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De la fausse autorité, et des abus de pouvoir dans l’ordre religieux

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La fausse autorité pénètre partout, comme la fausse liberté : c’est la tête et la queue du vieux Serpent. Avant tout, elle cherche à bouleverser la société religieuse, la plus Sainte et la plus importante de toutes.

Dans l’ordre religieux, la fausse autorité, c’est l’homme imposant, sans mandat divin, à d’autres hommes des vérités à croire, des devoirs à pratiquer, des règles arbitraires de conscience. En matière de religion, Notre-Seigneur est, plus directement encore que dans le reste, le seul Hiérarque et le seul Seigneur, chargé par le Père céleste d’enseigner et de gouverner les hommes.

Si le bon Pasteur communique son autorité sainte à certains hommes, qu’il daigne choisir à cet effet entre tous, ce n’est point pour abdiquer, ni pour que ces hommes, faillibles et imparfaits, se substituent à lui ; sa volonté expresse est, au contraire, qu’ils s’identifient à lui par une obéissance pleine et entière, et que ce ne soit plus eux, mais lui, lui seul, qui enseigne par eux les fidèles, qui les dirige dans les voies de la vérité et de la sainteté, qui les gouverne et qui leur fasse accomplir les volontés de son Père.

« Je vis, non plus moi, mais le Christ en moi ; »

Cette grande règle apostolique s’applique aux ministres de Dieu, plus intimement, plus totalement encore, s’il se peut, qu’aux autres chrétiens. Jugez par là du rôle qu’assume le prêtre ou l’Évêque, qui, oublieux de sa mission toute divine, se substitue à Notre-Seigneur et se met à enseigner aux peuples autre chose que la doctrine de Jésus-CHRIST ; qui parle en son nom propre, et non plus au nom du seul Seigneur et du seul Docteur ; qui, foulant aux pieds la liberté des consciences, ose leur imposer ses pensées personnelles, ses doctrines, ses erreurs, ses volontés, son joug !

Tels ont été tous les hérésiarques, depuis Arius, Nestorius, Eutyches, Photius, etc., jusqu’à Luther, Calvin et tous les modernes novateurs. Tels sont, de nos jours encore, les Évêques schismatiques et hérétiques d’Angleterre, de Russie, et des vieilles sectes dont les honteux débris couvrent l’Orient.

Tels sont tous ceux qui, en dehors de la sainte Église, se donnent à eux-mêmes la mission d’enseigner et de prêcher. Tous les ministres protestants, sans exception, qu’ils soient ou non de bonne foi ; tous les popes russes, tous les prédicants schismatiques, tous les chefs de la franc-maçonnerie (qui est une véritable secte antichrétienne) pratiquent la fausse autorité en matière de religion.

Ce sont des tyrans dans l’ordre spirituel. L’autorité qu’ils s’arrogent est fausse et nulle ; loin de venir de Jésus-Christ, elle est contre lui ; elle vient du démon, père du mensonge, docteur des hérétiques et ennemi acharné des véritables pasteurs de l’Église. À plus forte raison, en est-il, ainsi, des chefs de sectes ou d’Églises séparées ; en Angleterre, en Russie, etc.

Mais, dans le sein de l’Église elle-même, la fausse autorité peut, du moins dans une mesure, se glisser dans le gouvernement spirituel du peuple chrétien ; c’est le côté humain de la Papauté, de l’Épiscopat et du Sacerdoce. Ce côté humain existera toujours ; car toujours les Papes, les Évêques et les prêtres seront des hommes ; mais l’autorité ecclésiastique, toujours sainte et parfaite en elle-même, réprimera, réformera incessamment ces abus ; de sorte que, dans l’Église, les abus de la fausse autorité ne sont jamais très-considérables, ni surtout irrémédiables.

Le Pape, en tant que Pape et pour le bien général de l’Église, est divinement sauvegardé, par l’Esprit- Saint, des abus d’autorité dans l’enseignement de la doctrine et dans le gouvernement général de l’Église. Ce n’est pas, en effet, pour lui personnellement, mais bien pour nous, pour l’Église entière, pour tous les Évêques, pour tous les prêtres, pour tous les fidèles, même pour le monde non encore chrétien, qu’il est infaillible.

Par lui, Notre-Seigneur prévient ou réprime les abus d’autorité qui pourraient s’introduire dans l’administration des Églises particulières ; chaque Évêque, en effet, peut faillir dans l’exercice, si difficile, si compliqué, de son autorité sacrée ; il peut enseigner de fausses doctrines, ainsi que cela s’est vu dans tous les siècles ; il peut abuser de son autorité pour maltraiter les prêtres, pour lancer d’injustes ordonnances et poser des règles contraires au droit canonique ; il peut diriger son clergé et son peuple dans des voies qui ne sont point celles du Siège Apostolique.

Bien qu’ils soient revêtus d’une autorité aussi réelle que vénérable, nos Évêques ne sont point infaillibles, et n’ont pas besoin de l’être : il suffit, en effet, d’un seul principe absolu de vérité, de justice et de sagesse, au centre de l’Église, qui a, pour premier caractère, l’unité. Confirmé par l’infaillibilité du Chef, chaque Évêque dans son diocèse surveille à son tour, réforme et réprime les abus de pouvoir que l’infirmité humaine suscite nécessairement de temps à autre dans les rangs du clergé.

Si un curé, un prédicateur, un prêtre quelconque abuse de l’autorité de son ministère pour enseigner quelque erreur, pour faire quelque chose de répréhensible au point de vue des mœurs ou de la discipline, l’Évêque intervient, rétablit le droit et remet toutes choses en place.

Si la douceur ne suffit point, il sévit, et, semblable au divin Maître, il domine par la justice ceux qui refuseraient de se laisser diriger par la bonté et par l’amour. Et ainsi, dans l’Église, les abus de pouvoir, les excès de la fausse autorité ont leur remède immédiat ; et le mal ne peut entamer la vie du corps entier.

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Dans l’Église seule, par un effet de l’institution divine, fait positif qui s’impose au monde entier, Jésus-Christ a déposé la seule véritable autorité religieuse ; et, par cela seul, qu’un prédicant religieux quelconque n’est point catholique, il est certain a priori qu’il n’a aucune autorité légitime. Le degré d’erreur n’y fait rien : imams turcs, bonzes chinois ou japonais, lamas du Thibet, derviches et faux prêtres des Indes, fétiches des peuples sauvages, prêtres mormons, ministres anabaptistes, calvinistes, luthériens, anglicans, presbytériens, vaudois, protestants de toutes nuances ; évêques, prêtres et diacres russes ou grecs ; tous, quels qu’ils soient, du moment qu’ils ne sont point ministres de la sainte Église catholique, apostolique, romaine, sont des loups, et non point des pasteurs.

Leur autorité apparente n’est que tyrannie et despotisme religieux ; loin d’obliger la conscience, cette fausse autorité doit être, pour tout fidèle, un objet d’horreur. Rien n’est détestable comme le despotisme religieux.

Source : Mgr de Ségur – La liberté – 1869

Publié par Napo

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