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Études sur la Fête de l’Épiphanie

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La Fête de l’Épiphanie appartient non seulement aux plus anciennes, mais aux plus remarquables solennités de l’Église chrétienne. Cette fête, étant presque contemporaine de la Fête de Pâques et de la Pentecôte, rappelait, et aujourd’hui encore, l’apparition du Seigneur au monde comme Rédempteur, et elle a été célébrée dans l’Église d’Orient de très bonne heure et avec beaucoup d’éclat, en mémoire du baptême de Notre Seigneur.

La pensée principale qui était à la base de cette Fête dans l’Église d’Orient, était l’idée de la manifestation ou de la révélation du Seigneur à l’humanité pécheresse, soit parce que ce jour-là le Christ a été manifesté, pour la première fois, aux Juifs, lorsqu’il reçut le baptême des mains de Jean-Baptiste, dans les eaux du Jourdain, comme le Fils bien aimé de Dieu, selon l’explication de Saint Jean Chrysostome et de Saint Augustin, soit à cause de l’étoile des Mages, qui annonça le Sauveur du monde, selon l’interprétation de Saint Isidore de Péluse.

Il n’y avait pas alors dans l’Église d’Orient de Fête de Noël, ou de Fête de la naissance corporelle du Christ, à proprement parler ; sa naissance était célébrée comme contenue implicitement dans la Fête de l’Épiphanie et comme préparation à cette dernière, qui tombait le 6 janvier.

Au sujet de l’origine de cette Fête, nous signalons le fait suivant :

D’une part, Clément d’Alexandrie dit, dans les ( Strom, lib I, 145, 146), au sujet des Gnostiques Basilidiens, qu’ils fêtaient le jour du baptême du Seigneur, passant la nuit à lire les Saintes Écritures et d’autres différentes prières, les uns le sixième, les autres le dixième jour de Janvier. Mais il ne faut pas conclure que les Basilidiens aient été les premiers à fêter le baptême du Christ, car comment eût-il été possible que l’Église chrétienne eût emprunté cette Fête à des hérétiques qui l’avaient abandonnée ? Au contraire, il est très probable que les Basilidiens célébraient cette fête après l’avoir empruntée aux Judéo-Chrétiens de Palestine ou de Syrie, qui la célébraient en souvenir de la révélation de Jésus-Christ, comme Messie, après son baptême dans le Jourdain.

D’autre part, nous voyons que les Pères de l’Église, depuis le quatrième siècle, témoignent que cette Fête était très ancienne et remarquable dans l’Église d’Asie. Saint Jean Chrysostome dit dans l’homélie sur la Pentecôte :

« La première fête chez nous est l’Épiphanie ; quelle est donc l’occasion de ce jour de Fête ? C’est que Dieu est apparu sur la terre et a parlé aux hommes ( Baruch III, 38) ; c’est à ce moment que le Fils unique de Dieu fut avec nous. Mais cela se produit toujours : voici, en effet, que je suis avec vous… ( Matthieu 28:20 )…»

De même, les Pères de l’Église parlent de cette Fête comme Fête de la manifestation du Seigneur au monde, pendant le baptême, et comme étant célébrée le 6 janvier.

Origène voit dans cette fête de l’Épiphanie non la fête de la naissance de Jésus, mais celle du baptême ; il justifiait sa manière de voir en rapprochant le passage d’Ézéchiel 1:1 et :

« Le cinquième jour du quatrième mois, les cieux s’ouvrirent » de Matthieu 3:16.

