Une lettre secrète au Pape Léon XIII contre le Bonapartiste
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Une lettre secrète au Pape Léon XIII contre les Bonapartistes

Je présente ci-dessous, sans commentaire, une lettre non signée qui a été envoyée à Léon XIII au sujet d’un certain Archevêque Langénieux. Ma traduction et transcription (de l’italien). Certaines parties sont/étaient un peu difficiles.

AAV, Index 1302, b. 11, sf. 68, n. 1-4

Informations nécessaires et secrètes pour le Souverain Pontife Léon XIII

En France, tout le monde sait que le parti bonapartiste fait des demandes continuelles au Saint-Siège pour que Monseigneur Langénieux, archevêque de Reims, soit élevé à la dignité de cardinal.

Si, par hypothèse, cette promotion avait lieu, elle ne serait que l’effet de la faveur, et ne produirait que de mauvais résultats.

Et ce que tout le monde remarque, c’est que M. Langénieux était un ami intime de Monseigneur Darboy archevêque de Paris, qui a toujours été un ennemi du Saint-Siège. Ces deux ecclésiastiques et M. Degury Curé della Maddalena se rendaient souvent chez Napoléon III pour l’exhorter à abattre le pouvoir temporel du Pape.

M. Langénieux prêcha le Carême à la chapelle du palais des Tuileries où il flatta beaucoup l’Empereur, et pour remercier le prédicateur, il l’invita à déjeuner avec lui à la Cour, et lui rendit la décoration de la Légion d’honneur avec un beau gobelet. En même temps, Mgr Darboy nomma M. Langénieux au soin des âmes dans une des plus grandes et des plus riches paroisses de Paris, celle de Saint-Augustin.

Pendant le gouvernement de la Commune, tandis que les bons prêtres, en véritables soldats de Jésus-Christ, restaient avec fidélité et courage au service de leurs églises, le curé Langénieux abandonna sa paroisse, et alla se cacher dans la maison d’une famille bonapartiste, au grand dam et au détriment de ses paroissiens.

Après le rétablissement de l’ordre social en France, les Bonapartistes y cherchèrent une Église pour y célébrer, le 15 août – la Saint Napoléon – selon leur expression, comme ils l’avaient toujours fait sous l’empire, mais dont ils reçurent un refus net et irrévocable de plusieurs respectables Curés de la Capitale.

M. Langénieux, qui connaissait bien le refus, alla en personne voir deux dames riches, les plus influentes du parti bonapartiste, et leur dit qu’il était tout disposé à mettre son église paroissiale entièrement à leur disposition. Cette offre fut acceptée sur-le-champ et avec grand plaisir ; tous les bonapartistes, portant un bouquet de violettes sur la poitrine, se rendirent à l’église de Sant’Agostino, et le curé Langénieux chanta en musique la messe solennelle pour célébrer Bonaparte. A la fin de la messe, les bonapartistes, hommes et femmes, se rendent – rapidement – à la sacristie pour serrer la main du curé Langénieux, qui avait été si aimable et si complaisant à leur égard.

La maison de Dieu était ainsi profanée le jour de la plus grande fête de Marie Très Sainte. Cette profanation causa un immense scandale dans la ville de Paris, et de mauvais publicistes en profitèrent pour écrire contre tout le clergé et le Saint-Siège.

Ce grave désagrément se renouvela dans les deux années suivantes.

Pour la brièveté, la description d’autres fautes commises par M. Langénieux. Elles sont connues de tout le clergé parisien, qui les ferait ressortir si le besoin l’exigeait. On ajoute seulement que Langénieux se rend souvent à Paris pour voir les familles impérialistes avec lesquelles il est en correspondance continue et intime. Les deux dames Buonapartistes ont dit :

 » Notre cher ami le curé Langénieux sera bientôt nommé évêque, puis archevêque, puis cardinal ; nous sommes assez puissantes pour obtenir cette faveur de l’archevêque de Paris Monseigneur. Guibert, et du Saint-Siège ; nous en avons besoin pour renforcer notre parti politique, et pour faire croire à tout le monde que le Pape est de notre côté.« 

M. Langénieux, en effet, fut immédiatement nommé premier vicaire général de Paris, au préjudice des autres prêtres qui étaient déjà vicaires généraux depuis longtemps avant lui. Peu après, il fut proclamé évêque de Tarbes, puis promu à l’archevêché de Reims.

Comme, en France, on n’a jamais vu un prêtre-curé faire trois bonds dans la carrière hiérarchique en moins de deux ans, les membres du clergé disent que M. Langénieux est un sauteur bonapartiste et que si, en outre, il arrivait au bout de son ambition démesurée, par tous, il serait appelé le cardinal des puissantes dames bonapartistes.

