. Funck-Brentano, comme conclusion de ses études sur la civilisation et ses lois, l’homme vit en société parce qu’il est intelligence et amour. »

L’amour commence à unir l’époux à l’épouse, les parents aux enfants. Mais bientôt, il élargit le cercle de son action. Par les mariages que les enfants contractent, la parenté s’étend et elle appelle à elle l’affinité, qui ne se contente plus d’unir les personnes, mais les familles elles-mêmes.

« La flamme sacrée de l’amitié, dit Jean Bodin, montre sa première ardeur entre le mari et la femme, puis des pères aux enfants, et des frères entre eux, et de ceux-ci aux plus proches parents, et des plus proches parents aux alliés. »

Continuant à rayonner loin de son foyer, la même flamme crée ces unités supérieures que nous avons vues prendre les noms de Phratrie, Gens, Mesnie, Patrie, tous noms qui rappellent que ces entités sociales ont eu leur principe dans la famille. L’entité sociale suprême, la nation, n’est vraiment vivante et vigoureuse que si longtemps qu’elle conserve et entretient en son sein le feu sacré, comme cela fut dans l’ancienne France.

La Révolution l’a éteint en supprimant le foyer : je veux dire la famille royale. Au lieu d’amour, au lieu d’union, il n’y a plus chez nous qu’antagonisme. À la France compacte, magnifique de cohésion entre ses provinces, d’unité dans les sentiments patriotiques de ses enfants, a succédé une désagrégation des hommes et des choses telle que nous paraissons, aux yeux des autres nations, n’être plus qu’une poussière que le vent des révoltes et des guerres peut disperser en un instant.

Comment arrêter cette ruine ? Nous ne répondrons point à cette question par nous-mêmes. Nous emprunterons une parole étrangère, la parole d’un homme qui n’est point de race française, quoiqu’uni à elle par la naturalisation et par la conversion du judaïsme au catholicisme.

Elle paraîtra plus exempte de préjugés.

« Comment revenir, demande-t-il au spectacle de nos divisions, comment revenir à l’unité nécessaire ? Il n’existe pas deux voies : c’est de revenir au principe qui, au cinquième siècle, a fait la France. À un peuple précipité hors de sa voie, arraché à ses traditions et qui meurt, on ne peut rendre du sang, de la vie, du patriotisme, de l’élan, qu’en le ramenant, en le rattachant de nouveau à son principe. »

Au principe générateur de la nation française, lequel fut la monarchie chrétienne, un autre principe a été tout à coup substitué. L’homme sans contredit le plus capable de faire triompher ce nouveau principe, M. Thiers, alors chef du pouvoir exécutif, en proposa l’essai sous une image qui ne manquait pas de grandeur et de séduction.

Il comparait la République, dont le nom seul était un épouvantail pour beaucoup, à ce redoutable Cap des Tempêtes, au sud de l’Afrique, si fameux par tant de naufrages, et auquel, pendant longtemps, les vaisseaux n’osaient plus approcher. Mais un navigateur se rencontra plus hardi et plus confiant que les autres. Imposant donc au terrible cap un nom de meilleur augure, celui de Bonne-Espérance, il osa tenter le passage : l’essai fut couronné de succès et le Cap des Tempêtes est resté le Cap de Donne-Espérance.

Et l’habile autant que spirituel vieillard concluait de la sorte : Osons, Messieurs, tenter un nouvel et loyal essai de la République ; ce qui était hier le Cap des Tempêtes sera peut-être également demain le Cap de Bonne-Espérance.

Voilà douze ans passés, aujourd’hui, quarante ans bientôt que l’essai proposé se poursuit. Ceux qui avaient intérêt à en surveiller, à en diriger le fonctionnement, la marche, se sont trouvés non seulement maîtres, mais maîtres absolus de la France. Rien de ce qui peut faire réussir, ni la puissance, ni la richesse, ni le glaive, ni la parole, ni l’audace, ni les acclamations, ni le dévouement, ni l’abnégation d’un grand nombre ne lui a fait défaut.

Eh bien ! après douze ans (quarante années) d’essai complet, ininterrompu, en présence d’une France fractionnée de partout, plus semblable, dans ses divisions, à un navire dont les ais se décollent et se détachent qu’à un peuple de frères ; en contemplant avec stupéfaction.