Saint Jérôme dit aussi :

« Haec dies Ephipaniorum venerabilis… significat non ut quidam putant Natalis est in carne ( C’est le jour vénérable des Ephipanians… cela ne signifie pas comme certaines personnes pensent que Noël est dans la chair ) »

Les Constitutions Apostoliques s’expriment ainsi :

« Après ce jour vient celui de l’Épiphanie, qui tient le premier rang dans les honneurs que vous rendez ; c’est le jour où Notre Seigneur révéla sa divinité, celui-là doit être célébré le sixième jour du dixième mois …»

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Mais le témoignage qui montre très expressément la signification de la fête, est celui de Jean Chrysostome, dans son homélie sur le baptême :

« Car il y en a, dit-il, beaucoup qui célèbrent les Fêtes et en connaissent les noms, mais n’en connaissent pas l’histoire, ni les circonstances dont elles sont issues, et en particulier l’Épiphanie, c’est-à-dire l’apparition. Sa célébration peut être indiquée par le monde, mais ce que cette apparition, et si elle est simple ou double, ils ne le savent pas. Et, chose qu’il faut remarquer à leur grande honte, et qui est digne de moquerie, certains célèbrent chaque année cette solennité, et en ignorent la signification et l’occasion…

Donc, la première chose utile à faire, est d’indiquer à votre bienveillance que cette apparition ne fut pas seulement une, mais qu’elle fut double : l’une, en effet, est celle qui est présentée et qui a déjà eu lieu ; la seconde, c’est celle qui doit se produire et qui doit venir de la consommation des siècles, avec splendeur et gloire.

Et, vous avez entendu aujourd’hui Paul parler à Tite, de l’une et de l’autre, et particulièrement de la présente, en ces termes : la grâce de Dieu est apparue salutaire à tous les hommes, nous enseignant à repousser l’impiété et les désirs du monde, et à vivre justement, pieusement et sobrement dans ce monde. Et il dit de l’apparition future : Mais pourquoi donc n’appelle-t-on pas Épiphanie, apparition, le jour où il est né, plutôt que le jour où il fut baptisé ? Parce que c’est ce jour-là qu’il fut baptisé et qu’il sanctifia l’eau… pour quelle cause maintenant cette fête est-elle appelée Épiphanie ? Parce qu’Il fut manifesté à tous, bien plus lorsqu’Il fut baptisé que lorsqu’Il naquit. Car, jusqu’à ce jour, Il était ignoré du peuple… Et Jean-Baptise avait dit : Un médiateur est au milieu de vous et vous ne le connaissez pas »

À cette signification, qui montre très expressément la divinité de Jésus-Christ, il en a été ajouté une autre à la fin du troisième siècle : Cette fête fut célébrée aussi au même jour en souvenir de l’apparition corporelle de Jésus-Christ.

Ainsi, à Alexandrie, d’après le témoignage de Cassien, à Chypre, d’après Saint Épiphane, en Palestine, d’après Cosmas Indicopleuste et à Antioche, semble-t-il, pendant quelque temps. Ces faits montrent effectivement que la solennité de cette double fête eut lieu le jour même que l’Église d’Orient avait fixé, c’est-à-dire le 6 mois de janvier. En outre, dans l’Église d’Orient, au quatrième siècle, le jour de l’Épiphanie était célébré aussi comme la fête de l’Illumination de l’humanité par le fait du Saint Baptême, d’où le nom de Fête des Lumières.

Grégoire de Nazianze parle ainsi de cette double signification :

« De nouveau mon Jésus apparait ; nouveau mystère, mystère qui ne trompe point, qui n’est point honteux, qui n’est pas le fruit de l’erreur des Gentils ou de leur folie, mais mystère élevé et divin, dans lequel on retrouve la splendeur du Ciel, car le saint et grand jour des Lumières où nous sommes parvenus et que nous célébrons aujourd’hui, par un bienfait divin, tire au moins son origine du baptême de mon Christ, du Christ, dis-je qui est la lumière véritable, illuminant tout homme qui vient au monde, Il opère aussi une propre purification et ajoute à cet éclat le secours que nous en avions reçu d’une manière si sublime dés l’origine et que les ténébères du péché nous ont obscurci et caché…Donc nous honorons aujourd’hui le baptême du Christ, célébrons dignement cette fête, non pas en nous abandonnant aux délices de la chair, mais en nous donnant les joies spirituelles … (homélie 39) »

De ce qui vient d’être dit, on peut conclure que la fête de l’Épiphanie, pendant la seconde moitié du quatrième siècle, était célébrée avec deux significations : celle de la Nativité et celle de l’Épiphanie, mais toujours le 6 janvier.