Pour qu’un prélat soit promu à la sublime dignité de cardinal, il faut absolument qu’il ait déjà rendu de grands services au Saint-Siège, à l’Église, à la personne du pape ; il faut aussi qu’il n’appartienne à aucun parti politique. Or, qu’est-ce que M. Langénieux a fait de bon pour le Saint-Siège, pour l’Église et pour le Pape ? RIEN !!! et c’est un fait manifeste qu’il est

Pour qu’un prélat soit promu à la sublime dignité de cardinal, il faut absolument qu’il ait déjà rendu de grands services au Saint-Siège, à l’Église et à la personne du Pape ; il faut aussi qu’il n’appartienne à aucun parti politique. Or, qu’est-ce que M. Langénieux a fait de bon pour le Saint-Siège, pour l’Église et pour le Pape ? RIEN ! !! et c’est un fait manifeste qu’il travaille sans cesse à la restauration chimérique de l’empire, qui a fait tant de mal à l’infaillible Vicaire de Jésus-Christ, et qu’il ferait encore plus s’il revenait sur le trône de France.

Non potest arbor mala bonos fructos facere. [Un mauvais arbre ne peut produire de bons fruits].

Il y a en France plusieurs évêques et archevêques, qui ont blanchi leurs cheveux dans l’exercice du saint ministère pour le salut des âmes, et qui ont écrit avec un zèle admirable beaucoup de lettres pastorales, beaucoup de brochures, et aussi de grands et lumineux ouvrages pour défendre la sainte cause du Saint-Siège. Ce serait donc un acte de justice si le Souverain Pontife daignait donner à ces excellents prélats le chapeau de cardinal avant M. Langénieux, qui est encore jeune, et doit désormais le mériter par une tout autre conduite que celle qu’il a tenue jusqu’à ce jour.

Les mauvais résultats de l’hypothétique promotion de Mgr Langénieux seraient les suivants.

Les bonapartistes sont si peu nombreux qu’ils ne pourront jamais réussir dans leur folle entreprise. Les Français, d’une manière générale, ont en horreur la dynastie des Bonaparte, car elle a toujours été leur fléau. Le prétendu fils de Napoléon III se trouve exilé de France, et c’est un homme sans esprit, sans intelligence, sans courage ; si, par hasard et par un plébiscite impossible, il était appelé au trône, au bout de six mois, il serait chassé par une révolution terrible, qui massacrerait tout le clergé et brûlerait les églises, parce que la majorité des votes serait attribuée par les révolutionnaires à une influence cléricale semblable à celle de 1849, 1850 et 1852.

Sans doute les républicains gouverneront longtemps la France ; et pour déplaire au pape, ils supprimeraient le budget du culte catholique, si le pape donnait le chapeau de cardinal à Monseigneur Langénieux, l’actif et intrépide bonapartiste.

Pie IX, de sainte mémoire, ne voulut pas recevoir en audience privée l’ex-impératrice Eugénie, mais, supplié à plusieurs reprises et trompé par les bonapartistes domiciliés à Rome, et par le cardinal Bonnechoses, archevêque de Rouen, il la reçut aussitôt après ; par esprit de vengeance injuste, le gouvernement républicain de France commença à y persécuter les corporations religieuses, et il continue maintenant dans l’intention de nuire à l’Église et d’affliger le pape.

Lorsque le gouvernement républicain sera usé par l’application de ses mauvaises lois, les princes de la famille royale d’Orléans, devenus héritiers légitimes du trône après la mort du comte de Chambord, prendront définitivement les rênes du pouvoir pour gouverner leur pays. Ensuite, ils ne s’occuperont probablement jamais de la restauration du pouvoir temporel du Pape, si M. Langénieux était nommé cardinal, car ils considéreront cette nomination comme un grand service rendu par le Saint-Siège au bon parti. L’Europe entière sait que les Frères( ?) Principi (Princes ?) ont été trop maltraités par Napoléon III. Malheureusement, les hommes n’oublient pas les offenses et ne pardonnent pas.

L’histoire ecclésiastique dit à M. Langénieux, archevêque de Reims, que les plus grands persécuteurs de la religion catholique ont toujours été, et seront, les hauts membres du clergé catholique à l’esprit ambitieux.

L’expérience enseigne que la meilleure façon de prévenir est de prévoir. C’est tellement vrai que le Saint-Siège, dans son infinie sagesse, s’est toujours abstenu de faire des promotions qui pourraient être considérées comme favorables à quelque parti politique que ce soit.

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Il y a trois ans, l’enseigne de Mac-Mahon, esprit des dames bonapartistes, demanda au Souverain Pontife le chapeau de cardinal pour Monseigneur Langénieux, archevêque de Reims, et reçut immédiatement une réponse négative de Pie IX, qui se trouve aujourd’hui dans le Royaume des Bienheureux.

Celui qui a pris la liberté d’écrire cette feuille avec une bonne intention supplie humblement le Saint-Père Léon XIII d’y apposer qu’il daigne, par charité, veiller à ce qu’elle ne soit lue par personne d’autre.

Cet article a été publié originellement par Christian renaissance movement (Lien de l’article).

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