« La religion expulsée de l’école, la croix arrachée des cimetières, les secours spirituels refusés aux soldats et aux malades, les religieux chassés et dispersés, les finances gaspillées, l’armée désorganisée, la magistrature réduite à la servilité, l’industrie insuffisamment protégée, l’agriculture appauvrie et sans appui, la propagande anarchique tolérée, les fonctionnaires chrétiens destitués ou disgraciés ; en résumé : à l’intérieur, la France tyrannisée par l’esprit de fraction ; à l’extérieur, la France impuissante et abaissée, en présence d’un tel spectacle, la main sur la conscience, peut-on dire que le Cap des Tempêtes est devenu le Cap de Bonne-Espérance ? »

Non, l’espérance est ailleurs ! Elle est dans un retour national, nécessaire, à l’antique principe qui, ayant fait la France, peut seul la refaire. Oui, c’est là que s’est réfugiée l’espérance ! Car où se trouve le principe générateur de l’unité, là se trouve le renouvellement de la patrie française ! Rien n’est fort en effet, dans l’histoire d’un peuple, comme le principe générateur qui en a été la source ; rien n’est béni de Dieu comme la fidélité à s’y maintenir.

La nation juive en a présenté un mémorable exemple. Chacun sait que, dans la succession illustre de ses rois, il s’en trouva un qui, fils dégénéré de David, eut à cœur, ce semble, de mériter le titre de honte et de bourreau de son peuple, tant il se montra à la fois impie et cruel. Ce fut Manassé, le Néron du peuple hébreu.

Or, il arriva que Dieu, prenant en pitié les gémissements des victimes, intervint par un de ces coups de justice qui retentissent dans l’histoire. Il livra le mauvais roi à Assurbanipal et à ses Assyriens. Ceux-ci l’ayant lié de deux chaînes l’emmenèrent captif à Babylone. N’était-ce point le cas de mettre à profit un événement si opportun pour modifier le gouvernement hébraïque, ou bien changer la dynastie, tout au moins pour remplacer le roi impie, devenu captif, en proclamant son fils?

Rien de tout cela ne se fit. Fidèle au principe générateur de sa nationalité, le peuple hébreu ne se crut pas le droit d’en modifier l’essence : il se borna à établir un gouvernement provisoire ; et lorsque, après les longs mois d’une dure captivité, passée dans les larmes et le repentir, Manassé, délivré par la même main divine qui l’avait précipité dans les fers, reparut à Jérusalem, son trône l’attendait intact, la fidélité de son peuple n’avait point changé !

Alors Dieu qui, lui non plus, ne change pas, prit plaisir à récompenser magnifiquement une si admirable fidélité. Il le fit par deux événements particulièrement providentiels. Le premier fut l’apparition de Judith, l’une des héroïnes juives. Déjà maîtres du roi, les Assyriens s’étaient flattés de se rendre incontinent maître du royaume.

Ce fut alors que Judith, suscitée par Dieu, leur barra le passage. Le second fait, non moins providentiel, fut l’avènement de Josias au trône de David. Petit-fils et second successeur de Manassé, Josias a été sans contredit l’un des meilleurs rois de Juda, une de ses gloires les plus pures, celui dont l’Écriture a fait ce bel éloge : « La mémoire de Josias est comme un parfum du suave odeur. »

Voilà ce que peut, en faveur de l’unité, et pour le bonheur d’un peuple, la fidélité au principe générateur de son existence. Persévérance dans la prière. Embrassement de la pénitence. Retour à l’unité. Tels sont, d’après la Bible et dans le domaine de l’ordre moral, les trois conditions indiquées de Dieu pour
la guérison des nations.

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En les accomplissant, la guérison de la France est moralement certaine. Et, si la guérison s’opère, on verra reparaître, avec le retour aux croyances religieuses, le respect de tous les droits, l’épanouissement de l’honneur, la pratique d’une vraie liberté, la noble ambition de la gloire, la protection des faibles, la sécurité du commerce, l’élan de la prospérité, la recherche de notre alliance, en un mot, tout ce qui a contribué à faire de la France, durant des siècles enviés à cette heure, le plus beau royaume après celui du ciel.

Source : L’esprit familial dans la maison, dans la cité et dans l’État – Mgr Henri Delassus – 1911

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