Mais peu après, ou à la même époque, nous trouvons que Grégoire de Nazianze, dans ses Sermons 38 et 39, distingue très clairement la fête de la Nativité du Seigneur qu’il nomma Théophanie, d’avec l’Epiphanie, jour auquel il fut adoré par les Mages et reçut le baptême.

De même Grégoire de Nysse dit très clairement dans une de ses homélies :

« Je ne compare pas à toutes les autres solennités la solennité de Noël, car la fête qui a été instituée pour honorer l’Épiphanie, l’apparition divine du Fils de Dieu, après l’enfantement de la Vierge, n’est pas simplement une fête, mais la plus sainte des saintes fêtes et la célébrité des célébrités…»

Puisque cette fête était de leur temps nettement séparée de celle de la Nativité, nous pouvons en conclure qu’on avait coutume de célébrer la fête de l’Épiphanie le 6 janvier, et celle de la Naissance le 25 décembre. Outre cela, on peut conclure que cette fête a toujours été placée parmi les plus anciennes solennités de l’Église.

Saint Philippe, évêque d’Héraclèe, qui, au IVᵉ siècle, mourut glorieusement pour la foi, s’exprime ainsi en parlant de cette fête :

« La fin du siècle approche, le démon obstiné nous menace, et, à l’aide d’un pouvoir éphémère, il vient, non pour perdre, mais pour éprouver les serviteurs de Jésus-Christ. Le saint jour de l’Épiphanie va luire, et il nous avertit de fixer nos pensées sur la gloire. Ne vous laissez donc pas effrayer par les menaces des impies et par la crainte des tourments, car Jésus-Christ daigne accorder à ses soldats la patience dans les peines et la récompense des tortures qu’on a éprouvées. »

Nous trouvons une mention de l’Épiphanie en Occident, dans la première moité du IVe siècle, et tout d’abord dans l’Église des Gaules, où elle était fêtée, comme dans les Églises d’Orient, le sixième jour de Janvier.

Ammien Marcellin, en son livre XXI, 2, la mentionne en disant que l’empereur Julien l’Apostat, se trouvant en France, en 360, et voulant couvrir d’un voile de piété ses projets de persécution contre le christianisme, voulut en ce même jour de l’Épiphanie, s’unir aux chrétiens et assister avec eux à la célébration des Saints Mystères.

Saint Grégoire de Nazianze nous apprend aussi un fait de ce genre de l’Empereur Valens, dans son Panégyrique de Saint Basile. Cette fête pouvait avoir été introduite plus tôt dans cette contrée que dans les autres contrées occidentales, à cause des rapports des villes grecques commerçantes et de leurs colonies du sud de la France.

De même que la fête de Noël, qui était une fête originaire de l’Occident, se répandit à l’Orient et à l’Est, de même, la fête de l’Épiphanie se répandit de l’Orient à l’Occident. La fête se répandit et la polémique des Doratistes qui la rejetaient comme une nouveauté apportée de l’Orient, ne put pas l’empêcher, au contraire, elle contribua à la faire connaitre. Mais, comme elle n’appartenait pas à l’ancienne tradition de l’Église Occidentale, son sens pouvait plus facilement se modifier.

Déjà au temps de Saint Augustin elle était devenue la fête de la révélation du Christ aux Païens, contre lesquels il dit :

« Merito istum diem numquam nobiscum Donatistae celebrare voluerunt, quia nec unitatem amant nec Orientali Ecclesiae communicant ( À juste titre, les donatistes n’ont jamais voulu célébrer ce jour avec nous, car ils n’aiment ni l’unité ni partagent l’Église d’Orient. ) » et encore

« Aujourd’hui le Rédempteur de toutes les nations leur a été manifesté…

C’est pourquoi ce jour était appelé « Prémices des Gentils  » et l’on se servait comme exemple de l’adoration des Mages d’Orient ( Matthieu 2:1-12) d’où le nom de Fête des Trois-Rois »

Source : Étude sur les principales fêtes chrétiennes dans l’ancienne Église d’Orient p 114 – Jacques Archatzikaki Diacre de l’Eglise de Jérusalem

Publié par Napo

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